Ciment, tôle, bois…les prix ont explosé dans le grand Sud après le séisme…

Publié le 2021-09-08 | lenouvelliste.com

Déjà en hausse à cause de la guerre des gangs à Martissant ayant coupé le pays en deux pendant des mois, les prix des matériaux de construction ont littéralement explosé dans le grand Sud, là où le tremblement de terre du 14 août 2021 a détruit 52 953 maisons et endommagé 77 006 autres. « Un sac de ciment coûte 1 000 gourdes, patron ! », s’est exclamée Patricia Louis, 23 ans, en préparant le « pickels » pour le « fritay » du soir, au commerce de sa mère, à Camp-Perrin, vendredi 3 septembre 2021. 

L’une des conséquences de la flambée des prix des matériaux de construction impose une évidence. « Des gens mourront sans pouvoir reconstruire leurs maisons », a estimé Patricia Louis, qui se projette dans l'avenir, quand elle fera sa vie avec un homme. Les options sont l’achat d’une maison, si elle en a les moyens, le loyer ou le squat chez sa mère, a confié Patricia Louis. Pour d’autres, comme Marie dont le compagnon est opérateur de charrue, reconstruire, sans assistance, n’est pas pour demain. « Rekonstwi kay ? Hum… Ak ki kòb ? », s’est-elle exclamée.

Edner Valcin, propriétaire d'une entreprise de matériaux de construction de Vernet, aux Cayes, a observé une flambée des prix des matériaux de construction. Survolant ses fichiers Excel, cet homme d’affaires est rentré dans les détails du renchérissement du coût du ciment, du bois 2x4, du plywood. « À Port-au-Prince, le sac de ciment coûtait 5,05 dollars US. Aujourd’hui, il se vend à 8,25 dollars américains. Il s’agit d'une augmentation de 20 % observée depuis chez le fournisseur. Pour avoir le prix de vente aux Cayes, il faut ajouter 125 gourdes pour le transport d’un sac de ciment en provenance de Port-au-Prince. Au final, après les calculs, le sac de ciment se vend à 1 000 gourdes aux Cayes », a expliqué Edner Valcin qui, comme beaucoup de commerçants du grand Sud, vit un calvaire en raison de la guerre des gangs à Martissant qui a coupé le pays en deux durant plus de deux mois. « J’ai dû payer pour récupérer mon camion, ma cargaison de ciment et mon chauffeur retenu en otage », a expliqué Edner Valcin.  

« En novembre 2020, le prix à l’unité du bois 2 x4 était de 8,60 dollars américains. À présent, il se vend à 20 dollars américains. Le plywood 3/16 coûtait 23 dollars américains en 2020. Il coûte 57 dollars américains aujourd’hui », a détaillé Edner Valcin, écarquillant les yeux. L’homme d’affaires, sans détour, estime nécessaire de construire un port opérationnel dans le grand Sud.

Selon Edner Valcin, en dépit des besoins provoqués par le séisme, les ventes de matériaux de construction n’ont pas augmenté. Les gens sont décapitalisés, a-t-il déploré. L’homme d’affaires a par ailleurs souligné que des acteurs se procurent des proforma aux Cayes pour l’acquisition de matériaux de construction. Mais ils se tournent vers Port-au-Prince pour effectuer l'acquisition. Aux Cayes, il n’y a pas une association de commerçants, une chambre de commerce active pour intercéder dans ces discussions en faveur des hommes d’affaires de la région, a-t-il condamné.

À l’Azile, dans les Nippes où le séisme a détruit 1 000 maisons et endommagé 5 000 en ville dans plusieurs sections communales, les prix des matériaux de construction ont grimpé, a confié au  Nouvelliste l’agent exécutif intérimaire  Épheta Ambroise. Le camion de sable de rivière est passé de 2 500 à 4 000 gourdes. Le sable de carrière est passé de 3 500 à 4000 gourdes. Le prix peut atteindre jusqu’à 8 000 si ce n’est pas 10 000 gourdes si l’on se rend à Changeux, l’une des sections communale les plus touchées, a confié Épheta Ambroise. 

Le propriétaire d’El Shadaï matériaux de construction, Jean Bernaud, rencontré au centre-ville à l’Azile, a confirmé la flambée des prix. « Le sac de ciment se vend aujourd’hui à 1 050 gourdes. Avant le séisme, il se vendait  à 925 gourdes. C’est le prix en ville. Si vous transportez le ciment dans des sections communales comme à Changeux, le prix va encore augmenter » , a rapporté au journal Le Nouvelliste Jean Bernaud.

« Pour la tôle, l’augmentation est de 15 gourdes. L’unité se vend aujourd’hui à 425 gourdes contre 350 autrefois. Le bois 2x4 (12) se vend à 2 250 gourdes à présent. Avant, je le vendais 500 ou 550 gourdes. Le prix des planches (late 16) est passé de 725 gourdes 1 700 gourdes en l’espace de deux mois, a poursuivi Jean Bernaud, soulignant que ce n’est pas qu’à l’Azile que les prix ont explosé. La demande a provoqué le renchérissement des coûts, a observé l’entrepreneur. Les gens sont décapitalisés. « Ce séisme a aggravé la situation économique déjà précaire de la population. "Se abse sou klou" », s'est désolé Jean Bernaud.

L’appréciation du dollar par rapport à la gourde, la perturbation régulière de la circulation des hommes et des marchandises à cause de la terreur des gangs, la localisation des principaux fournisseurs dans l’Ouest où sont concentrées les infrastructures, la situation de monopole, l’augmentation de la demande continueront de provoquer le renchérissement des prix de ces matériaux de construction dans ces zones sinistrées, a confié une source proche d’une entreprise de matériaux de construction aux Cayes. « Les hommes de Port-au-Prince s’accrochent à leur monopole. Il est risqué de faire venir des bateaux de matériaux de construction aux Cayes, même si nos infrastructures portuaires sont limitées », a indiqué cette source.

Roberson Alphonse



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