Troisième édition Festival Pwezi Solèy: un succès malgré la conjoncture

Petit à petit, les activités culturelles reprennent à Port-au-Prince. Le samedi 24 juillet 2021, s’est déroulée en double format, distanciel et présentiel, la troisième édition du festival Pwezi Solèy à Port-au-Prince. Sur le thème «  Poésie Ô ! Féminin », et avec comme invitée d’honneur la poétesse Adlyne Bonhomme, cette manifestation culturelle a eu un succès assez vif.

Publié le 2021-07-28 | lenouvelliste.com

Adlyne Bonhomme, invitée d’honneur de la troisième édition du Festival Pwezi Solèy, est l’une des nouvelles voix de la poésie haïtienne contemporaine. La jeune poétesse a appris à ciseler les phrases, à goûter à la saveur des mots, a « tressé de cris dans le doute » depuis son plus jeune âge dans sa ville natale à Petit-Goâve. Depuis, Adlyne Bonhomme manie la plume comme d’autres les armes.

En ouverture du festival, le samedi 24 juillet 2021, la poétesse Cherlie Rivage a interviewé l’auteure de « L’éternité des cathédrales » sur son parcours, ce qui l’amène à la poésie et sa vision sur l’écriture. Cette rencontre a eu lieu en direct sur la page Facebook de Konbit Atis Solèy.

 « Je suis très contente d’être l’invitée d’honneur. C’est une grande joie. Je félicite KAS de mettre en avant la poésie féminine », se réjouit Adlyne Bonhomme, émue. Elle ajoute : « Je découvre la poésie tardivement. Pour être poète, je ne sais pas vraiment ce qu’on doit faire. Mais pour moi la lecture est la clé ». Durant cette interview, Cherlie Rivage a lu quelques extraits de son premier livre, « L’éternité des cathédrales » (éditions La Rosee 2019) la poésie d’Adlyne se construit par touches successives à partir d’un vers déclencheur,  soit par affirmation, constat, parfois fondé sur une expérience vécue, parfois ouvert à l’ensemble de l’expérience humaine. Le vocabulaire est toujours simple, les mots qu’elle utilise usuels, et  elle tente de  les habiter à sa façon. L’enchaînement des images, des impressions, les contrastes qu’il trace dépassent le réalisme descriptif, le réel se muant en intériorité. Il se dégage de l’ensemble de l’œuvre une douce tonalité musicale, presque sensuelle, comme s’il ne s’agissait que d’un même poème  composé d’une série d’images, de flashs, de vidéoclips.

Dans cette éternité de silence, d’absence, de nostalgie, de rage, de colère, de tendresse et de sensualité, la poésie cherche à y dire, y décrire le réel. Les poèmes s’enchaînent, formant une large spirale qui passe de la nuit au jour, du désespoir à un maigre mais réel espoir.

Ses images naissent de la mer mais la mer n’est pas le centre du poème : elle en est atmosphère, en nourrit le vocabulaire, elle en est la métaphore.

Causerie autour de la poésie

Devant un public composé de poètes et d'écrivains, parmi lesquels Mackenson Bijou, Kevin Pierre, Rose Philénie et Cherlie Rivage, une rencontre s’est déroulée à GaMa restaurant, à l’avenue Lamatinière, en présence de l’invitée d’honneur. Lors de cette petite rencontre, Rose Philénie a lu quelques extraits et passé la parole aux invité.es.

« Je suis content d’être là avec vous parce que j’aime discuter de l’importance de la littérature. », a déclaré Kevin Pierre, lors de sa prise de parole. Le poète a parlé de son amour pour la littérature et l’importance de la poésie dans les revendications sociales.  « La littérature a sa façon propre de dire le monde et la condition humaine, sa capacité à déceler les apories et les paradoxes. La littérature, avec sa manie d’inquiéter nos certitudes, et nos doutes ne sait pas légitimer le pouvoir ni justifier l’ordre du monde », souligne l’auteur de « Mak Pye Solèy » (éditions Couleur d’encre 2019).

De son côté, Mackenson Bijou a axé son intervention sur l’importance de la poésie dans les écoles. Pour le comédien, l'école primaire est un lieu de réussite et d'épanouissement, un lieu d'éveil à l'envie et au plaisir d'apprendre, à l'ouverture d'esprit. « On doit convaincre les élèves de la nécessité de la littérature », ajoute-t-il. Par ailleurs, il félicite l’initiative du festival Les rendez-vous de la poésie contemporaine qui organise des conférences, des causeries dans les écoles.

« La réalisation de ce festival a été pour moi un défi. Je voulais réussir quelque chose de grand en ce moment de crise, réunir des gens et parler d'autres choses que les problèmes du pays. Du moins, poser la problématique de la culture en Haïti », confie au Nouvelliste Job Pierre Louis, initiateur du festival.

Pour clôturer la troisième édition du Festival Pwezi Solèy (KAS) bière à la main, les auteurs ont déclamé leurs propres textes auxquels sont venus s’ajouter d’autres pages d’écriture. Les écrits de Georges Castera, de Mackenson Bijou, de Kevin Pierre et d’Évelyne Trouillot ont été à l'honneur. L’invitée d’honneur a reçu une plaque d'honneur pour son apport à la littérature haïtienne et son implication à la valorisation de la femme dans le milieu culturel.



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