« Nous vivons  entassés comme des sardines », crient les déplacés du camp La piste

Les handicapés du camp « La piste », qui se sont réfugiés à l’école communale de Pétion-Ville depuis environ un mois pour fuir la violence qui sévit au bas de Delmas, continuent  de vivre dans des conditions difficiles après leur déplacement. Ces sinistrés demandent à l’Etat de prendre des dispositions pour les reloger dans un espace approprié.

Publié le 2021-07-15 | lenouvelliste.com

L’odeur fétide qui se dégage dans la grande salle de classe de l’école communale de Pétion-Ville accueillant les handicapés sinistrés du camp « La piste » nous parvient depuis le seuil de la porte de l’institution. À notre arrivée, des enfants jouent dans cet espace commun, les hommes regardent le temps passer, les femmes, celles qui le peuvent, s'attèlent à des tâches ménagères.

Dans cet environnement délétère, les personnes tétraplégiques ou celles présentant des difficultés les empêchant de bouger couchent sur des linges ou des matelas posés à même le sol. Les sacs de couchage, les sacs de voyage et des matelas usés sont installés dans des coins qui délimitent la frontière des voisins. Pas de place pour l’intimité. La promiscuité est criante.  565 personnes s’entassent dans cet endroit,  si l’on se fie aux données fournies par Jean Negot Bonheur Delva, le directeur de l’Office national de la migration (ONM), en conférence de presse le 24 juin dernier.  « L'endroit n’est pas confortable. Nous vivons en spaghetti, souf nan souf.  Nous dormons les uns sur les autres au point que dès fois cela entraine des tensions. C’est comme une prison », a confié une quadragénaire, mère de cinq enfants, qui a perdu l’usage d’un bras lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010. Elle redoute la transmission de maladies contagieuses dans l’espace.

« Je m’en remets à Dieu; je suis déjà handicapée, je ne pourrai pas supporter d’être malade. Il y a des personnes sur le site qui ont de la toux, de la fièvre. Le soir quand je dors à côté d’eux, je prie le bon Dieu pour qu’il fasse jour afin que j'aille prendre de l’air », confie cette dame qui se dit triste du fait qu’elle vit séparée de ses cinq enfants qui ont été confiés à des familles et des amis à la suite de l’incendie du camp « La piste ».  « J'ignore comment ils vivent. Parfois quand on m’apporte à manger je me demande s'ils ont pu grignoter quelque chose. Avant, ils étaient avec moi; j’avais un petit commerce, au moins je pouvais leur donner de quoi manger », a-t-elle expliqué.

À quelques mètres d’elle, un père de famille se plaint de son sort. Il est présent dans le centre avec deux enfants. La famille dort à même le sol. « Je ne sais pas si c’est une grippe ordinaire, je ne sais pas si c’est le coronavirus mais toute la famille a de la grippe. J’ai peur. Nous n’avons pas l’habitude de dormir par terre »,  s’est-il plaint, demandant à l’État de prendre des mesures pour  les reloger dans un espace où il fait bon  vivre.

Selon le directeur général de l’Office national de la migration (ONM), M. Jean Negot Bonheur Delva, l’institution qu’il dirige a recensé  plus de 8 550 déplacés internes, dont 4 964 femmes et 3 586 hommes dans 7 sites identifiés par l’ONM.

Les camps sont répartis ainsi: le centre sportif de Carrefour avec 1 115 personnes, dont 603 femmes et 512 hommes. Dans les locaux de l’Armée du Salut, à Delmas 2, l'ONM identifie 1 482 déplacés, soit 1 037 femmes et 445 hommes. À l’école communautaire de Delmas 103, on dénombre un effectif de 565 personnes, pour la plupart des handicapés. Au parc Celtic de Solino, l’ONM a enregistré 1 112 personnes, parmi lesquelles 668 femmes et  444 hommes. 152 personnes ont été transférées à un camp à Poste-Marchand: 82 femmes et 70 hommes. Le Village BNC accueille 1 499 personnes, dont 997 femmes et 502 hommes. Le terrain Issa, à Tabarre, abrite 2 625 personnes, 1 304 femmes et 1 321 hommes. Plus de 2 704 familles  sont répertoriées pour l'ensemble de ces sites d’hébergement.

Selon la secrétaire d’Etat à l’Intégration des personnes handicapées, Soinette Désir, l’État travaille  sur un plan de relogement de toutes les personnes déplacées, de concert avec l’OIM et l’Unité de construction de logements et de bâtiments publics (UCLBP).



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