Pari gagné pour le cinquième anniversaire d’Enposib

Sur fond de crise et de tension à Port-au-Prince, le groupe Enposib a célébré son cinquième anniversaire le samedi 23 octobre 2021 au Karibe Hotel. Les heureux du jour, avec Nu Look et les dj Nos et Bullet, ont fait danser une capitale orpheline de bals depuis longtemps à cause du climat d'insécurité.  

Publié le 2021-10-25 | lenouvelliste.com

Èske bal Enposib la ap fèt ? Nombreux étaient ceux à se poser cette question jusqu’à ce samedi matin (23 octobre). Après une semaine en dents de scie et sur le qui-vive à Port-au-Prince, rythmée par une crise récurrente des produits pétroliers sur le marché local, des grèves lancées par différents secteurs de la vie nationale pour protester contre cette rareté d’essence et les cas répétés de kidnapping, c’était quasiment légitime.

Mais, les organisateurs ont posé cet acte de résistance. Le bal a été maintenu. Malgré tout. Et le public a répondu. Pas aussi massivement que les deux dernières soirées d’anniversaire de la bande à Medjy en 2018 et 2020. Pour être honnête, il n’y a pas de comparaison possible qui tienne entre ces quelques centaines de fêtards et la foule mobilisée lors des deux années précitées. Le jour et la nuit.

Mais, il faut le dire, c’était dans des contextes totalement différents. Et les organisateurs l’ont compris. En lieu et place du jardin de l’hôtel, où en temps normal, un pareil tandem devrait se produire, Nu Look et Enposib feront danser les party people à l’intérieur d’une des salles de l’hôtel Karibe.

La preuve, ce soir, on accède très facilement jusqu’au lieu de rendez-vous. Aucun embouteillage à proximité, comme c’est d'habitude le cas lors de la tenue d’un tel évènement. Au contraire, la rue est vide. Tout comme, trouver une place de parking accessible à la porte d’entrée du Karibe n’est pas non plus un véritable tourment. Il est 21 heures passées de 30 minutes. Les gens commencent timidement à arriver.

Dans la salle, dj Nos met déjà l’ambiance avec ses mix. Petit à petit, la salle se remplit et les ponctuels déjà sur place, sont prêts à faire la fête et profiter, comme il se doit, de cet instant précieux dans un pays où à deux mois de la fin de l’année, on pourrait compter sur les doigts d’une seule main le nombre de prestation des groupes musicaux ici en Haïti. Un pays où la vie mondaine n’existe pratiquement plus. Alcool, musique, cigares…, en solo ou en couple, le temps est à l’évasion totale.

Marc Anderson Brégard, fidèle à son statut d’homme particulièrement extravagant dans son jeans noir à effet taches de peinture jaune et blanc, sa chemise noire cachée sous un blazer jaune et ses paires de basket de couleur jaune, rouge, noir; fidèle aussi à son verbe facile et son éloquence, salue l’assistance avant d’annoncer que Nu Look ouvrira le bal dans quelques instants.

Près d’une heure plus tard, 23 heures et 38 minutes, le King et ses musiciens prennent possession de la scène. Dans son répertoire à hits, Arly, chemise léopard assorti à un jeans noir, un chapeau et des lunettes de la même couleur, puise « C’est compliqué », comme première chanson servie à ce public déjà conquis dès les premières notes. S’en sont suivies des morceaux comme : « Until when », « A cœur ouvert », « Why do you say you love me », « Cauchemar » avant de survoler, façon medley, avec le public des titres comme « Loving you », « Is it real », entre autres.

Nu Look qui a bénéficié du soutien du jeune keyboardiste de la formation musicale Ekip et de la choriste et habituée du groupe, Cynthia Michel, est égal à lui-même, surtout dans sa façon de faire particulièrement chanter les hommes. Nan Nu Look pa gen tòg, diraient certains, en voyant un fan, les yeux fermés et les bras ouverts, crier « why do you say you love me ?». Quant au maestro, celui-ci est toujours aussi adulé par ses fans. Larivière le sait et pour preuve il se permet un bain de foule, le temps de quelques minutes. 

Au départ de Nu Look, Bullet garde l’ambiance avant qu’Enposib prenne le relais. Place à un peu de rabòday. On reprendra les « danse kole » plus tard. « Loyita », « Teteo », sont parmi les mix servis par le dj qui est à la hauteur de sa tâche.

Les heureux du jour font finalement leur entrée en lice, comme il est coutume depuis l’année dernière, avec « Bel Intro », sous les applaudissements du public, encore regroupé devant la scène. Mené par un Medjy, turban autour de la tête ; veste bleue roi ; pantalon et t-shirt blancs ; ceinturon et baskets de la même couleur, toujours aussi énergique et friand des tours de reins. L’homme yayad enchaine par la suite avec « Bonbon », « Overdose », « Bat dada » avant de passer le relais à Niko pour « Bòkò ».

Avec « Diana » de l’ancienne formation musicale King Possee, et « Jan li ye a », Medjy reprend la main sans rien perdre de son engouement d’avant. Même un accrochage survenu dans le carré VIP n’a su départir le chanteur de sa fougue. Il continue sa performance sur la même lancée même si la salle commençait à se vider, en partie, à cause de cet incident.

Certains ont dû dormir à l’hôtel Karibe (qui, deux semaines avant le bal, avait déjà affiché complet ; d'autres, dans un hôtel à Pétion-Ville ou encore chez un proche dans les périphéries. Tandis que les plus braves ont pris quand même le risque de rentrer chez eux.

C’est désormais le prix à payer pour un moment de plaisir à Port-au-Prince.



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