Insécurité

Où est passée la commission de désarmement des gangs armés... ?

Alors que les gangs armés deviennent de plus en plus puissants dans l’aire métropolitaine, multipliant les cas de kidnapping en toute quiétude et semant la terreur comme bon leur semble, la Commission nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion (CNDDR) est sortie des radars. La stratégie de sécurité de la CNDDR, qui devait permettre une réduction de l’insécurité dans le pays, est en attente d’approbation par le gouvernement d’Ariel Henry, a appris Le Nouvelliste.

Publié le 2021-10-12 | lenouvelliste.com

Pétion-Ville, Delmas, Tabarre, Croix-des-Bouquets, Port-au-Prince, Carrefour… aucune commune de l’aire métropolitaine n’échappe à la furie des bandits qui kidnappent, tuent, pillent, bloquent des axes routiers en toute impunité. Réactivée par le président Jovenel Moïse à travers un arrêté présidentiel publié le 8 mars 2019, la Commission nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion devait permettre le « renforcement de la sécurité publique qui vise la paix sociale durable à travers le désarmement, le démantèlement des groupes armés et la réinsertion des individus désarmés ». Depuis plusieurs mois, la CNDDR est sortie des radars…

« Après l’assassinat du président Jovenel Moïse, la CNDDR avait fait un retrait stratégique. Mais nous avions continué à travailler pour voir ce qui s’était passé », a confié au Nouvelliste Jean-Rebel Dorcénat, le membre le plus influent de la CNDDR.

Interrogé sur la recrudescence de l’insécurité et les cas de kidnapping, Jean-Rebel Dorcénat a fait remarquer qu’on ne peut pas convaincre les kidnappeurs à intégrer le programme de réinsertion parce qu’ils gagnent beaucoup d’argent dans un seul cas d’enlèvement. Cependant, il estime qu’il y a des jeunes de moins de 18 ans dans les groupes armés qui peuvent être encore sauvés. C’est pourquoi il a appelé le gouvernement à adopter le plan d’action stratégique de la CNDDR qui permettra de poser des actions sociales dans les quartiers populaires.

À deux reprises, la CNDDR a tenté de présenter au gouvernement en place le plan stratégique de sécurité. « Ce plan de sécurité devrait être approuvé d’abord par les autorités et publié dans Le Moniteur avant son application. Une fois approuvé, ce plan permettra une réduction considérable de l’insécurité », selon des sources officielles qui se sont confiées au Nouvelliste.

Encore une fois, Jean-Rebel Dorcénat a soutenu que la CNDDR avait mis à la disposition des autorités des documents dans lesquels figurent les noms des 11 familles impliquées dans le trafic et la vente de munitions dans le pays qui alimentent les groupes armés. Il a souligné que la CNDDR avait donné le document à Jean Michel Lapin, le Premier ministre d’alors. « C’est sous l’administration de Lapin qu’on avait arrêté Larco, Gilner Louis, entre autres », a-t-il rappelé.

Le gouvernement de Joseph Jouthe avait créé un groupe de travail pour la mise en œuvre de la Stratégie nationale de désarmement, démantèlement, réinsertion et réduction de la violence communautaire (SNDDR/RVC) qui devait permettre d'aboutir à un climat de sécurité publique et d'apaisement social au bénéfice de toute la population.

La Stratégie nationale (SNDDR/ RVC) a été préparée par la Commission nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion (CNDDR), avec l'appui technique et logistique du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh). Après le départ de Joseph Jouthe, ce document s’est évaporé dans la nature…

La Stratégie nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion (SNDDR) plaide d’abord pour une approche basée sur le désarmement, le démantèlement des groupes armés et la réinsertion de leurs membres désarmés (DDR). Il s'agit de la définition de la politique gouvernementale en matière de gestion des armes et des munitions et la mise en œuvre d’un processus de désarmement communautaire des groupes armés sur une base volontaire. « Ce qui signifie que les groupes ou les individus acceptent, après un processus de négociation et de dialogue communautaire, de remettre toutes les armes et munitions dont ils disposent », lit-on dans le document, qui précise que les individus armés qui sont sujets à des poursuites judiciaires devront répondre de leurs actes et ne sont donc pas considérés dans les interventions de la CNDDR.

« À noter que les expériences passées au niveau national et international découragent fortement le concept de rachat des armes utilisées par les individus et les groupes armés », lit-on dans la SNDDR.

L’autre approche est la Réduction de la violence communautaire (RVC). « Cette nouvelle approche recherche et priorise l’engagement communautaire dans toutes les actions devant conduire à la création d’un climat sûr et stable dans une zone géographique donnée, où il existe une situation de violence armée liée à l’existence des groupes armés. Cette nouvelle approche de DDR permet une flexibilité et une adaptabilité au contexte d’intervention beaucoup plus souple que l’approche classique », précise la SNDDR, soulignant que la réduction de la violence exige une réduction fondamentale du niveau de circulation des armes à feu en Haïti. C’est ce plan qui est en attente d’approbation de la part du gouvernement d’Ariel Henry.



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