Haïti: Extension du labyrinthe politique 

Publié le 2021-09-10 | lenouvelliste.com

Dans un pays normal, des observateurs tableraient sur des changements majeurs à l'horizon. Un changement de ministres, de premier ministre, un coup d'Etat ou une révolution. Tous les éléments sont en place en Haïti ce vendredi pour un chantier compliqué qui ne concourt ni à renforcer l'Etat ni à résoudre les problèmes de la population.

Le gouvernement Henry est déchiré entre un premier ministre qui se rapproche des opposants de celui qui l'a choisi et des ministres en rébellion ouverte contre le chef de qui ils détiennent leur place.

Il y a aussi ces accords qui grapillent appuis et signatures. Un camp ou l'autre finira par crier victoire sans que personne ne soit en mesure de prédire ce qu'il adviendra dans un cas ou l'autre. 

Il y a aussi le secrétaire général du Conseil des ministres qui sort de plus en plus de son rôle d'animateur d'un secrétariat pour s'ériger en gardien du temple. Qui peut interpréter les lois en absence de Parlement et de Cour constitutionnelle dans un pays sans président à la tête de l'Etat?

Et comme les gangs tiennent les rues, comment ne pas souligner la trêve autoproclamée pour permettre au pays de ne pas s'immobiliser faute de produits pétroliers. 

Comme si cela ne suffisait pas, l'envoyé spécial pour Haïti de l'administration américaine dit haut et fort que l’actuel gouvernement ne pourra pas organiser les élections sans un accord politique. Sans être renforcé.

L'avenir va-t-il s'écrire avec Ariel Henry ou pas ? Avec un exécutif monocéphale ou bicéphale ?

Quel accord finira par s'imposer ou s'effondrer ? Qui peut rapprocher les divers camps ou créer un nouveau regroupement ?

Ce vendredi, toutes les questions sont sans réponse. On ne peut même pas dire quelle autorité sera encore autorité dans les prochains jours. Ni avec qui, des gangs, de la PNH ou des FADH, le pays doit parler sécurité.

Depuis janvier 2020, les pêcheurs en eaux troubles de la République enfoncent les institutions et les lois dans la vase de leurs ambitions. En ce mois de septembre 2021, aucune des options permises par la Constitution en vigueur ne peut s'appliquer parfaitement. 

Il ne reste que le consensus ou le coup de force. 

Avec des acteurs habiles à ne pas résoudre les problèmes, le labyrinthe politique a tout pour connaître de nouvelles extensions. 

Comme des enfants dans un magasin de farces et attrapes, la classe politique et la société civile refusent de chercher la sortie, trop heureux de jouer gratuitement et sans conséquence pour eux-mêmes. .. avec l'avenir du pays.



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