Célimène Daudet enregistre une lettre d’amour à Haïti

Depuis qu’elle a renoué avec ses racines haïtiennes, la terre de Dessalines ne la quitte plus. Ainsi, après avoir initié le premier festival international de piano à Jacmel en novembre 2017, Célimène Daudet revient sur le devant de la scène en cette année 2021 avec son tout dernier album « Haïti mon amour », une lettre d’amour à Haïti qu’elle vous invite évidemment à découvrir.

Publié le 2021-06-22 | lenouvelliste.com

« J’ai ressenti un besoin très profond, il y a quelques années, d'aller à la rencontre de mes racines haïtiennes, de mieux connaître cette culture, ce pays, toute cette partie de mon histoire familiale. Lorsque j'y suis revenue pour la première fois depuis mon enfance en 2016, je ne saurais vous expliquer pourquoi mais je me suis sentie tout de suite chez moi, accueillie immédiatement. J'ai été très impressionnée aussi par les artistes que j'ai pu rencontrer en Haïti, par cet élan vital et créatif qui anime ce pays malgré toutes les difficultés qu'il traverse. De là est né mon désir de prendre part, d'une certaine manière, à la vitalité artistique du peuple haïtien et d'y contribuer à ma manière. J'ai ainsi créé en 2017 un festival international de piano afin de partager la musique que j'aime et qui peut, je crois, nous emmener vers un univers de beauté, de paix, vers une forme de spiritualité. Être ensemble lors d'un concert, dans une écoute commune est presque une forme de communion au-delà des différences. C'est en tout cas ainsi que j'imaginais ce festival : un espace de rencontre où le temps s'arrête et où le beau peut se révéler », confie Célimène Daudet, qui est née en France, d’une mère haïtienne et d’un père français.

Pour Célimène Daudet, cet album « Haïti mon amour » revêt un cachet tout particulier. «C’est probablement le plus singulier de mes albums», assure celle qui, dans le cadre de ce projet, a rencontré plusieurs grands noms de la musique classique haïtienne. «Ce projet s'est construit peu à peu grâce à de précieuses rencontres avec des musiciens haïtiens. Je pense au pianiste David Bontemps, qui vit à présent à Montréal et qui avait donné un très beau concert à Jacmel lors du festival en 2017. Il avait notamment interprété des œuvres de Justin Elie et il m'a permis d'entendre pour la première fois ce compositeur et surtout il m'a ouvert la porte vers l'univers de la musique classique haïtienne que j'ignorais jusqu'alors. Il y a eu aussi la rencontre avec la pianiste Micheline Laudun Denis. Je me souviens d'un très bel après-midi passé chez elle à parler musique. Elle m'a offert certains de ses disques et là aussi cela m'a permis de découvrir un pan de la musique classique haïtienne. Enfin, je citerai le musicologue Claude Dauphin qui m'a beaucoup appris et qui a écrit un livre passionnant sur la musique en Haïti.»

Outre ces personnalités, elle a aussi eu la chance d’explorer le répertoire de musiciens au talent immense qui lui ont d’ailleurs inspiré cette album. On pense par exemple à des compositeurs tels que Justin Elie, Ludovic Lamothe, Edmond Saintonge. «Je dois dire que j'ai été fascinée par leur univers singulier, unique et profondément sensible. Chacun, avec un style qui lui est propre, parvient à nous emmener dans un voyage sonore merveilleux empreint de nostalgie et de poésie. J'ai aussi trouvé passionnant la manière dont ils ont réussi à intégrer des éléments forts de la culture haïtienne dans leurs œuvres. Les méringues par exemple sont assez difficiles à interpréter avec leur rythme si caractéristique mais c'était justement un travail intéressant et excitant pour moi en tant qu'interprète», confie Célimène.

Ces œuvres sont aussi l'occasion d'une plongée dans tout un pan de l'histoire et de la culture haïtiennes. Une histoire, que bien entendu, elle a tenu à partager avec un plus large public. «En découvrant peu à peu cet univers incroyable, j'ai eu à cœur de partager tous ces trésors avec un plus large public, notamment en France et en Europe où les compositeurs haïtiens sont injustement méconnus. Cet album est donc une manière de diffuser plus largement ces musiques, de les faire connaître et de donner envie, je l'espère, aux musiciens amateurs et professionnels de les jouer eux-mêmes! C'est ainsi que je conçois le rôle ou la mission d'un interprète : permettre à des œuvres de vivre ou de revivre à travers les siècles et les partager avec le plus grand nombre.»

Ainsi donc, « Haïti mon amour » se révèle être à titre personnel une déclaration d'amour à Haïti. Un projet qui lui permettra aussi de contribuer à faire connaître cette partie encore trop méconnue de la culture haïtienne. «Enfin, j'espère qu'il permettra de repenser la façon dont l'histoire de la musique a été écrite très centrée sur l'Europe en oubliant malheureusement de manière trop systématique tous les autres compositeurs venus d'ailleurs et notamment les compositeurs haïtiens. Il ne s'agit pas de réécrire l'histoire de la musique classique, mais d'élargir notre vision, d'ouvrir d'autres portes et de rééquilibrer les choses», explique celle qui est tombée sous le charme de l’œuvre du compositeur Ludovic Lamothe. «Il y a quelque chose de vraiment unique dans sa musique ; c'est un grand compositeur, notamment pour le piano qui était son instrument de prédilection. Il y a certaines de ses œuvres (par exemple les Feuillets d'album) qui sont de véritables trésors à découvrir absolument, des œuvres très inspirées, immensément touchantes qui ont cette capacité de vous bouleverser», avoue-t-elle à ce propos.

Des nouvelles du piano de concert tropicalisé 

Selon ce qu’a confié Célimène Daudet, le piano se trouve à Jacmel où il est régulièrement utilisé pour des enregistrements réalisés à l'Audio Institute! «J'espère de tout cœur que nous pourrons bientôt envisager une prochaine édition du festival. Nous avons été contraints d'annuler la dernière édition en raison des troubles trop intenses pendant la période du festival. C'était une décision difficile à prendre et qui a attristé l'ensemble de l'équipe, les artistes et nos partenaires. Mais je ne baisse pas les bras et nous réfléchissons à la meilleure manière de construire la suite de ce projet qui me tient très à cœur», a confié Mme Daudet.



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