Haïti

Des défis liés à la prochaine rentrée des classes

Publié le 2021-09-03 | lenouvelliste.com

En conférence de presse, le jeudi 2 septembre, à Port-au-Prince, le gouvernement a annoncé le report de la rentrée des classes, initialement prévue le 6 septembre, au 21 septembre dans les départements non affectés par le tremblement de terre et au 4 octobre dans ceux qui ont été sévèrement touchés par le séisme meurtrier et dévastateur du 14 août dernier. Chaque année, la rentrée des classes constitue un véritable casse-tête pour les familles les plus démunies. Cette année, elle l’est encore plus. Le tremblement de terre du 14 août 2021, de magnitude 7,2, a ravagé plusieurs écoles dans les régions les plus affectées.

Le Premier ministre Ariel Henry est conscient des défis. « Nous avons beaucoup de travail. Il faut enlever les décombres et mettre des structures pour accueillir les enfants dans les écoles détruites par le séisme », a annoncé le chef du gouvernement. En outre, le locataire de la Primature a annoncé que des dispositions seront prises pour verser des allocations aux parents d’élèves et aux professeurs à cause de l’environnement sociopolitique et économique difficile. Il dit vouloir que tous les élèves des zones ravagées par le séisme puissent reprendre le chemin de l’école au cours de la prochaine rentrée.

Le gouvernement aura-t-il le temps de mettre tout en œuvre avant les nouvelles dates fixées pour la rentrée ?  Ariel Henry avait fait de la rentrée des classes sa priorité. Est-ce que c’est toujours le cas aujourd'hui ? Après le tremblement de terre du 14 août, les défis à relever dans les départements des Nippes, du Sud et de la Grand-Anse sont légion et de taille.  Outre des établissements scolaires complètement ou partiellement détruits, il y a des parents qui ont tout perdu dans cette catastrophe. Ces derniers sont actuellement dans l’impossibilité de financer l’éducation de leurs enfants sans l'aide de l'Etat ou d'autres bons samaritains.

Dans la capitale, aucune école ne s'est effondrée mais les défis ne sont pas moindres. Les conditions socioéconomiques des ménages se dégradent. Le coût devient tellement élevé que même les chefs de ménage qui ont un boulot ont du mal à joindre les deux bouts. Les employés de l'Administration qui devraient être des privilégiés ne reçoivent pas toujours leur salaire à temps.  Cela est dû notamment au faible niveau des recettes de l’État, à en croire certains responsables. A ce rythme-là, il est à se demander où le gouvernement va trouver des ressources pour verser des allocations aux parents et aux enseignants. 

D’un autre côté, une bonne partie de la capitale échappe au contrôle des autorités policières. Ce sont les gangs armés qui font la loi dans ces zones. Ils peuvent quand ils veulent interdire la circulation, le fonctionnement des écoles, des banques, des églises, des marchés publics, etc. Ces hommes armés créent un climat d’insécurité sans précédent. Ils sèment la terreur, la panique et ils tuent impunément. Le gouvernement va-t-il adresser ce problème pour permettre aux élèves de retourner tranquillement sur les bancs de l’école ?               

La rentrée des classes reste impossible pour un grand nombre d’écoles à Martissant et à Fontamara, deux quartiers de la capitale qui font face aux affrontements sanglants entre les gangs. Ces affrontements meurtriers, qui ont débuté le premier juin dernier, ont poussé la grande majorité des riverains à fuir leurs maisons et vider les lieux. Ces derniers se réfugient pour la plupart à Carrefour et vivent dans des conditions infrahumaines. Le plus inconcevable dans cette situation, c'est le silence et l'inaction des autorités politiques. Face à un tel dilemme, les parents sont totalement abandonnés. Trois mois après le début des affrontements entre les belligérants, les victimes de la violence des bandits armés ne peuvent pas retourner dans leurs   zones respectives. 

Dans cette conjoncture, comment vont-ils envoyer leurs enfants à l’école ? Quant aux directeurs des écoles, ils ne peuvent même pas s’en approcher à Martissant. Certains assistent, impuissants à l’écroulement de leur institution pillée et saccagée. Qui va mettre un terme à la toute- puissance de ces malfrats ? Pour la rentrée scolaire, peut-on enfin s'attendre à un déploiement en règle des forces de police ?

 Dans certains quartiers, la police ne circule que dans des blindés. Plusieurs sous-commissariats et des antennes de la police sont fermés après avoir essuyé des attaques d'hommes armés. Une rentrée des classes dans un tel climat d’insécurité, n’est-ce pas mener les enfants à la boucherie ?  L’accès à l’éducation de qualité, c’est le quatrième des 17 Objectifs de développement durable que le pays s’engage à atteindre.  Mais jusqu'à aujourd'hui, au vu de l'inertie de l'État haïtien dans ce domaine, ce défi restera hors de notre portée pour plusieurs années encore.                    



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