Affrontements des gangs armés

Rentrée des classes : et ceux dont les parents sont des déplacés de Martissant ?

Ils sont environ 300 enfants en âge de scolarisation logés depuis le 1er juin au centre sportif de Carrefour. 300 enfants qui, trois semaines après la rentrée des classes, n’ont toujours pas la possibilité de retourner à l’école. Fuyant la zone de guerre à Martissant  avec leurs parents il y a trois mois, ces enfants rappellent au gouvernement que leur place est à l’école. L'agent exécutif de Carrefour, Jude Édouard Pierre, dénonce le gouvernement qui n’a jamais porté assistance à ces familles en détresse et annonce que des démarches sont en cours pour envoyer les enfants à l’école.

Publié le 2021-10-07 | lenouvelliste.com

Pieds et torse nus,  Evens, 12 ans, joue au football avec ses amis sur l’un des terrains de jeu au centre sportif de Carrefour. Nous sommes le jeudi 7 octobre, 10 heures du matin, environ trois semaines après la rentrée des classes dans les départements épargnés par le tremblement de terre du 14 août dernier. En temps normal, Evens et ses camarades devraient être à l’école en train de préparer leur avenir. Mais ils ont eu la malchance d’habiter le quartier de Martissant, abandonné par les autorités et contrôlé par des groupes armés qui s’affrontent depuis le 1er juin dernier.

« La dernière fois que j’ai été dans une salle de classe, c’était le mardi 1er juin. Depuis, je ne me suis plus rendu à l’école. M ta dwe pral fè 9e ane kounye a. Mais j'en doute fort, puisque avant la guerre je n’ai pas eu le temps de subir les examens devant me permettre de passer à la classe supérieure », s'est plaint Evens.

Ce garçon de 12 ans ne sait pas encore s’il aura la possibilité d’aller à l’école cette année. « Ce n’est pas la faute à ma mère si je ne peux pas retourner à l’école. Avant le début de la guerre à Martissant, elle faisait tout pour nous envoyer, ma petite sœur et moi, à l’école », a reconnu Evens.

Comme Evens, ils sont des centaines d’enfants qui ont dû fuir avec leurs parents cette zone de guerre. Au départ, ils étaient plus de 400 enfants. Aujourd’hui, ils sont environ 300 au centre sportif de Carrefour à attendre que le gouvernement se penche sur leur sort.

Julia a 17 ans. Elle devrait être en SN1 cette année, selon ce qu’elle a confié au journal. Une possibilité qu’elle n’a pas encore. Son message au gouvernement est simple, mais très profond. « Nous voulons retourner à l’école. C’est là notre place. Nos parents ne peuvent pas rester indéfiniment au centre sportif de Carrefour. Je demande au gouvernement de penser à nous… »

« Moi, je ne m’adresse à personne. Les autorités savent très bien dans quelles conditions, nous les déplacés de Martissant, nous vivons ici au centre sportif de Carrefour », a lâché Richard, 16 ans, très remonté contre les autorités.

« Des ONG nous ont promis de l’aide pour envoyer nos enfants à l’école, mais rien n’a été fait jusqu'à présent », a déploré Louizène Aly, mère de deux enfants de 7 ans et 12 ans.

« Mon garçon devrait être en 6e année. Je ne vois pas comment je vais pouvoir l’envoyer à l’école puisque j’ai tout perdu à Martissant 4 où nous vivions depuis des années », se lamente une autre mère de famille.

Le gouvernement n’a jamais porté assistance aux déplacés, a dénoncé Jude Edouard Pierre

La municipalité de Carrefour paie un lourd tribut avec cette guerre des gangs dans la commune de Port-au-Prince, particulièrement à Martissant. Depuis le 1er juin, ces milliers de déplacés logés au centre sportif de Carrefour ont été pris en charge par la mairie avec le généreux support des églises de la zone comme le FTL, MEBSH de Côte-Plage, entre autres, le PAM, des ONG et des particuliers. Aujourd’hui, la mairie a la responsabilité morale d’envoyer à l’école environ 300 enfants qui ont fui les zones de guerre avec leurs parents. « La mairie de Carrefour est à genoux après trois mois de gestion de ces déplacés. Nous n’avons reçu aucun support de l’Etat », tance Jude Édouard Pierre.

L’agent intérimaire de Carrefour affirme au Nouvelliste avoir entrepris les démarches pour permettre aux enfants des déplacés de retourner à l’école.

Selon Jude Edouard Pierre, l’HAAMES et la Fondation Saint-Luc ont déjà porté assistance à environ 70 familles chacun. L’ADRA a aussi un projet d’accompagnement pour les déplacés et le Fonds national d’éducation (FNE) promet une aide aux déplacés. Le ministère de l’Education nationale promet des kits scolaires pour les enfants, indique le maire. « Nous sommes en train de rechercher des places dans les lycées, les écoles nationales, communales et les écoles privées aussi qui veulent accorder des bourses et des demi-bourses aux enfants… », a avancé M. Pierre.

Ce vendredi 8 octobre, les sept départements qui n’ont pas été touchés par le séisme du 14 août dernier bouclent leur troisième semaine de classe. Les enfants des déplacés de Martissant ne savent pas encore quand ils pourront retourner à l’école. Le gouvernement d’Ariel Henry ne s’est jamais prononcé sur leur situation…



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