17 octobre/Pont-Rouge

Depuis 2018, aucune autorité n'a commémoré la mort de Dessalines au Pont-Rouge, Ariel Henry a dû battre en retraite

Publié le 2021-10-20 | lenouvelliste.com

Depuis 2018, aucune autorité n’a pu se rendre au Pont-Rouge pour commémorer l’assassinat du père fondateur de la nation, Jean-Jacques Dessalines. Le dimanche 17 octobre 2021, le Premier ministre Ariel Henry a à son tour fait l’expérience de la puissance des groupes armés qui l’ont empêché de faire une offrande florale dans la zone pour marquer les 215 ans de l’assassinat de l’empereur Jacques 1er…

Le 17 octobre 2018, le président Jovenel Moïse, accompagné du Premier ministre Jean-Henry Céant, avait pu déposer la traditionnelle gerbe de fleurs au Pont-Rouge en mémoire de Jean-Jacques Dessalines. Ils avaient dû quitter la zone en catastrophe sous les feux nourris des groupes armés. Depuis, aucune autorité n’a pu mettre les pieds au Pont-Rouge pour commémorer l’assassinat du père fondateur de la nation.

Cette année, le Premier ministre Ariel Henry a essayé, et il a échoué. Tôt le dimanche 17 octobre, Pont-Rouge a été occupé par des individus lourdement armés qui faisaient chanter la poudre. Ils ont fait obstacle à l'arrivée du Premier ministre Ariel Henry, qui n'a pas pu réaliser la traditionnelle offrande florale au pied du monument de l'empereur. Sous le crépitement d'armes automatiques, les caïds ont repoussé la délégation qui a quitté avec précipitation Delmas 2. Le Premier ministre, les membres du gouvernement, le chef de la police, Léon Charles  entre autres, ont pris la poudre d’escampette sous les balles des bandits.

La délégation s’est réfugiée au Musée du panthéon nstional haïtien MUPANAH pour la traditionnelle cérémonie devant marquer les 215 ans de l’assassinat de Dessalines. Ariel Henry a dû finalement faire l’offrande florale à l’Autel de la patrie, un site sale abandonné, sis à la rue du Champ de Mars parce que le MUPANAH était fermé à clé dimanche dernier, a appris Le Nouvelliste.

« À l’occasion du 215e anniversaire de l'assassinat, au Pont Rouge, de l'illustre fondateur de la nation, Jean-Jacques Dessalines, je viens de déposer, en mémoire de l’empereur, une offrande florale, à l’Autel de la patrie où reposent ses restes impérissables », a écrit Ariel Henry sur son compte Twitter.

« Pour commémorer les 215 ans de l’assassinat de l'empereur Jacques 1er, ce visionnaire qui nourrissait le rêve majestueux de liberté et de progrès, j’ai déposé une offrande florale sur la place publique de Marchand-Dessalines, la première capitale de l’Haïti libre et indépendante »,  a ajouté le Premier ministre dans un second tweet.

Selon le protocole des cérémonies du 17 octobre 2021 qui devaient se tenir en trois temps, au Pont-Rouge, Ariel Henry devait être accueilli à partir de 7h40 du matin par le ministre de la Culture et de la Communication ; le ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales.  Deux militaires des Forces Armées d’Haïti auraient remis la gerbe de fleurs au Premier ministre. Assisté des représentants des pouvoirs de l’État, le Premier Ministre devrait déposer la gerbe au pied du monument, suivi d’une minute de recueillement, sonnerie aux morts… Rien de tout cela n’a eu lieu. Il restait au Premier ministre un arrêt à Marchand-Dessalines et un autre à l'Arcahaie, ville qui célébrait ses deux cents ans de fondation.

À cause des mouvements de protestation dans le pays, le président Jovenel Moïse n’a pu se rendre ni au Pont-Rouge ni à Marchand-Dessalines le 17 octobre 2019, à l’occasion de la 213e anniversaire de l’assassinat de l’empereur Jean-Jacques Dessalines. Il a été contraint de déposer simplement une gerbe de fleurs au MUPANAH pour marquer cette date…

La cérémonie n’avait duré que quelques minutes. 13 en tout, entre l’arrivée et le départ du président. Pour permettre au chef de l’État de faire l’offrande florale au MUPANAH ce 17 octobre en mémoire du père fondateur de la nation, les forces de l’ordre avaient dû boucler le Champ de Mars. Les agents de l’USGPN avaient fait usage de leurs armes pour disperser des gens qui voulaient manifester dans la zone. Même les journalistes n’avaient pas été épargnés…

Port-au-Prince s’était réveillé le samedi 17 octobre 2020, jour de congé chômé, sur le qui-vive. Dans la plupart des zones de la capitale, la circulation était très fluide et les activités informelles paralysées.

Encore une fois, Jovenel Moïse était contrait de commémorer l’assassinat de Dessalines au MUPANAH.

Cette année, s’il n’y a pas eu de mouvements de protestation contre le gouvernement, c’est la multiplication des cas de kidnapping et les actes des gangs armés qui ont rendu la vie des habitants compliquée notamment dans l’aire métropolitaine.

Difficile de savoir le nombre d’enlèvements enregistrés pour la journée du samedi 16 octobre. Cependant, des hommes lourdement armés ont placé des barrages à Carrefour Boen et à La Tremblay 17, sur la route de Ganthier et kidnappé les occupants de “plusieurs véhicules”, dont une quinzaine d'Américains, a appris Le Nouvelliste d’une source policière généralement bien informée, en début de soirée.

Dans la même journée du samedi 16 octobre, une patrouille de la Brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants (BLTS) a entamé une course poursuite et des échanges de tirs avec un véhicule à bord duquel prenaient place des présumés kidnappeurs. Un policier a été tué et un autre blessé. Les bandits ont eu le temps de prendre la fuite.

Le Nouvelliste a tenté en vain d’entrer en contact dimanche dernier avec le ministre de la Communication, Emmanuel Jacquet, pour avoir la réaction du gouvernement à la suite de l’enlèvement des Américains et de citoyens haïtiens.

« Le bien-être et la sécurité des citoyens américains à l'étranger est l'une de nos plus grandes priorités. Nous sommes au courant de ces rapports et n'avons rien à ajouter pour le moment », a confié au Nouvelliste un porte-parole du gouvernement américain sur le kidnapping des ressortissants américains.



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