Me Patrick Laurent  souligne les enjeux d’une éventuelle autopsie du cadavre de Gilbert Dragon

Selon Me Patrick Laurent,  la demande faite par l’ancienne première dame Martine Moïse réclamant l’autopsie du cadavre de Gilbert Dragon, l’un des présumés assassins de l’ancien président de la République Jovenel Moïse, décédé des suites de la Covid-19, est « une arme à double tranchant ». Il lance un appel à la prudence.

Publié le 2021-11-22 | lenouvelliste.com

« Par cette demande d’autopsie, la première dame Martine Moïse veut probablement  établir l’hypothèse qu’on élimine des témoins qui pourraient fournir des détails sur l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse, montrer probablement  que ces personnes ne sont pas en sécurité », a analysé Me Patrick Laurent durant une  entrevue à l’émission « Panel Magik » le lundi 22 novembre. 

« C’est une arme à double tranchant », a mis en garde Me Laurent, soulignant les conséquences que cette autopsie pourrait avoir dans le cadre du traitement du dossier sur l’assassinat du président Moïse. « Les pays étrangers qui pourraient aider à arrêter les suspects peuvent dire qu’ils ne vont pas les envoyer en Haïti prétendant  qu’ils ne seront pas jugés, mais tués. C’est une question très délicate qui ne devrait pas être traitée dans la presse. Avant de poser une action concernant ce dossier, on devrait réfléchir sérieusement pour ne pas lui porter atteinte », a poursuivi M. Laurent.

« Dans le cadre du dossier sur l’assassinat du président Jovenel Moïse qui est déjà au cabinet d’instruction, si l’une des parties veut solliciter une action, elle devrait s’adresser au juge d’instruction qui, lui, déciderait s’il est nécessaire de faire l’autopsie », a precisé l’homme de loi, qui a souligné les enjeux. « Si l’on pratique l’autopsie et qu’on se rend compte que c’est un assassinat , un empoisonnement, des poursuites seront lancées contre tous les suspects. Dès lors, un autre dossier serait ouvert en parallèle. C’est une fenêtre à double tranchant qui pourrait  démontrer que les personnes suspectées dans ce dossier ne sont pas en sécurité en Haïti. », a-t-il indiqué.

« Ils posent des actions politiques mais ils peuvent casser le dossier. Imaginons que la Colombie  décide de dire que l’on tue des personnes arrêtées dans le cadre de ce dossier en Haïti. Cela pourrait freiner une assistance diplomatique », a poursuivi Me Laurent.

L’ancienne première dame Martine Moïse, par l’entremise de son cabinet d’avocats, a adressé une requête au  commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, Jacques Lafontant,  le 17 novembre pour lui demander  de faire autopsier le cadavre de Gilbert Dragon, l’un des présumés assassins du président Jovenel Moïse «  pour cause de mort suspecte ».

Dans cette requête, l’ex-première dame Martine Moïse souligne que le nom du présumé assassin de Jovenel Moïse est mentionné 43 fois dans le rapport de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). « Ce qui permet de croire, notent les avocats,  qu'en toute décence juridique et judiciaire, son cadavre ne saurait être remis à ses proches pour inhumation ou crémation sans un rapport d'expert expliquant aux victimes et au peuple haïtien tout entier les causes exactes de sa mort »

« Une enquête devrait être diligentée également pour connaitre la source de la contamination du milieu carcéral par ce virus vu que les détenus n'ont aucun contact direct avec les gens du dehors et qu'aucun autre cas n'a été formellement recensé et déclaré », ont demandé les avocats de Martine Moïse, qui a envoyé une copie de cette requête à Gary Orelien, le juge instructeur, en charge de mener l'enquête sur l'assassinat du président Moïse.



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