L’exploitation du barrage de Marion est dans l’attente la plus totale

Contrairement à ce qui était annoncé lors de l’inauguration du barrage hydroélectrique de Marion, aucun système d’exploitation n’est encore érigé sur le site. Pour le moment, seules quelques parcelles bénéficient de l’eau du barrage. Dans une visite du journal le 4 octobre dernier, c’était le calme plat. Pas de turbines électriques installées ni celles en cours d’installation, pas de station de filtration d’eau. Même les pêcheurs n’ont pas été remarqués dans le lac. Seuls quelques militaires et une dizaine d’engins lourds étaient encore sur place.

Publié le 2021-10-14 | lenouvelliste.com

À Marion, plus de bruits de moteurs. Plus de va-et-vient. C’est le calme plat. Les trois institutions responsables de l’exploitation de l’infrastructure ne prennent pas encore place. Dans cet espace, aucune activité n’est en cours d’exécution. On n’y aperçoit que quelques  militaires et quelques animaux, tels bovins et caprins. Le ministère de l’Agriculture a du mal à mettre en œuvre son plan d’exploitation. Rien n’est annoncé pour l’Électricité d’Haïti. La construction d’une station de filtration annoncée par la Direction nationale de l'eau potable et de l'assainissement (DINEPA), pour le mois de septembre, reste encore au stade de projet, au stade de promesse.  

Érigé à Grande-Savane, section communale de Grand-Bassin, le barrage hydroélectrique devrait être utilisé pour l’irrigation de 10 000 hectares de terre, la disponibilité de l’eau potable pour les communes des Perches, de Terrier-Rouge et de Grand-Bassin, la production d’électricité, l’aquaculture et la protection de la population en aval de ce cours d’eau contre l’inondation. La mort du président arrive comme un coup de massue pour ces populations qui n’attendaient que l’effectivité de ces projets dans un avenir pourtant proche.

Inaugurée le 1er mai 2021, cette infrastructure n’est encore exploitée qu’à une infime proportion. L’eau du réservoir est libérée une ou deux fois par semaine afin d’irriguer certaines parcelles de Charlopin, de Malfety et de Coicou. Mis à part cela, le barrage protège la population en aval contre l’inondation et sa production agricole qui, souvent, est emportée par les eaux en crue.

La population demande beaucoup plus. Jean Augustin est un habitant de Grand-Bassin. Ce père de famille souhaite l’exploitation du barrage dans toute son intégralité. Il attend surtout l’eau potable promise par l’ancien chef de l’État. Il y a, souligne-t-il, une pénurie d’eau dans sa localité. Pour trouver de l’eau, le gros de la population, poursuit-il, fait usage des pompes. Certains, assure-t-il, parcourent plusieurs kilomètres pour en puiser un gallon.

Ce problème, si l’on en croit le directeur général de la DINEPA, est sur le point d’être résolu. Lors de l’inauguration du barrage, Guito Édouard a confié au président de la République que les 7,2 millions de dollars pour la construction d’une station de filtration étaient déjà disponibles et que les travaux devaient démarrer de là à quatre mois, donc au tout début du mois de septembre. Ce qui n’est pas encore le cas.

En guise de lancer les travaux, le directeur général, lors d’une visite tenue le 23 septembre dernier sur le site du barrage, laisse présager un possible démarrage dans un bref délai grâce à un financement de la Banque interaméricaine de développement (BID), ce qui permettra aux trois communes de Grand-Bassin, de Terrier Rouge et des Perches d’avoir accès à l’eau potable.

Par ailleurs, l’attente des habitants en aval du barrage est toute autre. Le vœu de ces derniers est surtout la disponibilité de l’eau sur les parcelles. Odney Angrand n’a pas manqué de féliciter les autorités qui ont pris la décision d’ériger cette importante infrastructure. Selon M. Angrand, avec ce barrage, les populations de toutes les localités en aval du barrage sont protégées. Aussi, poursuit le riziculteur, ce dernier le permet de poursuivre ses activités durant toute l’année, ce  qui était impossible avant la construction du barrage.

Abondant dans le même sens, Alteon Charles souhaite que les autorités parviennent  à mettre en place un système d’exploitation pour le secteur agricole. « Nous avons besoin des canaux d’irrigation afin d’amener l’eau dans nos parcelles », demande ce producteur de Malfety. Avec un système d’exploitation, l’eau, ajoute-t-il, sera utilisée à bon escient et l’on pourra desservir les éleveurs de Savane-Carrée, de Paulette et de Phaéton dont le bétail a du mal à se désaltérer.

Faute de système d’exploitation, le barrage hydroélectrique de Marion ne répond pas aux objectifs qui lui ont été assignés. Les populations se partagent entre attente et une partielle satisfaction. Deux des trois institutions responsables de l’exploitation et de la gestion du barrage se manifestent. La DINEPA annonce des travaux dans un bref délai et le ministère de l’Agriculture a adopté des dispositions pour construire des systèmes d’irrigation au cours de cet exercice.  Le volet électricité tient-il encore ? Ni l’autorité nationale de régulation du secteur de l’énergie (ANARSE) ni l’EDH ne se sont pas prononcées.



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