Coronavirus : l’Artibonite à genoux

Sur fond d'une rareté de carburant, la région artibonitienne connaît une hausse des cas de contamination à la Covid-19 ; ses centres de prise en charge fonctionnent au ralenti, la pompe de son seul générateur d’oxygène a été calcinée, aucun de ses sites de prélèvement PCR ne fonctionne ; la campagne de vaccination est au point mort. Le directeur du ministère de la Santé publique et de la Population du département de l’Artibonite a lancé un cri d'alarme.

Publié le 2021-11-08 | lenouvelliste.com

Aucun laboratoire de test PCR ne fonctionne dans le département de l’Artibonite. Les responsables sanitaires sont obligés d’envoyer les prélèvements à Port-au-Prince pour les tests. « Nous avons deux sites de prélèvement PCR. Le site qui se trouve aux Gonaïves ne fonctionnait plus à cause d’un problème d’intrants. Le même problème s’est produit à nouveau à l’hôpital de Saint-Marc. Cela dure déjà depuis trois mois. Les résultats des tests arrivent de Port-au-Prince entre 8 et 22 jours après le prélèvement », a signalé, le Dr Marcel Chatelier au micro de Magik 9, le dimanche 7 novembre. Il a indiqué le protocole de prise en charge avant l’arrivée des résultats pour les patients suspectés. « A leur arrivée, les malades, très souvent, se remettent presque de la Covid-19 », a-t-il ajouté, soulignant une hausse des cas de contamination dans la région.

 Le département de l’Artibonite a enregistré 110 cas de contamination confirmés pour le mois d’octobre sur les sept sites de prise en charge de Covid-19. « Une nette augmentation par rapport aux derniers chiffres », a souligné le Dr Marcel Chȃtelier. «L’hôpital Saint-Nicolas de Saint-Marc, qui ne recevait plus de contaminés au coronavirus à cause des travaux de réhabilitation, a été dans l’obligation de réactiver dans son service d’urgence, une cellule de prise en charge », a fait savoir le médecin.

Selon le directeur départemental, la campagne de vaccination contre le coronavirus est au point mort dans le département. « Nous admettons qu’il y a un ralentissement dans la sensibilisation de la vaccination dans les médias, notamment dans les émissions qui se réalisent à la radio. Cela est dû à des difficultés d’ordre financier. À cause de la situation du pays, nous ne sommes plus en mesure de réaliser au même rythme les postes de rassemblement qui se font avec les agents de santé », a-t-il confié. Ajoutez à cela, le pessimisme de la population, attisé par les fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux, a avancé le Dr Chȃtelier.

Le responsable sanitaire du MSPP pour le département de l’Artibonite a informé que la région fait face à un problème d’oxygène très inquiétant. Le seul générateur d’oxygène qui permet de fournir de l’oxygène à tout le département est en panne. La pompe qui est responsable de l’extraction de l’oxygène dans le générateur a été calcinée. « Nous étions obligés de réserver notre stock d’oxygène à l’hôpital de La Providence uniquement. Si cette semaine le problème n’est pas résolu, nous serons contraints d’aller nous approvisionner chez des fournisseurs privés », a évoqué le Dr Chȃtelier, inquiet, sachant que les « fournisseurs privés qui sont dans la capitale sont confrontés au problème de la rareté de carburant ».

La rareté de carburant est le coup de grâce au système sanitaire

Dans la région artibonitienne, les hôpitaux spécialisés dans la prise en charge des cas de Covid-19 ne travaillent plus à plein régime depuis plus de deux semaines. Ils ont opéré « une sorte de rotation à plein temps », c’est le cas également du centre hospitalier d’Albert Schweitzer. À l’hôpital de La Providence, « malheureusement, c’est une cellule d’urgence uniquement qui est fonctionnelle. C’est un grand hôpital, la génératrice qui le dessert nécessite beaucoup de carburant pour un fonctionnement à plein temps », a confié le responsable sanitaire. « C’est le cas des hôpitaux de Marchand-Dessalines et de Gros-Morne », a-t-il ajouté.  

Le Dr Marcel Chȃtelier a lancé un appel au don de carburant, ne serait-ce que pour maintenir fonctionnelles les cellules d’urgence. Il a profité de sa présence sur Magik 9 pour alerter la population sur les difficultés qu’auront les ambulanciers à fournir de l'assistance, car « le peu de diesel disponible est destiné aux génératrices des hôpitaux ».

  



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