Lecture d'été

« La légende du poisson amoureux » de Marie-Célie-Agnant

Illustré joliment par les toiles de Tiga, « La légende du poisson amoureux » (Mémoire d’encrier 2003) est un livre de jeunesse écrit par la poétesse et la romancière haïtienne Marie-Célie Agnant. Ce petit livre est le numéro un de la collection « Contes et Légendes » des éditions Mémoire d’encrier.

Publié le 2021-07-28 | lenouvelliste.com

«La légende du poissons amoureux» de Marie-Célie Agnant est un conte qui retrace l’histoire de Thézin. Ce conte est l’un des contes les plus populaires d’Haïti. Marie-Célie Agnant avec son talent de conteuse l’a réécrit.

Un conte ce n’est pas juste une petite histoire. C’est une histoire née de l’imaginaire, dominée par le fantastique. Cette histoire est répétée bien des fois à toute une génération et aussi transmise de génération en génération. Le conte divertit mais il n’est pas anodin. Il inculque des valeurs et des croyances. Le conte effraie, impressionne; mieux encore, il émerveille. Quelquefois il nous donne une leçon de vie, nous fait la morale. C’est donc un genre pédagogique. Dans un conte, on s’abandonne sans contrainte, on se laisse aller sans but fixé à l’avance. Le conte est un plaisir. 

L'histoire

Thézin est un poisson amoureux. Il vit au fin fond d’une rivière. Au fond de l’eau Thézin mélange algues, brindilles, glaise, mousse. Dans cette rivière, seules les filles ramenaient toujours de l’eau propre à la maison. Les garçons, quant à eux, trouvent de l’eau qui se transforme en liquide boueux dès qu’ils sont sur le chemin du retour. Thézin ne détestait pas les garçons, il leur reprochait leurs jeux rudes et bruyants qui troublaient le calme de la rivière. Certains poissons se plaignaient des pierres qu’ils lançaient dans la rivière. De son côté, Thézin préférait certainement les chants des filles que ceux des garçons.

Dans ce village, une seule personne appelée Vélina connaissait le secret de Thézin. Ils se sont rencontrés le jour où Vélina avait perdu une bague dans la rivière. Ce jour-là, Vélina criait tellement fort au bord de la rivière. Ému, Thézin se réveilla et apparaît. Vélina n’a jamais vu un poisson aussi beau. « Son corps était parsemé d’écailles d’argent, aussi brillantes que des éclats de lune, larges comme des pièces de monnaie. Ses nageoires  rappelaient des voiles de dentelle fine, elle bougeait avec grâce, écumant l’eau ». Vélina aimait Thézin. Pour ses yeux ronds pailletés d’or. Elle aimait Thézin pour son charme. Pour ses mots doux.

Quand Thézin sort de l’eau et s’adressa à Vélina, elle était tellement surprise. Elle laissait tomber sa calebasse et ne pouvait articuler le moindre mot. Toute sa vie, elle n’a jamais vu un poisson avec des écailles et des yeux aussi splendides. « Cela me peine de te voir pleurer ainsi. Je vais aller te la chercher », promet Thézin à Velina. « Ne crains rien, je connais bien le fond de la rivière », rassure Thézin. Il revient avec la bague quelques instants après. Depuis, ils sont amoureux l’un de l’autre. Chaque jour, Thézin attend la mélodie qui lui annonce l’arrivée de sa bien-aimée. Il se sent seul une fois que Vélina est parti. Le temps passa. On ne sait pas exactement ce qui arrive.

Ce conte m’a profondément touché, de par ce lien qui s’est construit entre Vélina et Thézin mais aussi par le message qu’il fait passer. Je trouve que ce sera intéressant de lire ce texte aux enfants durant l’été. C’est un conte d’alerte et de prévention, mais il est aussi plein d’espoir. C’est une véritable prise de conscience de la nécessité de protéger la nature qui plaira à tous les adolescents. J’ai éprouvé un réel attachement pour la narratrice dont on suit les nombreuses épreuves qu’il doit surmonter, son chemin vers la liberté et ses sentiments, allant de la souffrance à l’espoir. Marie-Célie Agnant a su nous transmettre tout cela à la fois, grâce à des mots simples mais forts.

Dans l’introduction de son livre World Tales (Contes du monde), Idries Shah affirme : « Peut-être que le conte réalise surtout la fonction d’espoir et non pas de fuite. La suspension des contraintes ordinaires aide les gens à retrouver l’optimisme et à alimenter l’imagination avec de l’énergie pour atteindre des objectifs ». L’auteur de « Le Moi dominant » avait raison, ce conte nous donne de l’espoir et alimente notre optimisme.



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