Pénurie de carburant : impacts sur les hôpitaux, les ambulances, les télécommunications et la distribution de l’eau potable

Publié le 2021-10-28 | lenouvelliste.com

Le pays entame une énième semaine avec une rareté des produits pétroliers. La quasi-totalité des stations d’essence sont fermées à Port-au-Prince et dans les villes de province. Des gangs de la coalition G9 bloquent l’accès au terminal de Varreux où est stockée la majeure partie des produits pétroliers consommés en Haïti. Pour l’heure presque toutes les activités sont impactées par cette crise du carburant.

433 sites de la compagnie de téléphonie Digicel dysfonctionnels

Le secteur de la télécommunication subit de plein fouet l’impact de la rareté des produits pétroliers. Sur Magik9 lundi, Jean Philippe Brun, directeur des opérations de la compagnie Digicel, a indiqué que son entreprise éprouve des difficultés pour pouvoir alimenter ses sites. « La pénurie et les difficultés de transport nous empêchent d’alimenter nos sites. Nous ne sommes pas en mesure de renflouer les génératrices », a-t-il informé. Ce lundi, Jean Philippe Brun avait indiqué que 300 sites étaient à l’arrêt. Ce mardi, contacté par le journal, il a souligné que le chiffre passe à 433 sur 1500. « En plus des sites ayant été affectés, ceux qui sont en marche sont également touchés par ce problème. Quand un site est opérationnel, il peut être congestionné très rapidement si le site avoisinant est à l’arrêt », a détaillé Brun.

Les prestataires de soins de santé préoccupés

En raison de la pénurie des produits pétroliers, « les responsables des hôpitaux de l'organisation Nos Petits Frères et Sœurs (NPFS) et la Fondation St-Luc (FSL) » avaient prévu d’interrompre tous leurs services ce mardi si aucune livraison de diesel n’était garantie. Contacté par Magik9, Marc Edson Augustin, directeur de l’hopital St-Luc, a indiqué avoir mis en œuvre un plan de contingence leur permettant de tenir jusqu’à encore quarante-huit heures. « Malgré nos cris d’alarme, malgré certaines manifestations de bonne volonté de certaines personnes, nous n’avons pas encore reçu de carburant. Depuis samedi, nous avons activé un plan de contingence dans les deux hôpitaux. Nous avons écourté le séjour de certains malades, réduit les critères d’admission, afin de diminuer la consommation énergétique. Ces décisions étaient difficiles. Cette stratégie nous a permis de dégager 48 heures de plus pour tenir le noyau d’urgence, ce, en espérant que la situation va s’améliorer pour nous permettre de recevoir 16 000 gallons de diesel ou une partie », a fait savoir le Dr Augustin. Ces deux hôpitaux offrent des services de pédiatrie pour plus de 300 enfants, de maternité pour plus de 45 femmes, de soins urgents et d'hospitalisation pour plus de 70 adultes, y compris des soins de traumatologie.

Par ailleurs, le Dr Marc Edson Augustin a précisé que l’hôpital St-Luc éprouve des difficultés en alimentation d’oxygène pour soigner les cas graves de Covid-19. « Les fournisseurs ne sont pas en mesure de nous alimenter. Ils ont aussi besoin du carburant pour faire fonctionner les usines. Depuis trois jours, nous ne parvenons même pas à recevoir la faible quantité d’oxygène que nous avions l’habitude de recevoir. Notre capacité de prise en charge est diminuée. Seuls 30 lits sont opérationnels sur les 100 disponibles », a révélé le responsable sur Magik9 ce mardi.

Interrogé par Le Nouvelliste, le Dr Ronald Laroche du DASH a expliqué que cette rareté de carburant impacte la vie des hôpitaux de nombreuses façons. Sur le plan interne, le Dr Laroche énumère l’impossibilité d'assurer l'éclairage de la structure, surtout pour les salles des urgences et d'accouchement, de faire fonctionner les SOP, de procéder à des stérilisations pour effectuer les interventions chirurgicales, de faire fonctionner les laboratoires, les appareils de radiographie, les appareils de sonographie, les concentrateurs d'oxygène, etc. Sur le plan externe, le Dr Laroche évoque les difficultés pour le staff médical et paramédical de se rendre au travail, l’impossibilité de s'approvisionner en eau par la DINEPA ou par des camions-citernes, l’impossibilité pour l'EDH de fournir l’électricité, et aussi l’impossibilité pour les services connexes (producteurs d’oxygène, banque, alimentation, sécurité, ambulance, etc.) de jouer leur rôle de support.

Le Centre ambulancier national risque d’être à l’arrêt

Le Centre ambulancier national risque d’être dysfonctionnel dans les prochains jours si la situation ne s’améliore pas. C’est ce qu’a fait savoir ce mardi le directeur général du CAN, Didier Hérold Louis. « La pénurie nous affecte à deux niveaux. Nous ne pouvons pas alimenter nos véhicules. Nous avons un parc de 92 ambulances. En temps normal, 6 à 8 ambulances sont prépositionnées dans des points fixes. Hier lundi, on a fait fonctionner 2 ambulances. Ce mardi, on prévoit de faire pareil. De plus, les employés ne trouvent pas de moyens de transport pour venir travailler. Nous n’avons plus les moyens de les transporter comme nous avions l’habitude de le faire en période de crise. Hier lundi, seulement une dizaine d’employés étaient présents sur plus d’une cinquantaine. La situation est très préoccupante », a déclaré Didier Hérold Louis.

La DINEPA

Le Centre technique d’exploitation de la région métropolitaine de Port-au-Prince de la DINEPA risque d'être incapable d’alimenter en eau potable les communes de Delmas, de  Tabarre et de Cité Soleil. C’est le directeur dudit département, Paul Libenson Théodate, qui l’a fait savoir ce mardi sur Magik9. « Nous avons besoin de carburant pour faire fonctionner les forages de Clercine, de Tabarre, de Croix-des-Bouquets. Nous alimentons les réservoirs à partir de ces forages. Si nous ne parvenons pas à pomper l’eau dans ces forages, les réservoirs ne seront pas alimentés. Nous avons besoin de 15 000 gallons de diesel par semaine pour les faire fonctionner. A cause des difficultés de l’EDH et la rareté du carburant, la situation commence à devenir critique », a-t-il indiqué.



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