L’insécurité comme obstacle aux objectifs budgétaires

Publié le 2021-09-27 | lenouvelliste.com

Pendant trois ans consécutifs, l’économie haïtienne connait une contraction du PIB. Les projections de croissance de +2,4% ne sont plus d’actualité. Une contraction du PIB de -0,9% est annoncée dans le budget rectificatif publié récemment par le gouvernement en place. Dans le document budgétaire, le gouvernement expose les motifs et fait le point sur les faits qui l’ont empêché d’atteindre les objectifs fixés au début dudit exercice. Le gouvernement révèle avoir misé sur le Plan de relance économique post-Covid (PREPOC) et le rétablissement du climat sécuritaire dans le pays.     

 « La détérioration du climat d’insécurité généralisée qui sévit dans le pays, depuis tantôt une année, paralyse les activités économiques dans les principales artères commerciales avec pour conséquence une contre-performance dans la mobilisation des recettes par rapport aux objectifs de la période, rendant impossible l’atteinte des objectifs à fin septembre. La recrudescence de la violence liée aux gangs et des cas d’enlèvement contre rançon », lit-on dans le document budgétaire.

Outre la recrudescence de la violence liée aux gangs, dont le kidnapping et la détérioration du climat d’insécurité généralisée, d’autres raisons sont évoquées par le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) pour faire comprendre la contre-performance de l’économie haïtienne. Michel Patrick Boivert souligne l’impossibilité de mettre en œuvre le PREPOC à cause d’un climat défavorable. « Le Plan de relance économique a été effectivement lancé au début du mois de janvier 2021. Cependant, le climat délétère régnant dans le pays n’a pas aidé à sa mise en œuvre effective et complète », indique le MEF dans le budget rectificatif.  

Un autre motif évoqué dans le budget récitatif est encore lié à l’insécurité qui bat son plein dans le pays. Il s’agit de l’assassinat du président Jovenel Moïse. « L’assassinat du président de la République au début du mois de juillet 2021 et le vide institutionnel s'est ensuivi, accentuant l’attentisme des opérateurs privés », soutient le MEF.

 La résurgence de la pandémie de Covid-19 à partir du mois de mai 2021 après un ralentissement significatif depuis juillet 2020 ; le tremblement de terre d’une magnitude de 7,2 sur l’échelle de Richter touchant la péninsule du Sud (départements : Sud, Nippes et Grand' Anse) le 14 août 2021 ; la dépression tropicale Grace qui s’est abattue sur le grand Sud deux (2) jours après le séisme, provoquant ainsi des inondations dans les mêmes régions sont les autres raisons avancées par le ministère de l’Economie et des Finances.

 Si le MEF avance ces chocs pour justifier la nécessité de disposer d'un budget rectificatif, le Group Croissance, dans un document d’une quinzaine de pages qui résume le budget récitatif, tire des conclusions sur la situation économique actuelle. « Pour le troisième exercice fiscal consécutif, l’économie haïtienne affichera une contraction du PIB donnant lieu à la destruction de la richesse, causant ainsi une augmentation des taux de la pauvreté et de l’extrême pauvreté ayant déjà atteint des niveaux alarmants dans le pays », regrette le Group Croissance, soulignant que près de 4.5 millions d’Haïtiens devraient se trouver dans une situation d’état d’urgence humanitaire.  

Un retour sur la voie d’une croissance économique inclusive et du développement durable n’est pas possible pour l’instant, d’après le Group Croissance, qui fait référence à l’instabilité politique prévalant dans le pays après l’assassinat du président de la République le 7 juillet 2021 et les pertes substantielles subies dans trois départements (Sud, Grand ’Anse et Nippes) au cours du séisme du 14 août 2021 pour appuyer sa thèse.



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