Un recul dans la lutte pour l’intégration des personnes handicapées 

Publié le 2021-09-06 | lenouvelliste.com

Les personnes handicapées font partie des oubliés de la société haïtienne. Le mode de construction de la plupart des bureaux publics et privés, le mode d’occupation de nos rues, nos transports en commun en sont la preuve. La création du bureau du secrétaire d’Etat à l’Intégration des personnes handicapées (BSEIPH) par l’ancien président René Préval, lors de son second mandat en 2007, a aidé à attirer l’attention du pays sur cette catégorie. Cette décision témoignait de la volonté des autorités haïtiennes de l’époque de combattre les discriminations dont les personnes handicapées sont victimes.

A côté de la création de cette institution, l’Etat haïtien a ratifié la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées et la Convention interaméricaine pour l'élimination de toutes les formes de discrimination contre les personnes handicapées.

Le séisme du 12 janvier 2010, qui avait laissé un nombre important de nos compatriotes handicapés, avait même conduit les autorités à renforcer la législation haïtienne en matière d’intégration de cette catégorie évaluée à 10% de la population, soit environ un million de personnes. En 2012, l’Etat haïtien a adopté la loi portant sur l’intégration des personnes handicapées, ce que les organisations travaillant dans le secteur ont considéré à l’époque comme un pas dans la bonne direction.

La ratification de conventions internationales, l’adoption d’une loi nationale et la création du bureau du secrétaire d’Etat à l’Intégration des personnes handicapées sont considérées par des spécialistes comme l’accomplissement de plusieurs décennies de lutte menée en faveur des personnes handicapées. Si entre 2007 et 2012 les lignes ont bougé en faveur des personnes à besoins spéciaux, nous sommes cependant loin d’une prise en charge en bonne et due forme de cette catégorie sociale. Il n’est pas nécessaire de mener une enquête approfondie pour le constater. Un simple regard dans nos rues en dit long sur le traitement que la société haïtienne réserve aux personnes à besoins spéciaux. On se demande encore comment une personne aveugle arrive à circuler.

A côté des obstacles structurels à l’intégration des personnes handicapées, la décision du Premier ministre Ariel Henry de ne pas nommer un secrétaire d’Etat à l’Intégration des personnes handicapées n’a pas aidé dans cette lutte. Une décision préjudiciable à cette catégorie. Pour certains spécialistes, il s’agit même d’unerégression dans la lutte pour l’intégration des personnes handicapées dans la mesure où le BSEIPH est le seul organe de l’Etat chargé de faire entendre la voix des personnes à besoins spéciaux. Cette décision arrive aussi à un moment où le grand Sud est dévasté par le tremblement de terre du 14 août 2021. Il n’y a pas de doute que le nombre des personnes handicapées va augmenter à la suite de la catastrophe. Pourtant il n’y a pas de voix officielle pour faire le plaidoyer pour la prise en charge des personnes handicapées dans les départements frappés par le séisme.

La décision de ne pas nommer de secrétaire d’Etat dévolu à ce secteur ne concerne pas seulement les personnes handicapées, d'autant que les conséquences sont sans doute plus graves pour elles. Le Premier ministre Ariel Henry ne devrait-il pas jeter un autre regard sur les personnes handicapées ?



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