Assassinat de Me Dorval : la PNH envoie un message terrifiant, estime Me Madistin

La Police nationale d’Haïti a repris l’arme à feu mis à la disposition de l’agent chargé de la sécurité du juge Renord Régis, magistrat instructeur en charge du dossier de l’assassinat de Me Monferrier Dorval assassiné par balle le 28 août 2020. « C’est un signal terrifiant que la police nationale envoie », a déploré Me Samuel Madistin qui a abordé cette question à Panel Magik le samedi 19 juin 2021. Pour ce fin connaisseur des rouages de la justice en Haïti, le procès Dorval n’aura lieu que s’il y a une réelle volonté politique.

Publié le 2021-06-21 | lenouvelliste.com

Pour Me Madistin, la police a envoyé un mauvais signal en reprenant l’arme mise au service du juge d’instruction Renord Régis. « Si un juge traite un dossier sensible et qu’au lieu de le renforcer dans ce qu’il fait, vous lui enlevez le matériel qui a été mis à sa disposition, vous voulez lui montrer qu’il est à présent seul. Vous le rendez vulnérable et le mettez dans une situation où il n’est plus libre d’agir comme il veut ou de faire son travail en toute indépendance. C’est un message terrifiant que la police envoie. La PNH a pris une position à caractère politique », a dénoncé Me Madistin. Selon lui, cette décision ne serait justifiée que si après une évaluation de la situation sécuritaire de la personne à qui on accorde la sécurité rapprochée, la police estimerait qu’elle ne court plus de danger. Or, dans le cas du magistrat Régis, on ne peut pas dire honnêtement que sa situation sécuritaire a changé.

Conscient que la justice haïtienne n’a pu faire aucun grand procès ces dernières années, le militant des droits de l’homme déclare qu’obtenir justice pour Me Dorval sera un combat de longue haleine. « Un procès de cette envergure n’aura jamais lieu tant qu’il n’y a pas une réelle volonté politique », a-t-il affirmé. « Regardez par exemple le procès de Jean Dominique, cela fait 21 ans que le dossier est au cabinet d’instruction. Il n’y a jamais eu de volonté politique pour accompagner la justice en ce sens. S’il y a une résistance de l’État en ce qui a trait à l’organisation de ce procès, il n’aura jamais lieu. On doit être clair là-dessus. Nous devons casser cette résistance afin d’arriver à un climat favorable à la tenue du procès Dorval. Un climat où l’Etat répond à sa double obligation d’empêcher le crime et de sanctionner les criminels si par malheur une infraction est commise. C’est le concept de l’effectivité des droits », a fait savoir le membre fondateur de la Fondation Je Klere.

Par ailleurs, Me Madistin a souligné qu’aujourd’hui le droit à la justice, le droit à un procès équitable est un droit illusoire en Haïti. «Ceci n’existe pas. Le dossier Me Dorval est en train de le prouver. Nous sommes dans une situation où l’Etat ne peut pas garantir le droit des citoyens à la justice », a-t-il martelé, sans broncher.



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