Bazilik Patikola, le voyage d’Esther

« Bazilik Patikola, le voyage d’Esther », le nouveau film documentaire du réalisateur haïtien Jean-Claude Bourjolly qui met en avant une idée de l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot sera projeté pour la première fois le samedi 23 octobre 2021, à l’hôtel Royal Oasis à P Pétion-Ville. À part les droits demandés par le réalisateur, toutes les recettes éventuelles du film seront consacrées à la promotion du bâton, et la participation n'a pas été monnayée.

Publié le 2021-10-20 | lenouvelliste.com

Produit par le Centre culturel Anne-Marie Morisset, avec la participation de B.I. Communications, Bazilik Patikola, le voyage d'Esther met en valeur le bâton haïtien. Le film suit le parcours d'une pratiquante en particulier, Esther, dans sa rencontre avec le bazilik, ses débuts, son évolution, ses premiers pas. Le récit est entrecoupé par des entrevues réalisées avec des professeurs, des intellectuels, des habitants de l’Artibonite et ponctué par de multiples scènes de combats.

Bazilik Patikola, le voyage d'Esther est un documentaire qui nous apprend qu'il existe un art martial haïtien qui pratique de famille en famille dans le département de l'Artibonite.

Ce film nous rappelle qu’il existe un art martial haïtien qui est pratiqué dans le département de l’Artibonite. Il se pratique avec un bâton fait avec des  bois danno, gaïac ou oranger. Le jeu présente toutes les caractéristiques d’un « art martial ». C’est un jeu purement technique avec des systèmes d’attaques et de défenses dont la maîtrise s’acquiert par une période d’apprentissage sous la direction d’un vieux routier du bâton. Tout le monde pourrait pratiquer cet art, il est enseigné sans discriminations aux hommes et aux enfants.

Le jeu est composé d’un ensemble de parades et blocages pour protéger toutes les parties du corps. Durant les premiers jours de l’apprentissage les parades et les blocages sont enseignés ainsi que les mouvements de pieds qui leur correspondent.

Écrivain, éditorialiste, professeur d’Université et Grand maitre du bâton, Lyonel Trouillot s’est entretenu avec Le Nouvelliste autour de ce documentaire. 

Le Nouvelliste : Ce documentaire met aussi en avant les Maîtres du bâton du département de l'Artibonite parmi lesquels mèt Jonas. Une légende de cet art martial. Comment a-t-il accueilli cette idée ?

Lyonel Trouillot : Jonas, il accueille tout avec son apparente bonhomie qui est le masque de sa sagesse. Guy Gérald Ménard, l’écrivain et académicien qui cache bien qu’il est aussi un maître du bâton, lui a consacré un très beau texte. Moi-même j’ai écrit, dans la collection Figures de la vie haïtienne créée par l’Atelier Jeudi Soir, un livre pour enfant qui raconte des épisodes de sa vie. Je suis assez agacé d’entendre des jeunes dire que ce pays n’a produit rien de bon ni personne de bien. « Malheureux les pays qui ont besoin de héros » écrivait un grand dramaturge. Mais malheur aussi au peuple qui ne connaît pas le beau, le bien de son histoire, de son parcours. Ils sont nombreux les maîtres qui exercent encore dans l’Artibonite, Jonas est l’un des meilleurs mais il n’est pas une exception. Nous aurions souhaité faire une plus grande place à d’autres maîtres, mais nous avons tourné à un moment très difficile ; crise d’essence, bandits réfugiés dans l’Artibonite.

Le nouvelliste : Le documentaire déroule dans les lakou de l'Artibonite mais quasiment dans l'atelier du Centre Culturel Anne Marie Morisset à Port-au-Prince. L’idée était d’échapper avec la perception que ce jeu pratique seulement dans le milieu rural ?

Lyonel Trouillot : Nous avons simplement suivi la réalité. Le centre  a intégré le bâton dans son programme. Et le lieu source est l’Artibonite. Comme il est dit dans le film, nous conduisons nos élèves à l’Artibonite. Les préjugés sont nombreux contre la culture populaire et la paysannerie. Il nous importe de combattre ces préjugés. Loin de nous donc l’ide de privilégier l’urnain contre le rural. Le bâton est à tous, à toutes. Mais le mettre en valeur c’est aussi mettre en valeur ses premiers pratiquants et la culture dans laquelle il est né et se maintient en vie.

Le Nouvelliste : Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire du cinéma ? Pensez-vous qu'il y a une urgence pour explorer le septième art ? Explorer pour raconter. Pour dire le réel à vive voix.

Le film, encore une fois, a été réalisé par Jean-Claude Bourjolly. Le cinéma, c’est son art. J’ai eu l’idée d’un film documentaire, parce qu’un art martial ça se regarde. Entre raconter un combat et le donner à voir…  Dans la réalité, le cinéma c’est beaucoup de contraintes. J’avais déjà fait ce constat en collaborant sur certains de ses  projets avec Raoul Peck et en suivant le tournage de « Dimanche 4 janvier » de François Marthouret, adaptation de mon roman « Bicentenaire ». Là, le centre cultrel Anne-Marie Morisset état en charge de la production, j’ai pu les sentir de plus près. Acheter « gaz atè » pour plusieurs voyages à l’Artibonite, interrompre précipitamment le tournage pou motif d’insécurité… Et il y a aussi que le cinéma a son langage, on pourrait même dire que c’est un langage. II existe un autre style de bâton dans l’Artibonite, le « ti poul », cela serait bien que quelqu’un pense à lui consacrer un documentaire…



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