de 1986 à 2021, les partis politiques, maillon faible de la démocratie haïtienne

Publié le 2021-07-16 | lenouvelliste.com

Les partis politiques sont les éléments clés qui ouvrent la voie démocratique à la nation. Ils sont également la base, le support de la démocratie, puisqu'ils doivent jouer le rôle de catalyseur des revendications de la population pour les transformer en propositions documentées et chiffrées, en les rassemblant dans des programmes de gouvernance.

Comprenez que la responsabilité d'édification démocratique repose sur celles et ceux qui s'engagent dans la formation d'un parti politique. Les sympathisants, les militants, les membres et les dirigeants de partis politiques sont théoriquement des agents, des bâtisseurs de la démocratie. En analysant les différents comportements et actes posés par les partis politiques, ces 35 dernières années, avez-vous l'impression que cette pédagogie démocratique essentielle à l'édification d'un État de droit fut une pratique courante ? 

Dans le fondement de la démocratie, le peuple constitue la charpente qui la consolidera. La première action que devrait s'assigner des partis politiques serait la politisation de la population, c'est-à-dire, les intégrer dans la vie politique. Cela consiste à les conduire à se rendre compte des enjeux sociaux et à se créer une conscience politique. Les éléments du peuple deviennent des vecteurs de changement, par des actions citoyennes qui véhiculent ​leurs revendications sous des formes. 

C'est cette voie qui a mené nos voisins régionaux vers une accélération de la démocratisation, au tournant du XXe siècle. La manière de penser et d'agir en politique détermine nos choix pour notre société et oriente nos résultats. Nos échecs politiques répétés ne peuvent être attribués uniquement à la mauvaise volonté de l'international, mais surtout à la qualité des valeurs éthiques, morales et politiques des protagonistes, d'une part. D'un autre côté, de la valeur que nous avons accordé historiquement et sociologiquement aux masses pauvres et paysannes. Cette vision réductrice d'un peuple homogène dont le droit au bonheur a été séquestré, au lendemain de la guerre de l'indépendance.

Je crois que nous devrions réfléchir sérieusement, comme nation, à ce regard méprisant, que nous, des strates minoritaires, cultivons depuis deux siècles. En politique, les fruits que nous récoltons, c'est la non-prise en compte des desiderata de la population. Nous continuons à patauger dans le clientélisme, l'appropriation des biens de l'État, la distribution de faveurs, l'absence de contrôle et d'imputabilité qui maintiennent le règne de l'impunité. Les partis politiques bifurquent de leurs rôles plébéiens pour devenir paradoxalement des obstacles à la transition démocratique de la société.

C'est pourquoi cette transition qui n'en finit pas, pour citer Pierre-Raymond Dumas, nous emmène à cet enlisement où nous nous embourbons dans la corruption. Le Parlement et le palais devenant le refuge pour des individus salis par un passé douteux. C'est la manière de gérer l'État qui transformera la scène politique en Haïti en bambochade du cul, du vice, de la luxure. Des affairistes y sont de plus en plus nombreux, des incompétents sans vision et sans conviction qui s'engagent dans la vie politique pour gage de réussites matérielles.

Nous en sommes là parce que nos meileurs voulaient réussir grâce aux ambassades et aux coups d'État... Et l'autre jouissant d'une certaine popularité a cru qu'il incarnait, seul, le peuple et le pays. Le décor politique ressemble à un jeu d'images transfigurées. Selon que l'on soit dans l'opposition, on veut la démocratie, les libertés fondamentales, les élections libres et transparentes, ainsi que la séparation des pouvoirs. Cependant, sitôt de l'autre côté et que l'on soit dans l'exercice du pouvoir, on se métamorphose en chef répressif et absolu.

Au bout du compte, sans plan, sans programme et sans projet de société, nos hommes et femmes politique, n'ont jamais su faire la différence. Tout a toujours été décidé par l'étranger parce qu'à la table de négociations ce sont notre crédibilité, notre légitimité et notre capacité d'argumentation sur des dossiers maîtrisés qui feront le poids face aux partenaires de l'international. 

La démocratie, autant dans la définition étymologique du mot que dans la pratique sociopolitique du concept, c'est le peuple qui en constitue la racine.

Aly Acacia



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