Haïti et la République dominicaine font de la diplomatie sur Twitter, suspension des visas pour les étudiants haïtiens

Publié le 2021-11-03 | lenouvelliste.com

« L’incident diplomatique est géré », a déclaré le premier ministre haïtien Ariel Henry en interview avec Le Nouvelliste, mercredi 3 novembre en fin de soirée.

« J’ai eu une conversation téléphonique avec le président Luis Abinader ce mercredi et nous avons convenu qu’Haïti enverra un envoyé spécial en République dominicaine rapidement » pour des pourparlers, a poursuivi le premier ministre.

Interrogé pour savoir s’il a désavoué son ministre des affaires étrangères, Claude Joseph, Arien Henry a dit que non. Le ministre Claude Joseph a dit « qu’on s’est trompé sur ses propos, je m’en tiens là », a ajouté le premier ministre Henry.

Ces déclarations du chef de gouvernement haïtien interviennent après des échanges de messages sur Twitter entre le président Abinader, le ministre Claude Joseph et des officiels dominicains à l’issu desquels le programme de visa en faveur des étudiants haïtiens a été suspendus en représailles.

Le fil des évènements 

Quarante-huit heures après son appel à l'aide de la communauté internationale concernant le "cas Haïti", le président Luis Abinader est revenu sur son tweet et a indiqué à la presse de son pays que le Premier ministre haïtien Ariel Henry, via une communication par "voies diplomatiques", a exprimé son souhait de maintenir de "meilleures relations" avec la République dominicaine.

Selon ce que rapporte le journal dominicain Listin Diario, le chef de l'État dominicain a annoncé lors d'une conférence de presse tenue mercredi matin que, sur demande du chef du gouvernement haïtien, la communication sera maintenue entre le Dr Ariel Henry et lui sur la conjoncture haïtienne.

Les déclarations de Luís Abinader interviennent après des tweets échangés le lundi 1er novembre 2021 entre les plus hautes autorités de l’île d’Haïti qui ont tenu ainsi à communiquer leur appréciation respective sur la situation sécuritaire qui prévaut actuellement en Haïti et en République dominicaine.

Tout a commencé par un tweet du président dominicain lançant un SOS à la communauté internationale. Tweet auquel le chancelier haïtien a répondu en rappelant au chef de l’État dominicain que les deux pays sont respectivement notés par le département d’État américain au niveau 3 – Reconsidérez votre voyage (pour la République dominicaine) et au niveau 4 - Ne pas voyager (pour Haïti). 

Et, pour clore cet échange dont raffole particulièrement la twittosphère, un haut responsable de la chancellerie dominicaine a annoncé sur le même réseau social, quelques heures plus tard, une décision migratoire à fort impact sur des milliers d’étudiants haïtiens en République voisine.

« La communauté internationale, en particulier les États-Unis, le Canada, la France et l'Union européenne, doit agir en Haïti et de toute urgence », a d’abord écrit le président dominicain Luis Abinader sur son compte Twitter appelant la communauté internationale à « agir en urgence » en Haïti, afin d’enrayer l’instabilité profonde que connaît le pays en raison de la crise politique et de l'omnipotence des gangs armés.

Le tweet du président de la République dominicaine n’est pas resté longtemps inaperçu puisque le ministre haïtien des Affaires étrangères, Claude Joseph, a lui-même réagi sur Twitter en soulignant que la République dominicaine connaît également une « augmentation de la criminalité », comme en témoigne le département d’État américain dans ses alertes aux voyageurs.

« Suite à la mise en garde du 25/10/21 du Département d’État américain contre la montée de la criminalité en terre voisine, j’encourage le gouvernement dominicain et celui d’Haïti à travailler d’un commun accord pour enrayer le problème de l’insécurité sur l’Île », a écrit Claude Joseph, en réaction à l’appel du président Abinader concernant Haïti, rappelant au pays voisin qu’il est également confronté à un problème d’insécurité.

« Pour sa part, le Gouvernement haïtien intensifiera les efforts, avec l’appui et la solidarité sincère de la communauté internationale, pour restaurer la paix et la sécurité sur l’ensemble du territoire national », a poursuivi le chancelier haïtien dans un second tweet.

Le valse des tweets a continué en ce début de soirée de lundi du jour des morts avec l’annonce du vice-ministre dominicain des Affaires consulaires et des migrations, Jatzel Román qui, via son compte Twitter, informe que le gouvernement dominicain a décidé de suspendre « indéfiniment » le programme spécial de visa pour les étudiants haïtiens dans le pays.

« Le gouvernement dominicain a décidé de suspendre indéfiniment le programme de visa spécial pour les étudiants haïtiens en République dominicaine », a publié le haut responsable du ministère des Affaires étrangères de la République voisine.

Cette mesure risque d’impacter une communauté d’environ 70 000 élèves et étudiants haïtiens fréquentant les institutions scolaires et universitaires dominicaines, selon une estimation du professeur Nesmy Manigat, ancien ministre de l’Éducation nationale.

Concernant la décision de suspendre les visas pour les étudiants haïtiens, le président Abinader a réagi ainsi : « Je dois protéger le pays et vérifier que personne faisant partie de gangs n'y entre".

Le mois dernier, à l'Assemblée générale de l'ONU, Luís Abinader a assuré que son gouvernement « poursuivra le plan annoncé avec des mesures d'immigration plus strictes » envers les citoyens du pays voisin.

Selon le Listin Diario, le mois dernier, Luis Abinader a annoncé qu'il comptait appliquer strictement les règles d'immigration et de travail en vigueur mais qui ne sont pas appliquées, en particulier la règle qui exige l'embauche de 80% de la main-d'œuvre dominicaine. Dans des secteurs tels que la construction civile ou l'agriculture, la grande majorité des travailleurs sont haïtiens.

En annonçant la mesure fin septembre, le gouvernement a donné trois mois aux entreprises pour régulariser les dizaines de milliers de travailleurs haïtiens en situation irrégulière.

Dans le même temps, Abinader a également annoncé que les femmes enceintes de plus de six mois seraient interdites d'entrée dans le pays, pour éviter les frais de prise en charge des femmes haïtiennes dans les hôpitaux publics.

La République dominicaine a déployé 12 000 officiers militaires à la frontière avec Haïti en raison de la crise dans le pays voisin, ont annoncé lundi des responsables de l’armée.

"Ma responsabilité est de protéger la République dominicaine et la frontière... nous avons renforcé la sécurité aux frontières avec plus de 3 500 hommes et de la même manière nous avons tous les services de renseignement qui travaillent à cet égard... et nous continuerons à prendre des mesures pour garantir la sécurité des frontières de notre territoire et que le pays ne soit pas touché par l'instabilité de la République d'Haïti », a exprimé le chef de l'État dominicain mercredi au cours de cette conférence de presse.

« Si je dois décider entre le commerce et la sécurité, la sécurité passe avant tout », a tranché Luis Abinader dans des propos rapportés par Listín Diario.

 Patrick Saint-Pré



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