L’assassinat de Jovenel Moïse, la boîte de Pandore

Publié le 2021-07-13 | lenouvelliste.com

Le pays est encore sous le choc suite à l’assassinat du président Jovenel Moïse. Pourtant la bataille pour sa succession au pouvoir est déjà engagée. Si le Premier ministre a.i. Claude Joseph assure la continuité de l’Etat, rien ne garantit qu’il pourra apaiser la situation. Son autorité est d’ailleurs contestée par le Premier ministre nommé Ariel Henry et la classe politique. Ainsi, la crise est loin de connaître un dénouement heureux après l'événement dramatique du 6 au 7 juillet en cours.

La bataille pour la succession de Jovenel Moïse est le résultat du vide institutionnel laissé par l’ancien chef de l’Etat qui se confondait avec l’État. Aucun des trois pouvoirs de l’Etat n’est en mesure de proposer une solution viable à la crise politique qui ronge le pays. Avec 10 sénateurs en fonction et l'absence de la Chambre des députés, le pouvoir législatif n’est pas en mesure de jouer son rôle. Avec une Cour de cassation orpheline de son président, emporté par la Covid-19 et l'absence de trois de ses membres mis à la retraite par l’ancien président Jovenel Moïse, le pouvoir judiciaire est incapable de dire le mot du droit pour éviter le pays de s’enfoncer davantage dans la crise. À cela il faut ajouter que le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, qui s’était prononcé en faveur de la fin du mandat de Jovenel Moïse le 7 février 2021, est caduc. 

Si les pouvoirs législatif et judiciaire ne sont pas en état de jouer leur rôle en vue d’un dénouement favorable à la crise, que faut-il attendre du pouvoir exécutif ? Avec deux Premiers ministres qui se disputent le pouvoir, le pouvoir exécutif fait plutôt partie du problème que de la solution.

À côté de la défaillance des pouvoirs de l’État, aucune organisation de la société civile ne jouit de crédibilité ni d’autorité suffisantes pour forcer les acteurs à s’asseoir autour d'une table afin de trouver un consensus sur la gouvernance du pays dans cette conjoncture compliquée. La tâche est d’autant plus difficile quand on sait que la classe politique est composée d’une pléiade de partis dont chacun dispose d’une proposition de sortie de crise.  

Face à un tel tableau, il est clair que le pays est à la croisée des chemins. En dehors du refus ou de l’incapacité des Haïtiens de trouver un consensus pour diriger le pays, le champ est libre à la communauté internationale pour imposer sa solution. Un pari risqué quand on fait le bilan des interventions étrangères en Haïti depuis le coup d’Etat de 1991.

L’assassinat de Jovenel est regrettable et condamnable. Mais il pourrait constituer un élément déclencheur dans la résolution de la crise sociopolitique. Cela dépendra du choix des autorités haïtiennes de ne pas reproduire les erreurs du passé. Rien ne montre que nous sommes sur cette voie.

D’ailleurs, la première réaction des autorités suite à l’assassinat de Jovenel Moïse a été de demander aux Etats-Unis l’envoi de troupes sur le sol national. Aucune initiative n’est encore prise pour s'approcher des acteurs locaux dans la perspective d’une solution interhaïtienne à la crise. Il est encore tôt pour que ceux qui tirent les ficelles priment pour une fois l’intérêt collectif sur les intérêts de chapelle.



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