Conflit au sein du gouvernement

Entre révocation et démission, Rénald Lubérice quitte le secrétariat du Conseil des ministres

Si lors du Conseil des ministres le lundi 13 septembre dernier le Premier ministre Ariel Henry disait avoir obtenu la démission du ministre de la Justice, Rockfeller Vincent, et du secrétaire général du Conseil des ministres, Rénald Lubérice, cette décision n’a jamais été effective puisqu’aucun arrêté n'avait été publié à ce sujet au journal officiel de la République, Le Moniteur jusqu’à tard ce mercredi 15 septembre.  Dans une correspondance envoyée un peu plus tôt ce mercredi 15 septembre exclusivement au Conseil des ministres, Rénald Lubérice remet sa démission et pointe du doigt encore une fois Ariel Henry dans l’assassinat du président Jovenel Moïse…

Publié le 2021-09-15 | lenouvelliste.com

« Un faisceau d'indices accrédite la thèse d'une participation active du Premier ministre Ariel Henry à  l'assassinat crapuleux du président de Ia République, Son Excellence Jovenel Moïse, en sa résidence privée, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021. De ce fait, le commissaire du gouvernement a.i Me Bed-Ford Claude requiert le juge d'instruction, Me Garry Orélien, le 14 septembre 2021, d'instruire sur les informations confirmant les appels téléphoniques entre monsieur Ariel Henry et le fugitif Joseph Félix Badio dans la matinée du sordide magnicide », a écrit Rénald Lubérice dans sa lettre de démission.

« Vous comprendrez bien, mesdames, messieurs les membres du Conseil, que je ne saurais me maintenir au secrétariat général du Conseil des ministres sous la direction d'une personne nommée par Jovenel Moïse, accusée dans son assassinat, et qui n'entend pas coopérer avec la justice, cherchant, au contraire, par tous les moyens, à en faire obstruction », a-t-il précisé.  

« Je sais donc gré aux membres du Conseil des ministres de considérer ma démission, conformément aux articles 133 et 149 de la Constitution conférant l'exercice des attributions du président de la République au Conseil des ministres, dès réception de la présente. Puisse chaque ministre se mettre à la hauteur de sa mission à ce carrefour historique », a invité Rénald Lubérice.  

Pourquoi avez-vous adressé la lettre de votre démission non au Premier ministre mais au Conseil des ministres ? À cette question du journal, Rénald Lubérice a répondu en ces termes : « L’autorité de nomination c’est aussi l’autorité qui peut recevoir la démission. L’autorité de nomination, c’est le président de la République. En l'absence du président, selon la Constitution, c’est le Conseil des ministres qui exerce le pouvoir du président de la République… »

Dans sa lettre de démission, M. Lubérice a lancé un appel aux ministres en ces termes : « Puisse chaque ministre se mettre à la hauteur de sa mission à ce carrefour historique. » Interrogé pour savoir ce qu’il attend exactement des ministres, il dit vouloir que ces derniers assument leurs responsabilités. « Le minimum qu’on demande au Conseil des ministres, c’est de s’assurer que les décisions sont conformes à la loi et à la Constitution, notamment en ce qui concerne ses  prérogatives », a-t-il affirmé.

À ceux qui disent que sa démission arrive après sa révocation par le Premier ministre lors du Conseil des ministres de lundi dernier, Rénald Lubérice soutient qu’il n’y a pas eu de Conseil des ministres. « Pour avoir un Conseil des ministres, il faut deux éléments fondamentaux : l’ordre du jour et la convocation. Ces deux éléments sont élaborés par le secrétaire général du Conseil des ministres. Si yon moun fè yon reyinyon ou ka rele l tout jan, sof Konsèy minis. Il n’y a jamais eu de Conseil des ministres. D’ailleurs, les ministres présents ont pris le contrepied de l’attitude du Premier ministre », a confié M. Lubérice.

Dès son arrivée à la tête de la Primature le 20 juillet dernier, Ariel Henry s’était heurté à un Rénald Lubérice qui ne lui avait pas facilité la tâche. Face à l’opposition du secrétaire général du Conseil des ministres, le Premier ministre avait dû faire machine arrière lors de son tout premier Conseil des ministres quand il voulait rapporter le décret portant créant et fonctionnement de l’Agence nationale d’intelligence créée par Jovenel Moïse.

Monsieur Henry doit faire face aussi aux suspicions qui pèsent contre lui dans l’assassinat du président Jovenel Moïse. Le neurochirurgien devenu Premier ministre aurait eu des conversations téléphoniques le 7 juillet avec Joseph Félix Badio, l’auteur intellectuel présumé de l’assassinat du président.  

Quelques heures après sa démission le mercredi 15 septembre, Rénald Lubérice a rendu publique une nouvelle structure politique baptisée «Rassemblement des Jovenelistes pour la démocratie (RJD) » composée d’anciens ministres, d’anciens conseillers et des proches de Jovenel Moïse.

« Rasanble tout ayisyen, tout estrikti ak òganizasyon sosyopolitik ki kwè nan batay Prezidan Jovenel Moïse tap mennen yo e se poutèt sa yo asasinen li ; Batay pou Prezidan Jovenel Moïse jwenn jistis ansanm ak tout lòt sitwayen ki tonbe anba bal asasen, tankou mèt Dorval; 3. Travay pou lide Jovenel Moïse yo pa mouri : se pou peyi a gen wout, dlo ak kouran… », lit-on parmi les objectifs de cette structure. 

Les membres de cette structure politique sont : Ardouin Zéphirin, Charlot Jacquelin, Claude Joseph, Esther Antoine, Etienne Schera, Gerald Decelmond, Guerchon Guerrard, Guichard Doré, Jean Helson Royal, Jean Willio Patrick Chrispin, Jean-Michel Moïse, Jocelyn Fleuriscat, Joiséus Nader, Johnny Metellus, Mackenson Cangé, Magalie Habitant, Marie Giselhaine Mompremier, Nahomme Dorvil, Phèdre Lacroix, Pierre Josué Agénor Cadet, Pierre Simon George, Rébécaline Ziky Decelmond, Rénald Lubérice, Ronald D’Mezard, Ronald Exavier, Rony Charles, Yvanosky Joachim.



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