Les institutions financières n’échappent pas au danger à Martissant

Publié le 2021-07-05 | lenouvelliste.com

Transformé en un véritable champ de bataille depuis un mois et deux jours où des gangs lourdement armés font parler la poudre, nuit et jour, le quartier de Martissant  vit un cauchemar et devient un endroit dangereux pour ses propres résidents ainsi que pour les PME et institutions financières ayant leurs enseignes dans ce quartier. Si les riverains se sont trouvés dans l'obligation d’abandonner leurs maisons pour aller chercher refuge ailleurs, les succursales de banques commerciales et de coopératives logées à Martissant n’avaient d’autre choix que de fermer leurs portes à cause des violents affrontements qui ont éclatés entre les gangs armés contrôlant ce quartier. Malgré cette précaution, aucune de ces institutions n'est épargnée par les vandales opérant de jour comme de nuit sans être inquiétés. 

En témoignent les images circulant depuis plus d'une semaine sur les réseaux sociaux montrant des succursales de la Unibank et de la Sogebank saccagées. Les portes forcées et les vitres brisées montrent la brutalité avec laquelle les nouveaux maitres des lieux ont commisleur forfait.  La Sogebank a confirmé l’irruption d'intrus dans sa succursale à Martissant, contrairement à la Unibank qui n'a pas encore pipé mot à ce sujet. La caisse populaire KOFAS (Koperativ Fad La Site), située à Martissant 19 et très connue dans la zone, n’a pas été épargnée non plus, a fait savoir un de ses responsables.  

Jusqu’à présent, les responsables de ces institutions financières ne sont pas en mesure d’évaluer les pertes et les dégâts.Ils ne peuvent même pas se rendre sur les lieux accompagnés d’un juge de paix pour un constat légal. Ces institutions accusent le coup en silence, sûrement pour ne pas susciter le courroux des nouveaux chefs. L’Association professionnelle des banques (APB), l’Association nationale des caisses populaires haïtiennes (ANACAPH), la Fédération des caisses populaires haïtiennes (FECAPH), la Banque de la République d’Haïti (BRH) n’osent pas élever leurs voix pour condamner ces actes de malveillance et exiger des autorités qu'elles prennent leurs responsabilités.

Le petit commerce a totalement disparu dans la zone désormais livrée  aux gangs armés qui font la loi comme cela se fait dans plusieurs autres quartiers de la capitale. Sur le plan financier, toutes les activités sont au point mort dans le quartier de Martissant. D’autres institutions à l’instar du service Mon Cash de la Digicel, des microscrédits et des maisons de transfert d’argent ne peuvent pas fonctionner non plus dans cette atmosphère. Ces attaques sur des banques commerciales et cette caisse populaire risquent de compromettre les progrès réalisés en termes d’inclusion financière à Martissant. Ces institutions financières vont-elles déplacer leur succursale ? Quelle garantie peuvent-elles avoir de l’Etat pour qu’elles restent à Martissant ?

Les groupes armés s’affrontent et contrôlent des quartiers qui deviennent déserts. Le plus inquiétant dans cete histoire, c'est le mutisme quasi total des  autorités locales et centrales. De Martissant 7 à Martissant 15, par exemple, on rapporte que quasiment toutes les maisons ont été saccagées et vidées du moindre objet de valeur qui s'y trouvait. Les forces de l’ordre, pendant tout le mois de juin,  ont montré leur impuissance à venir au secours des victimes abandonnées à leur sort.

Quand on sait que la route nationale no 2, qui dessert 5 départements du pays, traverse Martissant sur environ un kilomètre, on se demande où sont les autorités chargées de gérer la cité. Non seulement  elles refusent de prendre leurs responsabilités mais elles n’entendent pas pourtant céder leur place à des gens plus aptes à faire face aux défis du moment. Elles se contentent de jouir des privilèges et des avantages attachés à leurs postes.   

L'effet boule de neige des attaques des bandes armées dans l'aire métropolitaine est un vrai sujet de préoccupation pour les familles, le secteur des affaires et les écoles en général. Après Bel-Air, Cité Soleil, bas Delmas, on ne sait pas quelle sera la prochaine cible des casseurs. Tout ce que l'on sait, c'est que cette vague de violence ne sera pas sans conséquence sur la croissance déjà moribonde de ce pays.

 Les associations patronales, à l’exception de l’Association des industries d’Haïti (ADIH), se morfondent dans leur silence. Comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes.  Aucune note de la Chambre de commerce et d’industrie de l’Ouest (CCIO), la Chambre de Commerce Américaine en Haïti (AmCham Haïti), la Chambre franco-haïtienne de commerce et d’industrie (CFHCI), la Chambre de commerce et d'industrie haïtiano-canadienne (CCIHC), etc. Qu'attendent-elles pour se positionner par rapport à ce drame?



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