Haiti - Onze national

Guerre ouverte entre les cadres du Onze national et Jean-Jacques Pierre

Les nouvelles sont de plus en plus mauvaises concernant la sélection haïtienne de football ravagée par une crise interne et éliminée de toutes les compétitions officielles, entre autres, la Coupe du monde de la FIFA, Qatar 2022. Entre-temps, six cadres du Onze national sont, sans langue de bois, montés au créneau pour critiquer sévèrement Jean-Jacques Pierre, et ce sans ménagement. Les membres du Comité de normalisation de la Fédération haïtienne football, selon ces Grenadiers, n’ont pas les compétences requises pour guider le football haïtien à bon port.

Publié le 2021-09-06 | lenouvelliste.com

Dans une intervention faite lors d’un live Facebook avec Roberto Geffrard, Jean-Jacques Pierre avait laissé entendre que certains Grenadiers ne viendraient pas en équipe nationale. Ils ont pris cette décision, a-t-il poursuivi, pour réclamer leurs primes de matches. Certains d’entre eux, visiblement très remontés après cette déclaration, ont apporté un démenti formel et n’ont pas mâché leurs mots pour fustiger le comportement du sélectionneur national.

« Pour qu’il puisse signer son contrat, il nous a indirectement envoyés auprès des membres du Comité de normalisation. Dans cette réunion, contre toute attente, il avait brillé par son absence. Après le match contre les Bermudes (barrages de la Gold Cup 2021), le sélectionneur national et son staff, pour réclamer leurs primes auprès de la FHF, avaient pris la décision de rester dans leurs chambres (d’hôtel) et d'annuler la séance d’entraînement du jour. Nous (les cadres) avons rencontré les dirigeants pour éradiquer le problème. De son côté, Jean-Jacques, injoignable au téléphone, n’avait pas participé à cette séance de travail. Dire que nous avons décliné l’invitation de l’équipe nationale pour réclamer de l’argent, c’est archi-faux ! Nous sommes des footballeurs professionnels, c’est-à-dire que nous sommes payés par nos clubs et non par la sélection. Que pouvons-nous faire avec le reliquat octroyé par le Onze national ? », se demande le trio Nazon, Adé et Pierrot dans un live sur le compte Instagram de Haiti-Tempo.

Haïti n’est pas un cobaye

« S’il se respecte, respecte son pays et le peuple haïtien, Jean-Jacques Pierre, qui était assistant en France dans un club de cinquième division et qui a failli diriger une équipe de D1 en Guadeloupe ou Martinique (équivalent à la 6e division en France, plus bas que le niveau amateur), ne devait, sous aucune forme de procès, prendre les rênes de la sélection haïtienne de football. En fait, il ne devait pas utiliser le Onze national comme un cobaye. Il n’est pas qualifié pour diriger l’équipe nationale », a clairement déclaré Duckens Nazon, le meilleur buteur en activité de l’équipe nationale (47 capes, 25 buts).

Ils ne nous respectent pas   

« Pour affronter Turks and Caicos, nous pouvons nous passer des services de certains joueurs, aurait déclaré Monique André, cité par Ricardo Adé dans ce live déconcertant. Elle (Monique), membre du comité de normalisation, aurait ajouté : « Nous ne devions pas appeler les joueurs qui n’ont pas de visa américain. C’est triste pour un dirigeant de se prononcer ainsi sur un dossier aussi important. C’est une preuve par quatre qu’ils n’ont aucun respect pour nous autres cadres de la sélection nationale. Si les dirigeants ont décidé de nous traiter ainsi, que dire des joueurs locaux ? Je vais vous dire une vérité : ils (les dirigeants) n’ont aucun respect pour les joueurs locaux », se plaint Ricardo Adé (bien épaulé par Nazon). Le footballeur en a profité pour rappeler que ce n’est pas un cadeau fait aux joueurs, car ils se sont sacrifiés pour forcer le respect d’autrui.

S’il faut se fier aux déclarations de Duckens Nazon : « Depuis le mois de mars, nous (joueurs) avons alerté les responsables, qui ne cessaient de nous mentir, que s'ils ne s'assurent pas de résoudre les problèmes qui gangrènent le Onze national, nous ne répondrons pas aux prochaines convocations. Cependant, aucune réunion n’a été programmée entre les cadres, le staff technique et les dirigeants pour tenter de panser les plaies. Pour avoir le visa américain d’Adé, par exemple, nous avons fait un faisceau pour aller auprès des responsables ».

La Gold Cup 2021, les Grenadiers et la Covid-19

« Saviez-vous que les joueurs ayant attrapé la Covid-19 ont vu leurs frais coupés de moitié, et ce sans aucun averstissement ? Ils ne se sont plus occupé de nous. Nous avions eu droit à quelque chose (nourriture, boissons et autres) grâce à nos coéquipiers. Ils (dirigeants) nous ont totalement oubliés. C’est un manque de respect grave envers des joueurs », a révélé Pierrot, bien aidé par Ricardo Adé, qui en a profité pour raconter un fait anecdotique.      

