Les mots sont en deuil, les photos parlent

Publié le 2021-06-30 | lenouvelliste.com

Personne ne peut faire le bilan complet des personnes décédées de mort violente dans la région métropolitaine de Port-au-Prince ces dernières 24 heures.

Personne ne peut décliner leur nom et domicile. 

Dans la zone située entre Christ-Roi et Delmas 32, dans la nuit du mardi au mercredi 30 juin 2021, la justice a recensé deux cadavres d’une part et onze d’autre part.

Le directeur général de la Police nationale d’Haïti a fait état de 15 morts. Pour cette région.

Personne n’a parlé des autres morts violentes survenues ailleurs dans le même espace temps. 

Le massacre a eu un si grand retentissement que le bilan général a été occulté.

Devant l’exécution dans la même période du journaliste Diego Charles et de la militante Antoinette Duclaire, les noms de toutes les autres victimes échappent à l’actualité.

L’information est ainsi faite. Certains morts font de l’ombre à d’autres. Prennent toute la place.

Le massacre du 30 juin 2021 fait remonter les mots les plus terribles pour le d’écrire et pourtant rien ne parle plus que les photos. Elles nous ébranlent et nous laissent totalement impuissants et désemparés.

Dans le respect de la dépouille de chaque victime, pénétré de la douleur des parents et amis, Le Nouvelliste a décidé de faire sa « Une » avec l’insoutenable, parce que dans certaines circonstances les mots ne sont pas à la hauteur.

La Saline, Bel-Air, Cité Soleil, Martissant, ici où ailleurs, on meurt de mort violente en Haïti en gros et en détail, par accident ou dans des massacres commandités.

Il n’est pas un choix sain ou utile de toujours chercher à protéger le grand public de l’expression la plus violente des démons qui dévorent le pays au fil des cadavres et des exactions des nouveaux maîtres de la rue.

La nation haïtienne est jetée dans la tourmente de la violence sans fin, la spirale nous aspire vers plus de violence et moins de réponses de la part des autorités chargées de protéger et servir. La justice et la police sont dépassées. Il nous faut ouvrir les yeux sur la réalité telle qu’elle est par respect pour les victimes et leurs parents. Par prévention pour l’avenir.

Certains jours, les mots sont en deuil. Les photos parlent.



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