Le CEP à contre-courant du climat politique

Publié le 2021-09-09 | lenouvelliste.com

De bonnes élections pour doter le pays de dirigeants légitimes sont une nécessité, mais la question n’est pas à l’ordre du jour. La détérioration des conditions sécuritaires marquée par la multiplication des cas de kidnapping reste la principale préoccupation de la population haïtienne. Entre-temps, des groupes organisés de la société – partis politiques, organisations de la société civile – s’activent à trouver un accord autour de la gouvernance du pays après l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse. En parlant d’accord, on est sur le point d’en avoir plusieurs. Le Premier ministre Ariel Henry cherche à en conclure un avec des partis et regroupements politiques en vue de se donner une feuille de route. Parallèlement, un regroupement de la société civile recueille des signatures en vue de valider son accord autour d’une éventuelle transition. Dans l’un ou dans l’autre cas, la formation d’un CEP de consensus pour l’organisation des prochaines élections est sur la table.

C’est dans ce contexte que le Conseil électoral provisoire mis en place par feu président Jovenel Moïse a publié la liste partielle des partis politiques agréés pour participer aux prochaines élections. Cette liste partielle contient 108 partis politiques dont la majorité n’a aucune représentation sur la scène politique. Avec 108 partis politiques à bord, la machine électorale devrait être en marche. Pourtant, tel n’est pas le cas. Le pays est plutôt préoccupé par le kidnapping qui appauvrit les familles haïtiennes, l’aide d’urgence aux victimes du séisme dans le grand Sud ou encore la rentrée des classes dans un contexte de crise économique aiguë.

Personne ne va exiger que ces problèmes soient résolus avant la tenue des prochaines élections. Il faut cependant admettre que les élections ne peuvent pas se tenir dans ce climat d’insécurité généralisé. Plus encore, sans un CEP de consensus. Ce qui garantira une certaine légitimité aux prochaines joutes. Le CEP en place, créé de façon unilatérale par l’ancien président Jovenel Moïse, n’arrive toujours pas à réunir des institutions représentatives dans la société autour de son projet d’élection. En avançant avec le processus dans les conditions actuelles, les membres du Conseil électoral font passer le temps et jettent par la fenêtre les maigres ressources financières du pays.

Le Premier ministre Ariel Henry qui a pris les rênes du pays après l’assassinat du président Jovenel Moïse, il y aura bientôt deux mois, sait que ce CEP n’a aucune chance d’organiser des élections crédibles et inclusives. Cependant, il se garde jusqu’ici de se prononcer sur son sort. Il le laisse sans doute en place pour faire passer le temps. Entre-temps, le CEP avance avec un processus électoral qui n’a aucune chance d’aboutir.

S'il est vrai que la principale responsabilité d'Ariel Henry devrait être l'organisation des prochaines élections, mais jusqu'ici personne ne sait comment il va s'y prendre. Peut-être qu'il attend la signature de l'accord avec les anciens opposants de Jovenel Moïse pour se prononcer clairement sur le processus électoral. On ne sait pas non plus ce qu'Ariel Henry va faire du processus référendaire lancé par l'ancien chef de l'Etat. Le Premier ministre a reçu l'avant-projet de la nouvelle Constitution de la commission créée par Jovenel Moïse à cet effet. Il s'est contenté de remercier pour le travail de la commission sans dire s'il va y donner suite ou non. 

Combien de temps faut-il encore attendre pour savoir où Ariel Henry veut nous conduire? 



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