« J’ai failli perdre mon contrat avec Mushuc Runa (D1 Équateur) après le match face à Belize, car après la rencontre, les dirigeants ne s’occupaient plus de moi. Depuis un hôtel de la capitale, j’ai dû poster un message sur mon compte Instagram, et grâce à Saba (père), j’ai pu bénéficier d'un visa dominicain pour finalement rallier l’Équateur », a révélé Ricardo Adé.  

Pour évoquer son altercation avec Carnejy Antoine, Duckens Nazon a fait savoir que « Jean-Jacques Pierre se sert de Carnejy Antoine, qui n’est autre qu’un « néophyte qui ne respecte personne », pour provoquer les cadres de l’équipe. Je crois que Jean-Jacques Pierre a un problème d’égo. Mon altercation avec Antoine a commencé par là. Le dossier de capitanat est un faux débat. Il cherche à nous diviser, en prenant des décisions irrespectueuses ».

Abondant dans le même sens, Frantzdy Pierrot a fait les révélations suivantes : « Sur le plan organisationnel, nous étions quasiment nuls tout au long des éliminatoires de la Coupe du monde de la FIFA, Qatar 2022. De Punta Cana (République dominicaine) à Turks and Caicos, ça été tout simplement une catastrophe. À Port-au-Prince, pas assez de ballons pour s’entraîner, le retard ou des fois l’absence de l’autobus qui devait nous emmener au stade Sylvio Cator, et une ou deux fois, nous avions dû aller au stade sans présence policière et affronter l’embouteillage monstre. Ils n'étaient pas ponctuels aux rendez-vous. Qui pourrait nous démentir ? Dans un tel contexte, comment un joueur pourrait-il être excellent sur le terrain ? ».

Sans langue de bois, Kévin Lafrance a qualifié Jean-Jacques Pierre de « traître » avant de déclarer : « Tant qu’il est encore sélectionneur, je ne répondrai plus à la convocation de la sélection nationale de football. Il n’est pas un sélectionneur, il n’a pas le charisme d’un coach, il est juste un joueur », tout en rappelant certains faits évoqués par Nazon, Adé et Pierrot. Dans la foulée, il a précisé qu’il n’y avait jamais eu de problème de capitanat au niveau du Onze national. En plein Covid-19, il a juste quitté le groupe pour se rendre en France au chevet de sa femme qui allait enfanter.        

Sans être trop bavard, Bryan Alcéus, qui adhère totalement aux déclarations de ses coéquipiers, exige lui aussi des changements drastiques au niveau organisationnel. « J'avais prévenu Jean-Jacques Pierre, par rapport à tout ce qui s’était passé, que je ne viendrais plus en sélection. À ce sujet, j’ai été appelé par Carlo Marcelin, et là-dessus, je lui ai confirmé ma décision », a-t-il fait savoir. 

Si Bryan Alcéus a avoué qu’il n’avait aucune relation (bonne ou mauvaise) avec le sélectionneur, pour Ricardo Adé : « Jean-Jacques Pierre n’a pas son empreinte sur le groupe, car son plus grand problème, c’est la gestion du groupe. Il est jeune, il doit encore apprendre. Quand tu dis Jean-Jacques Pierre, c’est respect et rien à reprocher ».    

Après avoir critiqué l’absence de certains cadres dans l’effectif des Grenadiers, entre autres, Méchack Jérôme, Johny Placide estime que : « le changement apporté par le sélectionneur a été trop brutal. Il n’y a pas une différence entre Jean-Jacques Pierre joueur et Jean-Jacques coach. Il aime toujours avoir le dernier mot. Déjà le problème, il vient dès le départ. On a construit un groupe depuis des années et je pense que la première erreur a été de changer ce groupe, ce noyau dur. Pour ma part, ça été une déception. Les nouveaux ont eu trop de confiance, trop de crédit. Ça a beaucoup déstabilisé le groupe », a-t-il dit en substance sans fermer la porte de la sélection nationale.

En guise de conclusion, les six cadres de l’équipe nationale, Johny Placide, Ricardo Adé, Bryan Alcéus, Kevin Lafrance, Duckens Nazon et Frantzdy Pierrot, expriment leur contentement pour la victoire (2-0) des Grenadiers aux dépens de la Jordanie, après leur sanglante défaite (1-6) face à Bahreïn.

Reste à savoir quel sort est réservé à ces six cadres de l’équipe nationale qui ont ouvertement critiqué la gestion faite par Jean-Jacques Pierre aux commandes des Grenadiers ? Le sélectionneur national, en guerre ouverte avec certains joueurs, saura-t-il quoi faire pour calmer le jeu et prendre une décision favorable ? Sur le plan organisationnel, le Comité de normalisation, va-t-il apporter les changements souhaités et exigés par les joueurs ?  

On verra bien...



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