Des importateurs de propane craignent un retour massif au charbon de bois

En Haïti, le marché du propane continue à s’étendre. Au cours des trois dernières années, la consommation locale est passée de 36 000 à 52 000 tonnes. De deux, on compte aujourd’hui quatre importateurs. Le propane arrive dans des recoins les plus éloignés et plus de microcentres sont installés. La tendance est telle que plus de 25 000 bombonnes sont vendues mensuellement. Le hic, est que le prix n'arrête pas de grimper sur le marché international. Ce qui inquiètent certains importateurs qui, malgré tout, continuent de consentir des investissements importants.

Publié le 2021-09-22 | lenouvelliste.com

De mai à aujourd'hui, le prix du propane a cru de plus de 60% sur le marché international. Pour le moment, le gallon de cinq livres se vend à plus de 260 gourdes dans certains endroits. Si l’on devait suivre la tendance du marché international, le prix dépasserait déjà les 300 gourdes. En ce sens, les importateurs financent une partie de la hausse des prix. Tout indique que le prix va continuer à grimper dans les prochains jours. Certains responsables augurent un accroissement de 40% de coûts additionnels par rapport au prix de mai 2021.

Ce qui serait néfaste pour le sous-secteur. À ce niveau, le prix de la bombonne de 25 livres, à en croire les dirigeants de Wingaz, se vendra autour de 1 500 gourdes. Une telle situation constituerait un coup dur pour les importateurs car, estiment-ils, avec des coûts aussi élevés, l’on peut s’attendre à un retour à l’usage du charbon de bois au niveau des petites bourses.

Cette année, contrairement à ce qui se fait généralement sur ce marché, le cycle a commencé plus tôt. Sur le marché international, plusieurs facteurs y sont indexés. La Chine, avec sa transition énergétique, les États-Unis d’Amérique avec sa relance économique post-covid. De plus, en raison du dérèglement climatique, on assiste à un regain de la demande. Les tuyaux de gaz étaient encore ouverts jusqu’au mois de mai aux États-Unis. En Haïti, on met souvent l’emphase sur le taux de change qui est un facteur non négligeable dans la hausse des prix du propane sur le marché.

Selon le responsable de vente et de marketing de Wingaz, Johny Augustin,  avec l’extension du gaz de schisme, il y a une demande accrue pour le propane. Les États-Unis ravitaillent toute l’Asie, une partie de l’Afrique et une partie de l’Europe. Depuis six mois, la demande augmente mais la capacité de production ne suit pas. L’hiver représente la plus grande période de consommation de propane, conclut, un autre responsable de cette entreprise, William Brandt, la situation ne va pas s’améliorer dans les prochains jours. « On commande deux cargaisons par mois, et à chaque arrivage le prix augmente », explique-t-il, ajoutant que de janvier à aujoud'hui, le prix a augmenté de 70 cents combiné au taux de change qui ne cesse de décrocher.

Malgré tout, les importateurs font tout pour vendre le propane à un prix qui ne suit pas forcément les tendances actuelles. Les responsables de la Wingaz se montrent ainsi inquiets car, affirment-ils, trop de facteurs échappent à leur contrôle. Fort de cette conjoncture et tenant compte également de la situation économique précaire des couches défavorisées, ces responsables redoutent un retour au charbon de bois.

Cependant, malgré le fait que le propane tend à être plus cher, il demeure encore le choix le plus économique.  En termes de valeur calorifique c’est, soutient M. Augustin, 4 à 5 fois plus efficace que le charbon de bois. Les indices de prix changent constamment. Entre l’année dernière et cette année, le prix a quasiment triplé. On continue à avoir des annonces de prix en augmentation. Pour continuer à importer il faudra, coûte que coûte, augmenter le prix. Ce qui poussera certainement des familles à se tourner vers d’autres sources d’énergie de cuisson car le dispositif pour utiliser le propane est un peu plus coûteux. Il exige au minimum un réchaud, un brûleur et une bombonne. Ce qui fait donc une dépense autour de 80 dollars américains  tandis que pour le charbon de bois, une dépense de 500 gourdes et le tour est joué. Pour l’instant, seule une appréciation de la monnaie locale pourrait changer la donne et l’on est très loin du compte, s'inquiètent les gérants de la Wingaz.



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