L’orientation de transition post Jovenel Moïse divise

Sur l’échiquier politique, c’est le temps des fractures, des alliances, des repositionnements autour et en face du Premier ministre Ariel Henry, l’ultime expression politique de Jovenel Moïse, âprement combattu par ses opposants.

Publié le 2021-08-30 | lenouvelliste.com

L’après Moïse divise. L’on s’écharpe sur l’orientation de la transition, plus d’un mois après son assassinat. Avec fracas, des militants de « Fòs militan Chanmas », emmenés par Marckenson Eprimé, ont interrompu la cérémonie de signature d’un projet d’accord élaboré par la commission de recherche d’une solution haïtienne à la crise (CRSHC), à l’hôtel Montana, lundi 30 août 2021. « Nous avons déjà un accord. Joseph Lambert est notre président. Lambert, Lambert, Lambert, Lambert », ont scandé des militants dans cette salle du Montana où les chaises avaient des ailes.

Lambert au Palais national n’est pas la seule revendication de ces militants dont certains se sont illustrés dans des face-à-face avec des policiers anti-émeutes dans l’aire du Champs de Mars lors des manifestations contre le feu président Jovenel Moïse. Ces militants veulent la libération des « prisonniers politiques ». Sans prendre de gants, quelques-uns ont tancé des figures de proue de cette commission, les accusant de vouloir rafler le pouvoir.

La signature se poursuit

L’irruption bruyante de ces militants ne déraille pas pour autant le processus de signature. « La signature a commencé depuis hier. On va continuer à collecter les signatures », a assuré Magalie Comeau Denis, comédienne, ex-ministre de la Culture. « Nous avons eu 118 signatures avant les troubles et 76 après. Donc, 194 signatures », a confié Magalie Comeau Denis au Nouvelliste. Elle n’a pas communiqué les noms des partis politiques et organisations signataires.

Pour atteindre différentes organisations, un système de signature électronique sera mis en place, a-t-elle poursuivi devant la presse, avant d’asséner une pique. La violence ne fait pas partie de la palette d’expressions citoyennes en matière politique, a lancé Magalie Comeau Denis.

A l’aune de Joseph Joël Louis, la cérémonie est une « victoire ». L’hostilité de ces militants est l’expression du malaise d’anti-nationaux face à ce document qui « dérange », a affirmé l’ex-député de Savannette, membre de cette commission, informé de l’irruption de ces militants. « Nous étions informés », a indiqué, de son côté, Magalie Georges, enseignante, syndicaliste. Pour elle, ces militants sont instrumentalisés. « Leur action montre le désordre qu’il y a dans la tête de gens qui veulent diriger le pays », a-t-elle balancé, estimant qu’il appartient à ceux qui ont envoyé ces gens de donner des explications.

Joseph Lambert prend ses distances

Le président de ce qui reste du Sénat, Joseph Lambert, désigné par des partis politiques et d’autres organisations pour remplacer le feu président de la République, a exprimé son « indignation » de l’interruption violente de cette rencontre et pris ses distances des revendications scandées par ces militants à la cérémonie de signature du document de la commission de recherche d’une solution haïtienne à la crise (CRSHC). « J’apporte un démenti formel et catégorique à toute implication à la conception ou à l’exécution des actes de vandalisme ayant troublé cette rencontre », a écrit le sénateur Joseph Lambert dans un communiqué express.

Il a rappelé qu’il ne professe ni pratique ce genre d’obstruction brutale à l’expression de l’opinion contraire. « Je condamne toute forme de violence en régime démocratique », a soutenu Lambert. « Aujourd’hui, plus que jamais, la nation attend de ses élites, de toutes ses filles et de tous ses fils, la cohésion et l’entente pour sortir le pays d’une crise qui n’a que trop duré », a appelé le sénateur du Sud-Est en milieu de journée ce lundi.

Le SDP tacle

En conférence de presse, des membres du directoire du secteur démocratique et populaire (SDP) n’ont pas fait de mystère sur leur positionnement. Me André Michel a non seulement pris « ses distances de l’accord de la société civile » mais il a descendu en flamme la CRSHC. Ce sont des audacieux qui se sont planqués quand il fallait mener la bataille politique. Maintenant ils veulent donner des solutions. « Je yo chèch anpil », a pesté l’avocat qui a soutenu que le SDP n’a pas la grosse tête, est prêt à discuter pour obtenir un accord politique. Il a exprimé ses préférences pour une autre entité de la société civile, « Mache pou lavi ».

Me André Michel, sans faux fuyant, a confié que le SDP parle avec  le Premier ministre Ariel Henry. « Nous parlons avec Ariel Henry. Il faut donner au plus un accord politique au pays », a-t-il poursuivi, en conférence de presse au local de cette structure politique qui compte le retrait temporaire de l’ex-maire de Croix-des-Bouquets pour des raisons médicales et « Viv Ayiti » de Rony Timothée. Le Premier ministre Ariel Henry, ultime volonté politique de Jovenel Moïse -- âprement combattu par l’opposition dont SDP -- s’est mêlé de l’actualité politique de lundi.

Ariel Henry trace sa route

A l’hôtel Karibe Convention center, le neurologue, entouré de représentants « d’organisations de base », s’est dit favorable à un accord politique. Après l’accord politique, il y aura un replâtrage au niveau du gouvernement. « L’exercice sera difficile », a concédé Ariel Henry. Entre profession de foi et promesses avec des éléments de langage bien choisis, le chef du gouvernement soutient « qu’il faut des élections rapidement », qu’il n’est pas favorable à une « transition longue », que sous son règne, il n’y aura pas de prisonniers politiques, pas d’exilés politiques. « Il y a des procédures à respecter. Je ferai tout ce que je peux pour que la justice soit respectée », a nuancé Ariel Henry, qui a rencontré ces organisations de base à l’initiative de Sinal Bertrand, ex-député et médecin. Dans la presse, Sinal Bertrand, lui aussi fervent opposant de Jovenel Moïse, a précisé qu’il faisait un « travail technique » pour aider Ariel Henry, son « ami ».



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