La roulette russe à l’haïtienne

Publié le 2021-11-08 | lenouvelliste.com

Chaque pays décide de son sort. Chaque personne est libre de son destin. Autant que possible.

En Haïti, ces derniers jours, certains s’adonnent  à une version revisitée et étrange de la roulette russe : la roulette russe à l’haïtienne.

Il y a deux versions de la roulette russe à l’haïtienne.

Dans la première, on charge toutes les chambres d’un revolver et on enlève une balle, on fait tourner le barillet et on presse sur la détente.

Dans la deuxième version on charge un pistolet avec des balles prises au hasard dans un saladier qui en contient autant que peut en accepter le chargeur. Toutes les balles sont vraies, sauf une chargée à blanc. Ensuite on presse sur la détente.

Dans l’une et l’autre version haïtienne, avec revolver ou pistolet, il y a peu de probabilités de ne pas finir victime si l'on pointe l’arme contre soi. Cela n’a plus rien à voir avec la roulette russe qui laisse une grande place à l’aléatoire. Aux probabilités.

Comme le rapporte Georges Surdez (Ajob in the legion in « Collier’s » du 23 décembre 1933), la roulette russe est une invention de sergents russes pendant la Première Guerre mondiale : « C’était lors du séjour de l’armée russe en Roumanie, pendant ladite guerre. Les choses allaient de mal en pis et les officiers sentaient qu’ils avaient à perdre non seulement leur prestige, leur argent et la famille, mais aussi l’honneur qui leur restait devant les collègues des armées alliées. Dans des moments de désespoir, ils sortaient leur revolver, peu importe l’endroit où ils auraient été, mais toujours en compagnie des camarades, tournaient le cylindre, en introduisant une cartouche au hasard et arrêtaient le cylindre. Après ils portaient le revolver à la tempe et appuyaient sur la gâchette, ayant des chances de cinq à un d’être tués, parfois ça se passait, parfois, non. »

Rien de comparable dans les deux versions haïtiennes de la roulette russe. Dans le cas haïtien, l’originalité c’est qu’on ne cherche pas à se tuer ni à défier la mort. Aucun courage ni panache. On pointe toujours l’arme contre l’autre, un autre pour qui on n’a aucune estime, aucune empathie. C’est plus un jeu de massacre où l'on ne laisse aucune chance à son adversaire ou à celui que l’on souhaite défaire.

Ceux qui jouent à la roulette russe à l’haïtienne prennent toutes les précautions pour ne pas en être victimes. Ils pointent et tirent sur le pays, sur l’avenir, sur le bonheur des autres. Ils enlèvent la vie des autres. Ils se donnent le beau rôle. Ils sont chasseurs, pas gibiers.



Réagir à cet article