Nouveau directeur général/PNH

Combattre le banditisme, démanteler les gangs…les priorités de Frantz Elbé

Il n’y a pas une zone dans l’aire métropolitaine qui ne soit pas contrôlée par un ou plusieurs gangs armés. On n'en connait pas exactement le nombre. Cependant, en 2019, environ 162 groupes armés avaient été répertoriés sur le territoire national dont plus de la moitié opère à Port-au-Prince et dans les zones avoisinantes, selon la Stratégie nationale pour le désarmement, le démantèlement des groupes armés et la réinsertion des individus désarmés (SNDDR). Le directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), fraîchement installé, se donne comme priorité le démantèlement de ces gangs armés.

Publié le 2021-10-22 | lenouvelliste.com

Depuis l’opération catastrophique de la police à Village-de-Dieu le 12 mars dernier au cours de laquelle cinq policiers ont été tués, les gangs armés ont vite compris que les forces de l’ordre ne représentaient plus un obstacle pour eux. Ils se sont depuis renforcés et multipliés.

« Combattre le banditisme, le trafic illicite d'armes à feu, démanteler les gangs, seront nos principales priorités », a annoncé le nouveau chef de la PNH, 51 ans, dans son tout premier discours vendredi soir lors de son installation par le Premier ministre Ariel Henry. Pour y arriver, Frantz Elbé dit compter non seulement sur l’appui du gouvernement, mais aussi la collaboration de tout un chacun. Il a promis d’améliorer les conditions de travail des policiers tout en soulignant à leur attention que le moment exige beaucoup de sacrifices en faveur de la population.

Le nouveau chef de la police nationale estime qu’il incombe à tout un chacun d’apporter sa contribution au redressement de la sécurité du pays. « Le haut commandement de la police nationale, avec l’appui du gouvernement, va prendre des mesures afin de sensibiliser et motiver les policiers sur l’accomplissement de leurs tâches à ce carrefour historique de la nation haïtienne », a déclaré Frantz Elbé, un policier de carrière.

« Nous allons renforcer les dispositifs de sécurité à travers tout le pays, spécialement dans la zone métropolitaine en vue de prévenir les cas de kidnapping, empêcher les malfrats de commettre leurs forfaits, permettre à la population de vaquer paisiblement à ses occupations », a promis Frantz Elbé.

Après la publication le jeudi 21 octobre 2021 dans le journal officiel de la République, Le Moniteur, de l’arrêté nommant Frantz Elbé directeur général a.i de la police nationale, le Premier ministre a procédé jeudi soir à son installation à la direction générale de la PNH. « Le temps est au travail. Nous voudrions que la paix publique soit rétablie, que nous retournions à la vie normale et que nous retrouvions la voie de la démocratie. Enfin, nous voudrions organiser des élections. Nous souhaitons bon travail et succès au nouveau DG a.i », a déclaré Ariel Henry.

Au nombre de 162 groupes armés répertoriés en 2019 sur le territoire national, « il faut ajouter de nombreuses bases latentes, peu connues mais tout aussi potentiellement dangereuses », constate Le Nouvelliste dans un document de la Stratégie nationale pour le désarmement, le démantèlement des groupes armés et la réinsertion des individus désarmés (SNDDR), élaboré  en étroite collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) et plusieurs autres partenaires. « De manière concomitante on observe la circulation d'un flux important d'armes et de munitions illégales, soit 2 700 armes selon les estimations de la PNH (2018) », ajoute le document.

« Ces dernières années furent marquées par l'expansion de groupes armés sur l’ensemble du territoire dans des communautés vulnérables et précaires en milieu urbain, périurbain et rural. Ces groupes se multiplient et créent des alliances formelles et non formelles qui les rendent plus forts. En 2004, on comptait officiellement 34 groupes armés. En 2019, un diagnostic fait par la mission onusienne (MINUJUSTH), en appui à la PNH, a recensé au moins 162 groupes armés sur le territoire, dont plus de 50% dans l’aire métropolitaine », lit-on dans le document de la SNDDR.

Selon la SNDDR, ces groupes ont des motivations mixtes : économique, politique et de contrôle territorial, « ce qui explique les conflits et les violences entre groupes opposés. Les principaux facteurs déclencheurs de ces conflits sont d’une part, le contrôle de territoire dont les enjeux sont à la fois économiques, politiques et hégémoniques. D' autre part, dans certaines zones, les investisseurs du secteur privé qui y ont d’importantes entreprises achètent, sous des formes diverses, sécurité et protection de leurs investissements (bâtiment, personnel, etc.). Il y a aussi des ressources telles que les marchés publics, les réseaux de distribution d’eau, les stations de bus et de « tap-tap », etc, desquels les groupes armés tirent des revenus importants ».



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