Référendum constitutionnel, le dilemme

Publié le 2021-06-17 | lenouvelliste.com

L’administration Moïse/Joseph poursuit les préparatifs pour le référendum constitutionnel déjà reporté à deux reprises. S’il est vrai que le processus ne jouit pas de soutien populaire, le gouvernement n’y renonce pas.  La semaine écoulée, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, avait affirmé que l’administration Biden « s’oppose » au référendum constitutionnel. Cette semaine, devant le Conseil de Sécurité des Nations unies, le secrétaire général de l’Onu, Antonio Gutteres, a exprimé la préoccupation de l’organisation mondiale concernant le référendum. Pour l’Onu, le processus n’est pas suffisamment transparent.

On ignore, pour le moment, la position de l’Organisation des États-américains sur le processus. L’organisation hémisphérique, dans son prochain rapport sur sa récente mission dans le pays sur la crise, va certainement se positionner. L’OEA pourra-t-elle contredire les États-Unis ? On sait déjà que l’Union européenne prend ses distances par rapport au référendum. Sur le plan national, le processus n’a pas bonne presse. Dans ce contexte d’insécurité généralisée marquée par la guerre entre les gangs dans plusieurs quartiers dans la capitale haïtienne, le référendum est loin d’être une priorité.

La Constitution haïtienne de 1987 que veut à tout prix mettre à la retraite l’administration Moïse est le fruit d’un consensus entre les différents groupes de la société haïtienne. Les autorités haïtiennes cherchent à la remplacer sans cet exercice. Rien ne montre que le gouvernement recherche un minimum de consensus au sein de la société sur le processus. Le pouvoir ne cherche pas non plus à convaincre ses partenaires internationaux. Face à la levée de bouclier des partenaires internationaux sur le référendum, Mathias Pierre, ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des Questions électorales et des Relations avec les partis politiques, a précisé qu’Haïti est un pays souverain. D’ailleurs, le pays est le seul et unique bailleur du référendum.

Mathias Pierre n’a pas tort. Haïti est effectivement un pays indépendant, mais on ne sait pas si sa déclaration engage le gouvernement ou si celle-ci n’engage que lui-même. Cette semaine, le Premier ministre par intérim Claude Joseph est en voyage aux États-Unis. On apprend que le chef du gouvernement est à la recherche de 17 millions de dollars pour compléter le budget des prochaines élections que la communauté internationale réclame à cor et à cri à la fin de cette année. Peut-on demander de l’aide d’un côté pour financer des élections qui devraient constituer un acte de souveraineté et crier d’un autre côté que le pays est souverain ?

Le référendum devrait se tenir à la fin de ce mois, mais le gouvernement a décidé cette semaine de proroger le mandat du comité consultatif intérimaire auquel il a été demander de préparer le document pour 45 jours. Ce qui laisse croire que le vote ne se tiendra pas avant mi-août. Les autorités avaient cependant évoqué le coronavirus pour reporter le référendum sine die. Avec la prorogation du mandat du Comité, il parait que le coronavirus n’a été qu’un prétexte.

Avec la levée de boucliers en Haïti et à l’étranger contre le référendum, le processus parait de plus en plus hypothétique, mais le gouvernement continue d’y investir les maigres ressources du pays. Pour ce qui est du référendum, les autorités haïtiennes font face à un dilemme : l’organiser coûte que coûte pour justifier les dépenses ou l’annuler pour ne pas provoquer la colère des pays amis. Le choix devient dès lors délicat.



Réagir à cet article