Quelle alternative face à la défaillance de l’appareil de sécurité publique ?                 

Publié le 2021-10-14 | lenouvelliste.com

La défaillance de l’appareil de sécurité publique est actée. La hausse des crimes violents, perpétrés en toute impunité par des gangs opérant dans des lieux connus, la perte de contrôle du territoire par la Police nationale d'Haïti (PNH) et les Forces armées d'Haïti (FAD’H), l’assassinat d’un président en fonction, chez-lui, signent cette faillite qui entraîne des conséquences néfastes sur les hommes et l’économie nationale.         

S’il faut maintenant un effort collectif pour remettre en état cet appareil de sécurité publique, il reste à savoir comment le secteur privé des affaires, les contribuables peuvent participer à la mobilisation de ressources financières indispensables pour faire l’acquisition d’équipements pour la PNH et l’armée. Un pacte pour la sécurité avec des niveaux de financements bien étudiés peut sortir l'institution policière de sa dépendance vis-à-vis des États-Unis pour tout et presque rien. Le pays doit, à un certain moment, comprendre qu’il faut faire un peu plus, payer un peu plus pour sa sécurité, sans toutefois faire l’économie d’un double audit financier et administratif de cette institution républicaine depuis sa création.  Comme d’autres institutions publiques, personne ne peut prétendre que la PNH a échappé aux sang-sues, aux vampires.                           

Au plan privé, des individus, des entreprises continuent de chercher des « solutions » face à la défaillance de l’appareil de sécurité publique. Ils paient. Le poste « sécurité » du budget d’une marchande rackettée au bas de la ville, d’une boutique de quartier ou d’une entreprise subissant le même sort est devenu plus important au fil des années. Le nombre de compagnies de sécurité a logiquement explosé. Petit à petit, et pour plusieurs raisons, le besoin de sécurité est devenu plus important. Sur ce marché, c’est aussi la loi de l’offre et de la demande qui prévaut. Mais à ce stade, il extrêmement important pour le pays de savoir si des mains expertes, avec la dose de cynisme nécessaire, n’ont pas aidé à créer cette demande, cette insécurité, ce monstre rentable pour ses créateurs. Pour le moment, la sécurité n’est sujet d’aucun « wouble », d’états généraux.  Des chefs font comme si, tout en s’accrochant aux vieilles méthodes, en partenariat avec des criminels, des agitateurs pour asseoir leur pouvoir.

Par ailleurs, l'État haïtien, participe au maintien du statu quo en laissant  des vides normatifs, une grisaille vis-à-vis du particulier à qui il octroie des permis de détention et de port vis-à-vis du capitaine d’entreprise qui est obligé de payer des gangs pour épargner ses installations. Pourquoi l’Etat qui donne le permis de détention et de port d’arme n’autorise-t-il aucun magasin à vendre officiellement et sous contrôle strict de la police judiciaire et du ministère de l’intérieur des armes et des munitions ? Le citoyen respectable se bat à l'arme inégale avec qui le bandit sait où et comment se fournir les armes et les munitions essentielles à la poursuite de ses opérations criminelles. L’Etat, en laissant perdurer cette grisaille, encourage le commerce au noir d’armes et de munitions. Le pistolet 9 millimètres qui coûte 500 dollars américains, arrivé clandestinement en Haïti, coûte jusqu’à 2000 dollars us.

Avec la détérioration du climat de sécurité, il se vend jusqu’à 2500 dollars américains. Le fusil Ar-15 qui se vend à 500 dollars peut être vendu jusqu’à 4500 dollars américains à un chef de gang. Avec la rançon d’un seul kidnapping, il peut s’en acheter au moins une dizaine. La même logique commerciale s’applique pour la vente de munitions. La prohibition, l’absence de normes, le marché noir, l’informel cachent des dynamiques intrinsèques souvent insidieux. D’un autre côté, beaucoup de particuliers ont des armes à feu en Haiti. Il y aurait plus de 200 000 armes de poing en circulation dans le pays. Dans beaucoup cas, ces armes sont acheminées avec des objets usagés en provenance des États-Unis. De son côté, l'État haïtien ne pourra jamais s’assurer d’un contrôle aux frontières suffisamment efficace pour empêcher l’arrivée d’armes sur son territoire. Il doit intervenir en amont, en prenant en compte la dimension économique de cette problématique en attendant l’érection d’une société plus juste, plus égalitaire où règne le droit.

Roberson Alphonse



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