La mort au bout de gestes ordinaires

La mort, ici, est ordinaire. Il est donné à un enfant de 7 ans, une vieille de 95 ans, au bout de gestes ordinaires comme se rendre en ville ou revenir d’une réunion de prière. Les gangs, qui n’ont cure ni des promesses, ni des faiblesses de la PNH, testent nos silences et nos impuissances.

Publié le 2021-11-08 | lenouvelliste.com

Marie Sonia Brisseault Osias, 61 ans, n’a pas pu se rendre ni à l’auditorium de la Bible au Champ de Mars ni à l’église adventiste Philadelphia de Croix-des-Bouquets à cause de la pénurie de carburant, samedi 4 novembre 2021. Avec un groupe d’adventistes, à Cotard, Madame Osias a eu une communion dans la foi, sans se douter qu’elle serait la dernière. En rentrant chez elle, à pied, entre midi et 1 heure, elle est fauchée par une balle perdue. Elle est morte sur le coup.

« La balle l’a touchée à la cage thoracique », a confié au Nouvelliste le juge de paix de la Croix-des-Bouquets, Hermano Alexandre, lundi 8 novembre. « J’ai effectué le constat à la hâte à Michaud », a poursuivi le magistrat, soulignant que les hommes du gang 400 Mawozo opèreraient dans la zone au moment des faits.

« Ma mère avait une indigestion ce matin-là. Nous ne pensions pas qu’elle allait sortir pour prendre part à la prière. Elle était à environ 20 minutes de chez elle quand elle a été tuée », a rapporté au journal une enfant de la victime. « Ma mère, originaire de Saut-d’Eau, avait trois enfants. Elle a enterré son mari il y a tout juste un an et demi », a-t-elle poursuivi.

Quelques heures plus tard, les bandits ont à nouveau frappé. Ils ont ouvert le feu sur le véhicule du pasteur Stinfinson Stanis, à La Tremblay, a fait savoir le pasteur Jacky Chéry. Le pasteur a été touché à la cage thoracique. Ses deux fils ont été blessés par balle. Hélas, le plus jeune, Marc, 7 ans, atteint au cou et au visage, est mort. L’autre fils est blessé à la main. La femme du pasteur est sortie indemne de l’attaque, a ajouté le pasteur Chéry. Le pasteur Stanis, coordonnateur aux affaires estudiantines du STEP, a été opéré. Son pronostic vital n’est pas engagé, a rassuré le pasteur Jacky Chéry.

« Le petit qui a survécu, âgé de 9 ans, n’en finit pas de demander où est son frère de 7 ans avec qui il partageait la même chambre », a confié le pasteur Chéry, terrassé comme toute la communauté par ces faits qui surviennent trois semaines après le razzia des bandits du gang 400 Mawozo.

Le 16 octobre, ils ont intercepté, entre autres, 17 étrangers, dont 16 Américains qui sont toujours en captivité. Le 3 août 2020, des membres de ce gang avaient ouvert le feu sur un autobus et tué deux personnes, dont une femme et un nourrisson, Godson Joseph, 4 mois. Ce même samedi 4 novembre 2021, au sud de Port-au-Prince, à Martissant, d’autres bandits, d’autres criminels, d’autres sociopathes ont distillé la mort, drapée du manteau de l’ordinaire. Le couperet, aveugle, brutal, est tombé, emportant deux vies. Esperanta Guerrier, 95 ans, et Réginald Chéry, ont été tués dans leur voiture. Ils avaient tenté de traverser ce tronçon, un bout d’enfer à ciel ouvert, une zone de guerre, d’affrontements depuis le 1er juin entre gangs.

« Esperanta Guerrier, 95 ans, et son chauffeur Réginald Chéry ont été tués dans leur voiture à Martissant 7 ce samedi 6 octobre. Trois autres personnes qui étaient aussi dans le véhicule ont été grièvement blessées au cours de cette attaque », a rapporté au Nouvelliste le juge de paix de Carrefour, Moïse Jean, qui a procédé au constat des cadavres transportés devant le commissariat de la Police nationale d’Haïti de Carrefour, communément appelé Oméga. Les cadavres encore chauds de la vieille dame et du jeune ont été transportés à la morgue ici où les bandits armés tuent sous les yeux de chefs incapables d’assurer la sécurité des vies et des biens.



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