Ambassade USA

Kenneth Merten de retour en pays connu

Publié le 2021-10-12 | lenouvelliste.com

Avec le titre de chargé d’affaires, Kenneth Merten est de retour à Port-au-Prince. Une fois de plus, ce diplomate qui se passe de présentation en Haïti sera le numéro un de l’ambassade américaine en Haïti après la fin de mission de Michèle J. Sison. Mme Sison s’en va en laissant dernière elle un pays en ruine. Un pays encore plus en ruine que pendant le règne de Merten, ambassadeur en Haïti, après le séisme de janvier 2010.

« Michel Joseph Martelly n'est pas un citoyen américain », demeure l’une des déclarations les plus importantes faite en Haïti de Kenneth Merten, le 8 mars 2012. Ce jour-là, le diplomate sauve le mandat naissant du président Tèt Kale. Acculé sur sa nationalité par un certain sénateur Jean-Charles Moïse en 2012 qui l’avait accusé d’être détenteur d’un passeport américain au nom de Michael Joseph Martelly. Le président Michel Joseph Martelly a été sauvé par le gong de Kenneth Merten. Il faudra la publication des documents de Pandora Papers en octobre 2021 pour retrouver un document officiel datant de 2008 où Michel Martelly signe comme étant a.k.a Michael Martelly aux côtés de son associé en affaires, Laurent Lamothe, son futur premier ministre. 

Ambassadeur des États-Unis en Haïti de 2009 à 2012, le chargé d’affaires Merten revient en poste avec un passé aux bagages lourds. Témoin privilégié d’une période importante dans l’histoire contemporaine d’Haïti marquée par le tremblement de terre du 12 janvier 2010, les ratés de la reconstruction après la catastrophe, l'épidémie de choléra introduite par la MINUSTAH et les élections qui ont conduit Michel Martelly à la magistrature suprême alors qu’il n’avait pas la qualité pour être candidat à la présidence à cause de sa carte de résidence permanente aux États-Unis au moment de son inscription comme candidat. Et, Kenneth Merten le savait et le dira…

Michel Martelly était résident permanent aux États-Unis d’Amérique et c’est en présence de l’ambassadeur Kenneth Merten qu’il a remis sa green card à l’ambassade américaine de Port-au-Prince en 2011. Or, selon l’article 39 de la loi électorale de 2008, « Pour être candidat à la présidence de la République d’Haïti, il faut… résider dans le pays cinq (5) années consécutives avant la date des élections.» Wyclef Jean, chanteur, ambassadeur de bonne volonté appointé par le président René Préval, sera disqualifié de la même élection pour possession de carte de résidence permanente aux USA.

Avec le représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Haïti, Edmond Mulet, et des ambassadeurs du Core group comme Didier Lebret (France), Merten sera de ceux qui feront pression sur le Conseil électoral de Gaillot Dorsainvil (président) et de Pierre Louis Opont (directeur général) pour modifier les résultats de l’élection présidentielle de 2010-2011. Avec la complicité de l’Organisation des États Américains (OEA), ils auront gain de cause et excluront Jude Célestin de la course au profit de Michel Martelly. Ce groupe de diplomates tout puissant eut même à menacer le président Préval de l’exiler.

Kenneth Merten est aussi le témoin des nombreuses promesses et des fonds décaissés par la communauté internationale pour la reconstruction d’Haïti après le tremblement de terre de janvier 2012. Une reconstruction qu’on attend encore. Comme ambassadeur, il a assisté sans réaction notable à l’éclosion et l’épanouissement de la grande corruption en Haïti à la faveur de la disparition sans réalisation notable des milliards des fonds de la CIRH et la dilapidation des milliards du fonds PetroCaribe.

Il faut souligner au passage les efforts de Merten pour que le parc industriel de Caracol sorte de terre… Une belle idée qui peine à tenir toutes les promesses faites pendant sa conception et autour de son berceau. Merten et Hillary Clinton, alors Secrétaire d’État américain offrirent le parc Caracol aux Haïtiens qui, dix ans plus tard, continuent de tout faire pour tuer le projet. Une des rares réalisations de l’après-séisme.

Pour avoir passé trois ans en Haïti comme ambassadeur des États-Unis, puis comme envoyé spécial ou responsable d’Haïti à partir de ses fonctions hémisphérique, Kenneth Merten roule sa bosse en Haïti ou sur le dossier Haïti depuis le coup d’État contre le président Jean Bertrand Aristide (1991-1994) et peut se targuer de connaître tous les acteurs politiques, ceux de la société civile et du monde des affaires. Leur parler ne sera pas compliqué pour lui. Cependant, sa proximité avec le clan de Michel Martelly que plus d’un lui reprochent, peut faire de lui un diplomate marqué d’un soupçon de partialité…  Michel Martelly le décorera en juillet 2012 de la plus haute distinction remises à de rares ambassadeurs quittant leur fonction en Haïti.

« Je suis fier d'annoncer le retour de l’ambassadeur Kenneth Merten en Haïti pour exercer les fonctions de Chargé d'Affaires. Les États-Unis sont un partenaire indéfectible d'Haïti et nous restons déterminés à soutenir le peuple haïtien », a tweeté le secrétaire d’Etat, Antony Blinken ce mardi 12 octobre.

« Bon retour en Haïti Ambassadeur Kenneth Merten. Nous sommes prêts à travailler avec vous pour l'avancement de nos intérêts et de notre partenariat éternel », a déclaré son côté sur son compte Twitter, l’ambassadeur d’Haïti à Washington, Bocchit Edmond. Porté par l’enthousiasme, l’ambassadeur haïtien aux États-Unis n’a pas compris qu’il n’a pas à se prononcer sur ce qui se passe en Haïti.

Kenneth Merten a exercé la fonction de coordonnateur spécial pour Haïti et de sous-secrétaire adjoint pour Haïti au Bureau des Affaires de l’Hémisphère Occidental. Il a été chargé des affaires canadiennes au même bureau en tant que sous-secrétaire adjoint. Il a été ambassadeur à deux reprises dont ambassadeur des États-Unis en République de Croatie, de 2012 à août 2015, et Ambassadeur des États-Unis en Haïti de 2009 à juillet 2012. 

Il fut également secrétaire exécutif adjoint de la secrétaire d’État Hillary Clinton et auparavant de la secrétaire d’État Condoleezza Rice. Sa dernière fonction était au service des recrutements des talents rares. Une fonction de gestionnaire de ressources humaines et de formation aux tâches multiples de la diplomatie.



Réagir à cet article