Chez Biden et chez Abinader, Haïti fait l’actualité

Publié le 2021-09-24 | lenouvelliste.com

A son retour d’exil en 1994, le président Jean Bertrand Aristide a fait ériger un monument dont les restes occupent encore le milieu de la chaussée sur la route de Tabarre, en face du local de la Fondation Aristide.

Ce bateau stylisé en béton avait deux buts: protéger un puit colonial auquel tenait les habitants de la zone (ils disaient à l’époque mieux vaut le point d’eau que la route asphaltée) et rendre hommage aux Diplomates de la mer -- les milliers de réfugiés qui avaient péri en mer ou qui avaient été parqués à Guantanamo avant de revenir en Haïti au retour de la démocratie sans voir les USA- ces diplomates de la mer, en risquant leur vie, avaient pesé sur la politique étrangère américaine pendant la période du coup d'État (1991-1994).

Aujourd’hui, on ne sait pas ce qu’il adviendra de la politique américaine envers Haïti après cette semaine qui a vu de nouveaux va-nu-pieds faire perdre son humanité à l’Amérique et gagner la bataille morale aux yeux du monde entier après s’être fait courser à cheval.

Comme en 1994, ceux qui ont été obligés de rentrer en Haïti, expulsés sans ménagement des USA, vont-ils changer le cours de l’histoire ?

Car il s’est passé quelque chose cette semaine qui devrait avoir des répercussions sur l’avenir d’Haïti. Quelque chose d’énorme qu’aucun lobbyiste n’aurait pu obtenir.

Les diplomates du pont d’El Rio ont poussé le président américain à dire ce vendredi : « Je suis navré par le traitement réservé aux migrants haïtiens à notre frontière – et je reconnais que ce n'est que la dernière des nombreuses indignités historiques auxquelles les Haïtiens ont été confrontés. Nous continuerons à offrir de l'aide et à enquêter sur les actes répréhensibles. Je reste engagé, comme toujours, pour l'avenir d'Haïti. »

C’est une victoire morale qu’Haïti et ses dirigeants nonchalants peuvent gaspiller ou convertir en point d’appui pour un tournant.

Cependant, les risques de voir le destin d’Haïti échapper aux Haïtiens n’a jamais été aussi grand que cette semaine.

Et la déclaration du président dominicain Luis Abinader n’est pas à prendre à la légère. Elle reflète l’agacement de plusieurs pays de la région.

 « La question haïtienne ne concerne plus seulement la République dominicaine, mais désormais ce sont tous les pays qui doivent se mettre ensemble pour s'occuper d'Haïti », a déclaré vendredi matin Luis Abinader, président de la République dominicaine, dans des propos relayés par le quotidien Listin Diario.

C’est très fort et dans l’article de Patrick Saint Pré publié dans cette édition on peut lire que le chef de l'État de notre plus proche voisin va très loin dans ses réflexions pour solutionner le problème haïtien.

Toutes les options sont sur la table à Santo Domingo et dans d’autres capitales de la région en ce qui concerne la turbulente Haïti.



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