De Sison à Merten, consolidation ou réparation?

Publié le 2021-10-12 | lenouvelliste.com

Les États-Unis d’Amérique, pour des raisons de politique interne, ne sont pas en mesure de désigner un nouvel ambassadeur en Haïti. Les Républicains du Sénat américain bloquent des nominations du président Biden.

Michele J. Sison ayant bénéficié d’une promotion, passée à travers les mailles du contrôle sénatorial, laisse Haïti. La diplomate de carrière va occuper de plus hautes fonctions.

Kenneth Merten qui n’était plus ambassadeur vient dépanner le Département d’État sur un terrain qu’il connait bien. Depuis 2009, à un titre ou à un autre, ce diplomate de carrière s’occupe du dossier Haïti.

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, c’est donc Kenneth Merten qui retrouve le bureau de Tabarre, là où loge l’ambassade des USA en Haïti. Il revient comme chargé d’affaires après avoir été ambassadeur et envoyé spécial pour Haïti. 

Merten a la lourde tâche de remplacer Sison et de faire mieux après la sortie fracassante de Daniel Foote du poste d’envoyé spécial pour Haïti.

Foote, Sison et Merten sont tous des diplomates de carrière. Cela signifie qu’ils mettent en place la politique décidée par la Maison blanche, le conseil national de sécurité ou le département d’État. Ils n’agissent pas à leur guise même si l’indignation personnelle de Daniel Foote sur la manière dont le dossier Haïti est traité par sa hiérarchie fait partie des choses qui arrivent.

Quelles feuilles de mission a reçues Kenneth Merten ? On ne le saura pas. Pas de sitôt. Il faudra le voir à l’œuvre.

Vient-il consolider les positions que Michele Sison avait fortifié (sur le Venezuela, Taïwan, la Chine, les relations Haïti - République dominicaine) et rechercher les politiques haïtiens qui serviront servilement ces desseins ?

Merten vient-il corriger les outrances de son prédécesseur au poste d’ambassadeur ? L’administration Biden est pressée de changer son fusil d’épaule sur le cas Haïti. Les démocrates des commissions des Affaires étrangères du Sénat et de la Chambre des représentants taclent à répétition la politique de leur président. Merten sera-t-il le réparateur ?

Là encore, il est trop tôt pour le dire. 

Les parlementaires ne dictent pas sa position à l’exécutif. Aux USA, les lobbyistes orientent plus les miracles que les bons sentiments ou la raison.

Grand connaisseur d’Haïti, Kenneth Merten peut aussi bien refaire comme il a déjà fait ou rebattre les cartes. Tout dépendra des ordres reçus et de son sentiment personnel s’il s’est convaincu qu’il a accompagné Haïti ces dernières années sur le chemin du pire.

Interrogé sur le retour de Kenneth Merten en Haïti, Ricardo Seitenfus, ancien diplomate brésilien en charge de l’Organisation des États Américains lors des élections de 2011, a déclaré au Nouvelliste : « L’ambassadeur Merten parle créole et la plus grande partie de sa carrière professionnelle a été faite en Haïti. Un homme plutôt réservé, calme, enclin à plus écouter que parler. Il a obéi sans sourciller aux idées, y inclus les plus radicales, de Cherryl Mills et d'Hillary Clinton. Donc, l’échec de la diplomatie américaine en Haïti est également SON échec !

Est-il nommé pour continuer avec une stratégie vouée à la faillite ? Ou, au contraire, le gouvernement américain lui donne-t-il une chance de se rattraper face à l’Histoire ? »

Le chargé d’affaire Merten est-il en Haïti en mission de consolidation du pire ou de réparation pour le meilleur ? On le saura assez vite.



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