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Les beaux jours des Vendredis Littéraires sont de retour

Les Vendredis Littéraires sont de retour. Ce vendredi 17 septembre à 18 heures place au chant, au poème, au texte littéraire en général.

Publié le 2021-09-16 | lenouvelliste.com

Le Nouvelliste : Les Vendredis Littéraires ne bourdonnent plus d’activités. Insécurité. Covid-19. Le public de VL s’en plaint. Que se passe-t-il ?

Lyonel Trouillot : Nous rouvrons ce vendredi 17 septembre. La demande est réelle de la part des habitués. Dans cette vie qui ne ressemble plus à la vie à force de violence, de peur et qui rend difficile chaque sortie, chaque rencontre, nous ne pouvons pas choisir l'enfermement et surtout le silence comme solution. Nous redonnons donc leur place habituelle au chant, au poème, au texte littéraire en général. 

Le Nouvelliste : On reprend les activités. Même heure, même local. Et le menu ?

Lyonel Trouillot : Nous commençons à 18 heures de manière à finir plus tôt. Quant au menu, rien de changé. La formule et simple : des soirées libres au cours desquelles toute personne présente peut lire un texte; des soirées thématiques, des soirées avec un ou des invités spéciaux. Pour cette soirée de réouverture, nous adoptons la formule plus démocratique de la soirée libre en étant assurés de la présence de vieux amis poètes et chansonniers, certains fréquentant les VL depuis leur création il y a vingt-six ans.

Le Nouvelliste : Les Vendredis Littéraires de l'Université Caraïbes survit. Peut-on proclamer ainsi cette vérité ? Les jeunes ne veulent plus vivre en Haïti. Beaucoup disent que l’avenir est ailleurs. Beaucoup de jeunes espoirs littéraires que vous avez vous même formés sont à l’étranger. Lyonel Trouillot, votre regard sur cette érosion.

Lyonel Trouillot : C'est vrai qu'il y a chez nous de nombreux jeunes, pas que chez des jeunes d'ailleurs, on voit des cadres supérieurs à l'affût pour le TPS, une envie de départ. C'est une chose sur laquelle il est difficile de se prononcer. Mais comme le dit un personnage d'un roman haïtien, si les raisons de partir ne manquent pas, on peut aussi trouver celles de rester. On n'a peut-être pas à juger. Les individus choisissent leur ancrage, leurs haltes, leur port d'attache et jusqu'à leurs dérives. Je ne serais pas aussi radical: les jeunes ne veulent plus vivre en Haïti, pas tous heureusement. Et quels que seront leurs parcours ultérieurs, il faut faire avec ceux qui sont là : continuer à leur donner des espaces d'expression, continuer à les aider à grandir en tant qu'écrivains, non dans un rapport de hiérarchie, mais, les aider à se procurer les outils pour donner un langage à leur intériorité, à leurs préoccupations et fantaisies propres. La littérature reste le territoire majeur de l'expression de cette différence qui nous unit dans le partage de la condition humaine.

Une sorte d'anthologie vivante de la littérature haïtienne

Le Nouvelliste : Que reste-t-il des Vendredis littéraires ?

Lyonel Trouillot : Les VL constituent depuis vingt-six ans une sorte d'anthologie vivante de la littérature haïtienne. On ne peut pas parler de ce qui reste du vivant, mais seulement son évolution. On a pu voir les déplacements thématiques: cette esthétique du délabrement dans les années quatre-vingt-dix quand on a commencé à laquelle s'opposent des voix fortes en quête d'épopée; le retour à la chanson poétique dont la présence est plus forte aujourd'hui qu'il y a quelques années; la recherche formelle dans la poésie d'expression créole et son éclatement thématique. Il y a tant de pistes offertes par les VL, pour des recherches sur la littérature haïtienne. De ce point-de-vue là, les VL c'est vraiment l'étalement du littéraire en ses différents moments et ses tendances dominantes. Il y aussi les rencontres concrètes, les amitiés qui y sont nées, les collaborations qui y sont nées, les soirées d'anniversaire, les unes de joie dans la célébration d'une oeuvre, d'autres avec un fond de tristesse lorsque la mort emporte un ami dont les textes marqueront le passage sans faire oublier son absence. C'est un petit monde que le VL, une histoire commune qui lie à des degrés divers tous les participants.

Le Nouvelliste : En décembre 2019, je vous avais interviewé, vous m’aviez dit à propos des Vendredis littéraires, à l’occasion de son quart de siècle : « Ce 25e anniversaire, nous le célébrons résolument en solidarité avec les discours et mouvements revendicatifs qui réclament un changement, une société plus juste. » En 2021, qu’ajouterez-vous à ces propos qui tiennent encore la route ?

Lyonel Trouillot : Ce n'est pas moi qui le dis. Ce sont les textes qui expriment cette solidarité. Je suis saisi par cette écoute et transformation des discours revendicatifs qui caractérisent en grande partie la production littéraire des jeunes en particulier. Elle s'inscrit dans une longue tradition en opposition à une autre plus intimiste, fuyant non seulement le politique mais la réalité sociale en général. Je me souviens d'un soir où nous étions tous une table, Kettly Mars, les regrettés Claude Pierre et René Bélance, Évelyne Trouillot et moi. Une dame avait lu un texte sur les vacances idylliques d'une famille plus que riche. Un jeune de l'assistance lui avait dit qu'entre elle et lui il y avait un malentendu sur la réalité du pays. La littérature, donc aussi les VL, c'est le lieu où s'expriment désaccords et malentendus, visions du monde et du réel. Ce qui est bien, on ne peut souhaiter que tous aient les mêmes pensées et sentiments. Mais la tendance dominante semble bien être à la revendication, aujourd'hui avec une grosse part de doute quant à l'avenir, mais aussi le désir d'un pays et d'un monde plus beaux.

Le Nouvelliste : Que reste-t-il à faire pour que les jeunes reviennent en grand nombre dans cet espace de fête de l’esprit comme au bon vieux temps ?

Lyonel Trouillot : Je n'ai pas d'inquiétude. Il y a toujours eu une belle présence des jeunes. Même en ces mois de fermeture, il en venait et on restait à discuter et partager des textes.

Propos recueillis par Claude Bernard Sérant



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