L’affaire Moïse

Publié le 2021-07-12 | lenouvelliste.com

Chaque jour qui passe souligne qu’il y a des vides dans le récit autour de l’assassinat du président Jovenel Moïse dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021. Il y a des pièces manquantes. Des questions sans réponse. Des enclenchements inexpliqués. Il y a aussi des acteurs, de différents horizons, chacun avec ses propres buts, qui essaient d’orienter l’opinion. 

Il en est souvent ainsi dans les grands drames.

Le pays a vécu ce 12 juillet son premier lundi d’après l’assassinat du président Jovenel Moïse. Les activités reviennent lentement à la normale pendant que l’inquiétude, l’incertitude et le doute grandissent.

La deuxième affaire Moïse de notre histoire est une saga internationale. Il y a dedans des Haïtiens, des Américains d’origine haïtienne, des Colombiens, des Vénézuéliens, un passage par la République dominicaine et qui sait quoi encore. Les présidents de tous les pays étrangers concernés ont déjà pris la parole sur le sujet. Promettent leur aide. Envoient des délégations en Haïti. 

Pour le moment, tout s’articule autour de ce que révèlent les autorités haïtiennes chargées de l’enquête.

Depuis l’annonce de la mort du président Moïse à l’aube du 7 juillet, les sources haïtiennes officielles distillent les informations à leur rythme. Les pays amis comme les journalistes suivent le courant. Tout découle des déclarations du premier ministre Claude Joseph et de celles du directeur général de la Police nationale d’Haïti, Léon Charles.

L’affaire Moïse est compliquée parce que plusieurs pays sont impliqués et parce que chaque pays va vouloir protéger son image, ses ressortissants, ses intérêts. En même temps, c’est du choc des acteurs internationaux que peut jaillir la lumière.

Pour alourdir le tout, autour du cadavre présidentiel, des intérêts politiques s'agitent. Il n’y a pas encore un héritage Moïse à capter, mais la tentation d’occuper le fauteuil de Jovenel est immense. N’avons-nous pas un premier ministre en poste et un premier ministre nommé ? Un juge président et un sénateur président ? Et qui sait quel autre candidat ?

L’enquête va se mener avec les projections des uns et des autres sur l’avenir. Des acteurs politiques comme des pays vont vouloir pousser leurs pions, renforcer leurs positions, améliorer leur situation.

Les candidats aux futures élections - qui finiront par se tenir un jour en Haïti - ne sont pas en reste. Chacun veut être dans la bonne équipe et ce n’est pas sans conséquence pour maintenant.

Saura-t-on un jour la vérité, toute la vérité ? Dans les affaires d’État -- et l’affaire Moïse en est une --, la raison d’État l’emporte souvent sur le besoin de tout savoir.

Haïti, encore une fois, est au cœur d’une bataille inimaginable. La bataille est d’un autre ordre que celle qui s'est déroulée ici après le 12 janvier 2010 mais elle a des enjeux similaires : qui va saisir le pouvoir et dominer le pays après la disparition du président Jovenel Moïse.

Haïti ne disparaît pas avec Jovenel Moïse. Le disparu de Pèlerin 5, comme le séisme, n’a pas laissé un trésor mais une dépouille riche d’intérêt pour les détrousseurs de cadavres.



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