La vérité des diplomates qui s’en vont

Publié le 2021-11-22 | lenouvelliste.com

Cela est devenu une habitude. Diplomates ou représentants d’organismes internationaux en fin de mission en Haïti disent, avant de partir, leurs quatre vérités au pays. Leur degré de complicité dans le bon ou le mauvais qui a eu lieu pendant leur mission n’est pas le sujet du jour.

Quand arrive l’heure du départ, les langues se délient. Pour se donner bonne conscience ou pour sincèrement contribuer à réparer ce qui peut l’être, les diplomates sur le départ semblent avoir plus envie d’aider que d’abîmer un peu plus un navire qui prend l’eau. 

Pour avoir rencontré ceux et celles qui animent les sphères politiques et économiques, ils ont compris et vu la source du mal.

Leurs déclarations peuvent paraître un coup bas pour certains ou une expression de la fin du devoir de réserve, ce corset qui empêche aux diplomates de s’exprimer sur les affaires internes du pays qui les reçoit. Peu importe, il faut faire bon usage de ces « cadeaux d’adieu ».

Yves Sassenrath, responsable de 2018 à 2021 du Fonds des Nations unies pour la population en Haïti, a dressé le bilan de sa mission au cours d’une interview accordée au Nouvelliste. Ce diplomate assez discret pendant le temps de sa présence a, en peu de mots, souligné des problèmes que nos autorités devraient adresser.

Parmi les points relevés par le diplomate, il y a le sempiternel recensement national qui doit être effectué. Cela fait des années que le projet est sans cesse reporté et on ne peut même pas dire quel est le dernier recensement général qui avait été mené dans les règles de l’art.

Au final, explique Yves Sassenrath, « les données ne sont pas toujours disponibles pour mener des actions ciblées dans les domaines de la santé reproductive et sexuelle, et quand elles le sont, il y a toujours une crise qui empêche les différents organismes d'agir ».

Ce qui est vrai pour la santé reproductive et sexuelle est valable pour tous les secteurs qui ont besoin d’informations statistiques fiables pour permettre une bonne planification ou une action ciblée.

Dans l’article qui sort dans l’édition du jour, il est aussi question de la non disponibilité des ressources humaines. Et à l’ex-représentant de l’UNFPA en Haïti de signaler que « toute une génération est sur le point de quitter Haïti. Il y a une étude qui parle de 65% des diplômés en Haïti qui sont à l'étranger. De notre côté, près de la moitié des sages-femmes que nous avons formées, de concert avec le gouvernement, ont quitté le pays. La réalité n'est pas différente pour les infirmières anesthésistes ».

Cette fuite de cerveau ne concerne pas seulement le secteur médical mais tous les domaines en Haïti. Un pays en crise perd en premier ceux qui s’imaginent un avenir meilleur ailleurs.

Et pour revenir aux statistiques, Haïti préfère ne pas faire le décompte raisonné des partants pour continuer à vivre dans l’illusion que le pays est riche de ses ressources humaines.

A chaque fois qu’un diplomate tire le portrait de nos défaillances, on devrait le remercier. Jouer à l’autruche ne sert à rien.



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