Lecture scénique à la BMT

Lecture scénique de « Les immortelles » de Makenzy Orcel à la bibliothèque municipale de Tabarre

Sous la direction du metteur en scène Jean Cajou, le mercredi 25 septembre 2021, les comédien.nes de « Les Ateliers Franck Fouché » ont offert une lecture scénique de « Les immortelles » de Makenzy Orcel à la bibliothèque municipale de Tabarre. Les comédien.nes Jose Marie Kendard Beausejour, Wood-Kendy Louis et Yves Marie Gustave ont plongé le public dans le quotidien des prostituées de la grand-rue après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Un spectacle qui a fait la part belle à l’imaginaire des participants.

Publié le 2021-08-30 | lenouvelliste.com

Il est midi trente. Dans la salle de lecture de la bibliothèque des peintures inspirées d’une variété de paysages haïtiens ornent les murs. Émerveillés par tant de livres, les participants scrutent à gauche et à droite les rayons. Les comédiens de Les Ateliers Franck Fouché sont déjà là pour lancer le spectacle. Devant un public composé d’étudiants, d’universitaires et d’écoliers, les comédiens restent debout sans le moindre mouvement. Comme s’ils cherchent les mots, le rythme et le souffle pour lire à haute voix les immortelles. Le public, avide d’entendre les artistes, est resté silencieux. D’une fraction de seconde, Yves Marie Gustave entame. Le jeune poète commence à la page 22.

« Au rez-de-chaussée d’une maison effondrée, toute une famille se mettait à chanter avant de rendre l’âme. Une chanson qui parle d’ailleurs, du ciel, de repos éternel… » Le ton est donné, le public est plus attentif que jamais. À l'unisson, les comédien.nes ont lu avec entrain le texte et avec une grande sensibilité. Une sensibilité qui parle aux auditeurs et auditrices. Durant toute cette lecture menée par Wood Kendy-Louis, Jose-Marie Kendard et Yves Marie Gustave, le public était joyeux. Parfois des murmures. Des éclats de rires et des étonnements.

Jose Marie Kendard Beausejour, qui a joué le rôle du personnage qui raconte l’histoire de la Petite, plonge les lecteurs au fond de l’histoire. « La petite passait la moitié de son temps à lire les charabias d’un certain Jacques, je ne sais trop quoi, pourtant sous le béton, ces poèmes, ces belles phrases n’ont pas su la sauver, disait-elle. Pourquoi, grand maître qu'il est, n’avait-il pas conseillé à ses lecteurs comment se protéger d’un tremblement de terre ? »

Plongés dans ses dires, les comédien.nes ont lu avec une grande sensibilité et émotion comme si mettre en scène, c’est raconter une histoire à partir d’une vision, d’un ton, d’un style et d’une ambiance. Après cette lecture qui a duré plus d’une trentaine de minutes les comédien.nes ont salué le public et profité de discuter du roman avec les jeunes.

Wood Kendy-Louis, membre de « les ateliers Franck Fouché » se dit satisfait de cette performance artistique. « En jetant un regard rétrospectif quelques mois depuis le début de ma formation, je comprends aujourd’hui que, pour être comédien, il faut être animé d’une curiosité insatiable envers tout ce qui peut nourrir la pratique théâtrale. Il faut savoir oser, déambuler, sortir des sentiers battus, composer avec l’insécurité du lendemain, ne pas craindre le changement, accepter d’être mis en danger », a confié au Nouvelliste le jeune prodige, qui souligne qu’égarement et errance font partie du risque de la création théâtrale.

Poète et coordonateur de Les Ateliers Écritures, Yves Marie Gustave pour sa part a confié qu’il est très heureux d'offrir cette lecture scénique. Pour le jeune écrivain, en devenir, cette lecture scénique va aider les jeunes à découvrir les zones d’ombres de la littérature.  « Quand la terre nous échappe, il y a toujours le plaisir du texte  pour survivre. » Poursuivant son propos sur la préparation de cette lecture, il a ajouté :

« C'est une lecture que j'ai préparée avec passion et sensibilité. J’ai eu un brin de peur lorsque Jean Cajou m'a proposé les textes  que je dois lire. Lire Les immortelles de Mackenzy Orcel c'est bannir le tabou, c’est aller à la rencontre des prostituées avec humanité et un cœur pur. »

Jose Marie Kendard Beausejour qui a fait son entrée sur scène pour la première fois a avoué avoir très enthousiaste lors de cette lecture. Pour l’étudiante en troisième année de Géographie à l'Institut d'études de recherches africaines d'Haïti  (IERAH), cette lecture lui a fait explorer à fond la sensibilité qui réside dans le roman.

Les immortelles de Makenzy Orcel

Dans une prose limpide et poétique, Makenzy Orcel raconte l’histoire d’une prostituée de la grand-rue qui confie des histoires à un écrivain tout en lui donnant lire le fond de son âme.

Elle lui raconte l'histoire des prostituées disparues lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010. Une en particulier, surnommée Shakira, grande lectrice de Jacques Stephen Alexis, elle était en rupture avec sa mère protestante.  Devenue prostituée dès son jeune âge, celle qui l'a recueillie lui a tout appris. Une sorte de mère de substitution.

Elle raconte aussi les autres de la grand-rue : Géralda Grand-Devant, sorte de figure tutélaire. Emma ravagée par une maladie sexuellement transmissible, trop faible pour fuir le désastre qui s'annonce. Elle évoque la quête de la mère de Shakira qui est dévastée par la disparition de sa fille. Les souvenirs s'en mêlent, les voix se superposent, mais la douleur demeure.



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