Conflits armés

Les déplacés de Martissant deux mois après

Publié le 2021-08-05 | lenouvelliste.com

Les groupes armés de Martissant s'affrontent depuis deux mois. Ils observent certaines fois des moments de répit, comme lors des examens d'Etat la semaine dernière. Puis, reprennent les hostilités. La population, les policiers au sous-commissariat, les écoles, les églises, les hôpitaux, les entreprises, bref, tout le monde est parti de la zone. Réfugiés au centre sportif de Carrefour depuis plus de deux mois, une partie des déplacés de Martissant commencent à perdre espoir et la violence risque de s'installer dans le camp.

Roseline François, 24 ans, est mère d'un petit garçon de 5 mois dont le père a été tué à Martissant 23 au tout début des affrontements entre gangs. Elle est arrivée depuis deux mois au centre sportif de Carrefour et ne pensait pas habiter cet endroit pendant tout ce temps.

« Mon compagnon a été tué sous mes yeux avant que les hommes armés ne mettent le feu à notre maison. Je suis arrivée ici dans la nuit du 3 juin. Je pensais que j'allais passer quelques jours dans ce centre avant de rentrer chez moi. Aujourd’hui, je ne sais pas si j’ai encore une maison à Martissant puisque je n’y suis jamais retournée », a témoigné Roseline François.

Marvens, 11 ans, est lui aussi au centre sportif de Carrefour depuis deux mois. « Au début, je trouvais à manger sans avoir à me battre. Aujourd'hui ce sont les plus forts qui accaparent la nourriture et les dons », se plaint l'adolescent.

Au centre sportif de Carrefour, c'est la loi des plus forts qui prime. Les plus robustes ou les plus tapageurs accaparent l'aide apportée par des particuliers et des institutions. Un journaliste de Le Nouvelliste a pu assister à une bagarre entre deux groupes pour la séparation de 4 500 gourdes que tentait d'offrir un particulier.

« Ils sont devenus pour la plupart de plus en plus violents. Ils se bagarrent pour tout. Il n'existe pas de force sur place pour les calmer », confie au Nouvelliste un représentant du ministère de la Santé publique qui travaille dans le camp.

« Les jeunes hommes ont surtout tendance à reproduire au centre la vie qu'ils menaient avant dans leurs quartiers. Ils se regroupent en clans et tentent d'imposer leur volonté », se désole un représentant de la Protection civile.

Les personnes âgées se plaignent de cette situation. Ceux qui n'ont pas de proches parmi les nouveaux caïds souffrent le plus. « Je suis âgé de 59 ans. Je ne peux pas me battre contre ces jeunes de 20 à  30 ans. Ils pensent qu'ils sont les maîtres. C'était aussi un peu comme ça à Martissant », soupire ce cinquantenaire, l'air épuisé.

Aucun support du gouvernement depuis l'assassinat du président

Au début, il y avait un véritable élan de solidarité envers les déplacés de Martissant où presque aucun déplacé ne porte de masque. Des institutions publiques et privées, des particuliers volaient au secours de ces gens qui ont fui la guerre à Martissant. Depuis l'assassinat du président le 7 juillet dernier, cet élan de solidarité a beaucoup diminué.

« Deux mois après, la situation est catastrophique au centre sportif de Carrefour »,  a affirmé l'agent intérimaire de cette municipalité. Jude Édouard Pierre a souligné que depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse, le gouvernement ne donne aucun support aux déplacés de Martissant. Son administration paie le prix fort de cette situation.

Sans le support de certaines églises dans la commune comme le FTL, dirigé par le pasteur Jean Héder Petit-Frère, et l'église radio Lumière, entre autres, les déplacés n'auraient pas trouvé à manger, a souligné Jude Edouard Pierre. « Ces deux dernières semaines, le pasteur Jean Héder Petit-Frère nous envoie 1 250 plats chauds chaque jour. Il y a aussi la radio Lumière et l'ADRA », a-t-il remercié.

Le gouvernement évoque un plan de relogement des déplacés

Dans un communiqué, la Primature a fait savoir que le Premier ministre Ariel Henry a eu, le mardi 3 août 2021, « une importante rencontre » avec les représentants des entités intervenant dans la gestion des personnes déplacées de Martissant et de la zone métropolitaine.

« Le chef du gouvernement a voulu s'enquérir du plan de relogement et de reconditionnement de ces personnes prises en charge par des institutions de l'État, en partenariat avec des organismes des Nations unies. Lors de cette réunion, il a été question de statuer sur le budget devant être alloué au relogement de ces familles. Les estimations relatives à  leur relogement sont évaluées à environ 800 000 dollars américains », a fait savoir le communiqué.

Selon la Primature, il a été décidé la réactivation du groupe de travail sur la gestion des camps des déplacés ainsi que la prise en compte des conditions de sécurité des gens. « Le gouvernement intérimaire s'engage à soutenir les efforts des institutions publiques et internationales dans le cadre de la stratégie de relogement et de réinsertion des personnes déplacées », a révélé le communiqué.



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