Silence de 7 juillet à Port-au-Prince

Publié le 2021-07-12 | lenouvelliste.com

Définitivement la vie à Port-au-Prince, c’est l'empire du bruit. Je n’ai jamais imaginé la capitale d'Haïti sans l'omniprésence des sons. On le sait, l’électricité, dans les quartiers populeux, n’est pas toujours utilisée à bon escient. Elle est utilisée pour propager du bruit tous azimuts dans les quartiers de la première ville du pays. Le vacarme des émissions de nouvelles, d'analyses politiques interminables, les meringues que nos ondes répercutent loin très loin montrent qu'on est dans la ville de Port-au-Prince.

Dans nos quartiers bourdonnant de petits démêlés, l’individu n’aime pas écouter la radio pour lui-même. Il le fait pour tout le voisinage. Parfois,  c'est la guerre des décibels : les temples ancrés dans les quartiers rassemblant durant toute la sainte journée des fidèles en prière qui demandent à Dieu un visa pour quitter définitivement Haïti, un mari pour l’aider à supporter le fardeau de la vie, une guérison imminente pour le malade qui a trop trainé dans des hôpitaux en grève. Toutes ces voix porteuses des douleurs du pays créent un beau raffut capable de réveiller les morts. Le boum-boum des cymbales, les chansons tonitruantes répercutées dans des haut-parleurs polluent l’environnement.

Port-au-Prince c’est aussi les laveurs de véhicule installés avec des génératrices qui maintiennent un son d’enfer dans les quartiers aux côtés des mécaniciens de rue déployés avec leur armée de soudeurs, de dresseurs, de peintres en carosserie "doukoman" créant une atmosphère de nuisance métallique sur fond de discussion de football à n’en plus finir.

La capitale, c’est le lieu de supplice des damnés condamnés à subir les pétarades des motos, les sirènes des voitures officielles et des ambulances qui fendent le flot de véhicules ronronnant sur l’asphalte. C’est aussi le bruit des cartouches qui font voler en éclat nos morts en vacances dans les rues.

À Port-au-Prince, ce mercredi 7 juillet 2021, le calme était menaçant. Pas la moindre raclure de la chaudière d’une marchande de manje kwit, pas le moindre bruit de pas dans nos rues. Le silence enveloppait la capitale. Un silence qui devenait matériel tellement il était lourd, assourdissant dans la ville.



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