17 octobre 2021, le calvaire d'Ariel Henry

Publié le 2021-10-20 | lenouvelliste.com

Le Premier ministre Ariel Henry avait un programme chargé et ambitieux pour le 17 octobre 2021. Le chef de la Primature a essuyé son premier affront, le dimanche 17 octobre, date commémorative de l'assassinat du père fondateur de la nation, Jean-Jacques Dessalines. Ariel Henry, n'a pas pu déposer l’offrande florale au Pont-Rouge au pied de la stèle rappelant l’assassinat du père de la nation en ces lieux le 17 octobre 1806. Ariel Henry n'a pas eu non plus accès au Musée du panthéon national haïtien ( MUPANAH ). La porte du musée, qui jouxte le palais national, était fermée à clé à son arrivée impromptue. M. Henry a également raté la traditionnelle messe d'action de grâce et le Te Deum à Marchand-Dessalines, ayant débarqué après la messe. Son message en la circonstance n'a pas été délivré. La sonorisation n’était pas au rendez-vous sur le podium officiel. Présent dans la commune de l'Arcahaie, pour le bicentenaire de la cité du drapeau, le PM Henry a prêché l'unité et évoqué son accord politique. Le chef du gouvernement a enfin pu parler pour clôturer sa journée compliquée.

Pont-Rouge, lieu historique abandonné, croulant sous des tonnes d'immondices et contrôlé par les gangs armés, n'a pas pu accueillir les grands dignitaires de l'État, le 17 octobre. Pourtant, le forcing avait été fait. Pont-Rouge, situé à un cheveu du quartier général du Corps d'intervention et de maintien de l'Ordre (CIMO), de la Direction de la sécurité routière et de l'Inspection générale de la PNH, a été un défi pour l'équipe gouvernementale. En dépit de la présence du directeur général de la PNH, Léon Charles, vêtu de l'uniforme du SWAT Team, du ministre de l'Intérieur et de la Justice, Liszt Quitel, du ministre de la Défense, Énold Joseph, et de plusieurs unités de l'institution policière, Pont-Rouge représentait un champ de mines pour le cortège du gouvernement.

Il était 7h30 du matin quand le cortège du gouvernement s’est garé devant la base du CIMO à Delmas 2. Aux alentours du site historique, des blindés faisaient le va-et-vient afin de prendre le pouls de la situation. Les nouvelles qui arrivaient n'étaient pas réjouissantes. Cependant, le gouvernement s'obstinait à y aller. Le directeur général de la PNH, Léon Charles, vêtu de l'uniforme du SWAT Team, s'est fait accompagner d'un groupe d'agents de cette unité en vue de créer la diversion. Il n’a pas pu dépasser la direction du Service de la circulation. 

Peu après cette tentative désespérée du chef de la police, a débuté un concert d'armes automatiques. La peur n'a pas tardé à se propager dans les parages de la base du CIMO. Les crépitements d'armes automatiques sont devenus  encore plus soutenus. Pour éviter une catastrophe, le cortège a battu en retraite à la hâte en direction du MUPANAH. Les dispositions n’ayant pas été prises à cet effet, le Premier ministre Ariel Henry n'a pas eu accès à l'enceinte du musée. Cette option a été illico rejetée. Enfin, le cortège s'est rendu au Mausolée, à la rue de la Réunion, afin que le chef du gouvernement puisse faire l'offrande florale sur l’Autel de la patrie.

Il était à peine 9h. La délégation du gouvernement a pris la direction de Marchand-Dessalines pour oublier la déconvenue des heures précédentes à Port-au-Prince. Arrivé un peu tard, le Premier ministre Ariel Henry et son équipe ont manqué la messe d'action de grâce ainsi que le Te Deum. Le chef du gouvernement n’a pas non plus eu la chance de prononcer son discours à Marchand-Dessalines, car le stand érigé en face de la place d'armes n’était pas équipé de dispositifs sonores. L'équipe gouvernementale est partie bredouille de Marchand-Dessalines.

Le Premier ministre Ariel Henry s'est finalement rendu dans la résidence du sénateur Garcia Delva avant de quitter la capitale de l’Empereur Jacques 1er.

Il était 14h, le cortège a mis cap en direction de l'Arcahaie, cité du drapeau qui célébrait le bicentenaire de son élévation au rang de commune. La ville était bien décorée. Le chef du gouvernement et son équipe ont été accueillis par les autorités locales pour faire d'une pierre deux coups: enfin un petit bain de foule et un discours.

« Si l'on ne veut pas vivre comme des frères, nous allons tous mourir comme des imbéciles », avec cette paraphrase de Nelson Mandela, le Premier ministre Ariel Henry a fait appel à l'unité dans son discours.

« Quelques mois avant la bataille de Vertières, les généraux noirs et mulâtres se sont rassemblés à l'Arcahaie en 1803 pour décider de ce qu'ils allaient faire de ce territoire. Ils avaient un rêve, une vision. Ils voulaient finir une bonne fois pour toutes avec l'esclavage et ses corollaires : le racisme, la discrimination, la barbarie des colons », a discouru le Dr Ariel Henry.

« À l'Arcahaie comme au camp Gérard, considéré comme un haut lieu pour la liberté. À l'Arcahaie comme à l'habitation Gobert à Plaisance, au Bois-Caïman dans le Nord, nous avions opté pour le dépassement de soi », a avancé le locataire de la Primature, indiquant que les généraux, membres du corps expéditionnaire de Leclerc qui étaient à Crête-à-Pierrot tiraient sur Dessalines, se concertaient à l'Arcahaie pour aider à la construction du boulevard de la liberté. 

« Des adversaires, des ennemis, des mulâtres, des noirs, devenus des frères. Ils n'avaient pas le choix », a sensibilisé M. Henry.

Plus loin, le chef du gouvernement a fait l'éloge de son accord signé par 683 partis politiques et organisations de la société civile. 

« Nous avons de la détermination et de la volonté. Nous allons doucement pour rassembler plus de monde », a-t-il soutenu.

Le Premier ministre Henry a informé qu'il  travaille d'arrache-pied pour monter un CEP crédible, doter le pays d'une constitution approuvée par le peuple, un gouvernement consensuel et inclusif. 

Il a dit s'engager entre autres pour combattre l'insécurité et appliquer l'accord politique pour un gouvernement apaisé et efficace pendant la transition.

Dans cette prise de parole taillée sur mesure pour la ville de l’Arcahaie, Dessalines a été le grand oublié.

Michelson Cesaire
Auteur


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