Haïti sur la « liste grise du GAFI » n’est pas un carnet mais une « opportunité », selon le gouverneur de la BRH Jean Baden Dubois          

Le gouverneur de la BRH, Jean Baden Dubois, interrogé par le journal, estime que le classement d’Haïti sur la liste grise des pays par le GAFI en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme, la prolifération d’armes de destruction massive est une opportunité pour le pays d’améliorer son dispositif en collaboration avec ses partenaires internationaux.                                                 

Publié le 2021-06-29 | lenouvelliste.com

Le Nouvelliste. Haïti est sur la liste grise du GAFI. Avez-vous un commentaire ?

Jean Baden Dubois:  Il est fondamental de signaler que la liste appelée « liste grise » est une « liste de pays sous surveillance ». Cela veut dire que ces pays travaillent de concert avec leurs organismes régionaux et le GAFI, à travers un plan d’action incluant des délais, à résoudre des déficiences stratégiques constatées à la suite d’une évaluation de leur dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération.

Le Nouvelliste-  Haïti est parmi les mauvais élèves dans la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive. Comment la BRH  conçoit ce mauvais carnet pour Haïti? 

JBD: Il ne s’agit pas d’un mauvais carnet mais plutôt d’une opportunité pour Haïti d’améliorer son dispositif de lutte en collaboration avec ses partenaires internationaux. A titre d’exemple, Haïti a lancé, au début du mois de juin, son évaluation nationale des risques par celui du secteur financier. Or, l’évaluation nationale des risques est un élément fondamental qui permet à un pays de mieux structurer sa stratégie de lutte. C’est aussi le premier point du plan d’action d’Haïti. Si l’on regarde la Caraïbe, la Jamaïque et la Barbade sont sur cette liste à côté d’Haïti; les Bahamas viennent de la quitter en décembre dernier et Trinité-et-Tobago l’a quitté en février 2021. Ce sera un chemin difficile mais il faut qu’Haïti puisse s’assurer que les lois et règlements sont en place, et surtout que les dispositions en vigueur sont appliquées par tous les acteurs aux fins de renforcer l’intégrité du secteur financier.  

Le Nouvelliste- Quelles sont les conséquences ? 

JBD: Le GAFI, à travers la publication de cette liste, permet à ses membres de savoir quels sont les pays qui travaillent activement avec elle à travers des plans d’action pour corriger leurs défaillances stratégiques. Etant sous surveillance accrue, Haïti devra rendre compte au GAFI et au GAFIC des progrès réalisés avec pour boussole son plan d’action. 

Le Nouvelliste- Quelles mesures sont envisagées pour redresser la barre?

Pour renforcer le dispositif de lutte, Haïti devra, entre autres, finaliser l’évaluation nationale des risques, renforcer le cadre légal, s’assurer que tous les acteurs impliqués sont bien imbus de leurs obligations à travers la sensibilisation et la formation, renforcer les capacités institutionnelles, mais surtout veiller au respect et à l’application des normes mises en place. On peut avoir un dispositif législatif et règlementaire conforme aux recommandations internationales du GAFI et être le mauvais élève en termes d’efficacité. 

Propos recueillis par Roberson Alphonse 

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