Naomi Osaka : c'est OK de ne pas être OK

Plus d'un mois après s'être retirée du tournoi de Roland Garros pour, disait-elle, prendre soin d'elle et préserver sa santé mentale, la tenniswoman japonaise Naomi Osaka sort de son mutisme.

Publié le 2021-07-13 | lenouvelliste.com

Dans une lettre publiée, jeudi 10 juillet, dans le magazine « Time », intitulée « It's OK to not be OK », Naomi Osaka est revenue sur son temps de recul, ses rapports avec la presse, elle qui a refusé de se plier aux exigences du tournoi, de prendre part aux conférences de presse et a émis des propositions pour mieux aménager les athlètes face aux problèmes de santé mentale.

Dans cette publication en couverture du « Time », Naomi Osaka présente la vie comme un voyage. « Au cours de ces semaines passées à me ressourcer auprès des gens que j'aime, mon voyage a pris un tournant inattendu. Ce qui m'a appris deux leçons clés et m'a aidé à grandir », écrit la première joueuse asiatique à devenir numéro un mondiale. « La première est qu'on ne peut jamais plaire à tout le monde. La deuxième m'a l'air plus enrichissante. Il paraît que chacun a déjà eu à faire face au moins une fois dans sa vie aux problèmes de santé mentale ou en connaît une victime. Le nombre de messages que j'ai reçus le confirme », poursuit-elle.

Naomi Osaka en a profité pour faire le point sur ses rapports avec la presse, alors qu'elle a refusé de se placer en face d'elle, avant de se retirer des Internationaux de France face à l'insistance des organisateurs du tournoi en ce sens. « Mon problème n'a jamais été la presse, mais plutôt le format traditionnel des conférences de presse. Je le redis : j'adore la presse. Cependant, je n'aime pas toutes les conférences de presse », précise la Japonaise de père haïtien.

« J'ai toujours eu de bons rapports avec les médias et je me suis donnée à fond à chaque entrevue. Quand je considère des stars plus anciennes que moi sur le circuit, comme Novak, Roger, Rafa, Serena, j'estime que j'ai accordé beaucoup plus de temps à la presse que n'importe quel autre joueur sur les dernières années. Je leur ai toujours parlé en restant vraie et cordiale. Je n'ai pas de formation concernant les médias, mais je crois que la dépendance et le respect entre les athlètes et la presse doivent être réciproques », lit-on sous la plume de Naomi Osaka.

La meilleure athlète féminine aux ESPY Awards 2021 n'y va pas par quatre chemins quand il s'agit d'évaluer le format des conférences de presse. « Le format des conférences de presse est révolu et doit être mis à jour. Je pense qu'on peut le rendre meilleur, plus intéressant et plus amusant pour les deux côtés. Laissons tomber la formule entre sujet et objet pour aller vers des conférences de presse entre pairs, d'égal à égal », prescrit-elle.

Les athlètes sont des humains, rappelle Naomi Osaka qui se questionne sur son métier, sa condition sportive professionnelle dans sa lettre. « Dans un autre champ de travail, tu serais pardonné de prendre de temps en temps un jour pour toi, une fois que ça ne devienne pas une habitude. Tu n'aurais pas été forcé à divulguer tes symptômes. Ce qui a été mon cas parce que le tournoi et la presse n'avaient pas cru en moi. Ce qui m'a mise sous forte pression. Je ne souhaite cela à personne. Je ne souhaiterais pas non plus que mon dossier médical soit scruté de la sorte une autre fois. J'espère donc que des mesures seront prises pour protéger les athlètes, notamment les plus vulnérables et que la presse me laissera un peu de vie privée à notre prochaine rencontre », lit-on dans les colonnes du Time où Naomi Osaka préconise de permettre aux athlètes de prendre parfois une pause mentale par rapport aux interrogatoires des médias sans être sanctionnés. Elle suggère des congés maladie annuels sans avoir à dévoiler ses raisons personnelles.

De retour en grande pompe, Naomi Osaka remercie aussi ceux qui l'ont supportée. Elle a une pensée spéciale notamment pour sa famille et ses amis, « les relations les plus importantes », ajoute-t-elle, avant un coucou au public pour « leurs mots gentils » et à des personnalités dont des athlètes : Michelle Obama, Michael Phelps, Steph Curry, Novak Djokovic, Meghan Markle.

Naomi Osaka en a profité pour annoncer sa participation aux JO qui se tiennent du 23 juillet au 8 août à Tokyo, dans son pays, le Japon. « Je ne pouvais pas être plus excitée de jouer à Tokyo. Les JO en eux-mêmes sont spéciaux, mais avoir l'opportunité de jouer en présence des fans japonais est un rêve qui se matérialise. J'espère les rendre fiers », fait-elle savoir.

Diery Marcelin

dierymarcelin@yahoo.fr



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