Le 10 juin 2025, l’Union européenne a officiellement retiré les Émirats arabes unis (EAU) de sa liste des pays présentant un haut risque en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. Par cette décision[1] l'Union Européenne reconnaît que des efforts importants ont été menés par les autorités de l’Emirates Arabes Unis pour renforcer leur système de surveillance financière et se conformer aux normes internationales. Le GAFI avait déjà retiré l’EAU de la liste grise depuis 2024.
Le GAFI
Le groupe d’action financière (GAFI)[2], créé en 1989 et basé à Paris, est une organisation mondiale intergouvernementale qui surveille le blanchiment des capitaux et le financement du teorisme. Il fixe les normes internationales visant à prévenir ces activités illégales et les dommages qu’elles peuvent causer à la société.
L’ajout de l’Emirates Arabes Unis sur la liste grise
Le 04 mars 2022[3] le GAFI a placé les Emirates Arabes Unis dans la liste grise, une liste de pays soumis a une surveillance renforcée qui travaille avec l’organisation pour renforcer leur système de surveillance et remédier aux déficiences stratégiques de leur régime de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération. Contrairement à la liste noire qui est une liste de pays à haut risque, Le GAFI invite l’ensemble de ses membres, ainsi que toutes les juridictions, à faire preuve d’une vigilance renforcée. Dans les situations les plus critiques, il recommande même la mise en œuvre de contre-mesures afin de protéger le système financier international contre les menaces persistantes liées au blanchiment d’argent, au financement du terrorisme et à la prolifération provenant du pays concerné[4].
Le 23 février 2024, le GAFI a retiré les Emirates Arabes Unis dans la liste grise après avoir travaillé avec les autorités pour renforcer le système de contrôle national face aux blanchiment des capitaux et la lutte contre le teorisme.
L’Union Européenne a retiré les Emirates Arabes Unis sur la liste des pays à risque
Ce 10 juin 2025, L’Union européenne, en retirant les Emirates Arabes[5] Unis dans la liste grise, s’aligne désormais sur la position du GAFI en saluant les réformes mises en œuvre : contrôles accrus sur les flux financiers, transparence des structures juridiques et intensification de la coopération internationale. Concrètement, cette décision facilitera les relations bancaires et commerciales entre les Émirats et l’Union européenne. Les entreprises, institutions financières et investisseurs européens bénéficieront d’un cadre plus simple et plus sécurisé pour leurs opérations. Par ailleurs, cela renforce le climat de confiance, essentiel dans le contexte des discussions actuelles autour d’un futur accord de libre-échange entre les deux parties.
Je me souviens d’un cours que j’ai suivi avec une professeure française sur le développement des pays. Au cours d’un échange, j’avais proposé d’étudier le cas des Émirats arabes unis comme exemple de stratégie de transformation économique réussie. Cependant, elle avait immédiatement rejeté cette idée, arguant que ce pays ne pouvait être considéré comme un modèle en raison de soupçons de blanchiment de capitaux et du manque de transparence sur l’origine des fonds. Pour elle, l’exemplarité nécessitait une intégrité financière sans faille. Aujourd’hui, avec la décision de l’Union européenne de retirer les Émirats de cette liste, je suis convaincu que cette même enseignante aura une perception différente. Cette reconnaissance officielle vient valider les efforts de réforme menés par les Émirats, et ouvre la voie à une relecture plus nuancée de leur parcours de développement.
Quand est-il de Haiti ?
La déclaration de juin 2024[6] place Haïti comme le Kenya, l’Afrique du Sud, le Venezuela et autres sur la liste grise, la liste des pays sous surveillance renforcée. Toutefois, depuis 2021, Haïti s’est engagé à améliorer son dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (LBC/FT). Malgré les efforts, notamment une nouvelle loi renforçant la Cellule de Renseignements Financiers,le GAFI souligne que plusieurs lacunes stratégiques subsistent. Haïti doit poursuivre ses efforts en complétant l’évaluation des risques, en renforçant la surveillance des secteurs à risque, en assurant la transparence sur les bénéficiaires effectifs, et en poursuivant plus activement les infractions financières. Malgré les avancées, toutes les échéances du plan d’action sont échues, et Haïti doit encore accélérer les réformes pour sortir durablement de la liste grise. Il faut dire aussi que les dernières décisions américaines de placer Haïti parmi les pays ayant le teorrisme ne joue pas en faveur d'Haïti et risque de compliquer davantage la tâche pour sortir de la liste grise et inspirer confiance auprès des partenaires internationaux et attirer des investisseurs au Pays.
Le decret du 30 avril 2023 sur les blanchiments des capitaux, le financement du terrorisme est un pas imprtant du gouvernement haitien conformement aux attentes de GAFI. Ce décret représente à ce jour la réforme la plus ambitieuse et structurante dans le domaine AML/CFT en Haïti. Il renforce le cadre législatif, institutionnel et opérationnel et aligne le pays sur les standards internationaux de lutte contre les finances illicites[7].
Le GAFI joue un rôle essentiel dans la régulation financière mondiale en imposant des normes contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Être inscrit sur sa liste grise nuit à la réputation d’un pays et freine les investissements.
Haïti, malgré un contexte difficile, a adopté en 2023 une réforme importante avec le décret du 30 avril, modernisant son cadre légal. Toutefois, plusieurs engagements restent à finaliser pour sortir de la liste du GAFI.
Haïti doit se repositionner en adoptant une nouvelle forme de gouvernance
Pour se repositionner à l’international, Haïti doit renforcer ses institutions de contrôle (UCREF, ULCC, la justice), maintenir un engagement politique fort et constant, mobiliser la coopération internationale de manière stratégique, mieux valoriser ses progrès auprès des partenaires étrangers. Il ne s’agit pas de quitter une liste, mais de construire une gouvernance crédible et souveraine, capable de défendre les intérêts du pays sur la scène mondiale.
Une leçon s’impose : un pays ne doit pas gouverner pour plaire aux autres, mais pour défendre ses propres intérêts fondamentaux. Ce qui est jugé illégal ou inacceptable aujourd’hui peut, selon les circonstances, devenir légitime demain. Les décisions doivent donc être guidées par le discernement, l’analyse stratégique et la volonté de répondre aux besoins réels du peuple, et non dictées par des pressions extérieures.
Dans cette perspective, Haïti doit se positionner comme un partenaire fiable, souverain et responsable, capable de dialoguer avec l’ensemble des acteurs internationaux, sans s’aligner aveuglément sur un partenaire unique. Sa force réside dans sa capacité à bâtir des relations équilibrées, fondées sur le respect mutuel et l’intérêt national.
Johnson PHYCIEN
Spécialiste en Gouvernance publique
+20 150 746 9925
[1] https://www.reuters.com/en/eu-includes-monaco-updated-list-high-risk-jurisdictions-money-laundering-2025-06-10/?utm consulté en ligne le 11 juin 2025
[4] La liste noire et la liste grise consulté le 11 juin 2025
[5] Blanchiment d’argent : l’UE retire les EAU de sa liste noire et y inscrit l’Algérie consulté en ligne le 11 juin 2025
[6] Juridictions soumises à une surveillance renforcée - 21 février 2025 consulté le 11 juin 2025
[7] https://lequotidiennews.org/le-gouvernement-prend-un-decret-sanctionnant-les-crimes-financiers/?ut consulté le 11 juin 2025
