Haïti tombe dans le piège de la dette

Le service de la dette a augmenté de 4 000% durant la dernière décennie

Publié le 2021-06-17 | lenouvelliste.com

« En dix ans, le service de la dette dans le budget national a explosé, passant de 1,2 milliard de gourdes à 49,2 milliards de gourdes, soit une augmentation de 4 000% », a déploré l’économiste Kesner Pharel dans son émission Investir, diffusée sur les ondes de radio Métropole. Le Patron du Group Croissance réagissait à un article écrit dans les colonnes du journal sur le livre de l’ex-ministre de l’Économie et des Finances Wilson Laleau : « Haïti, Petro-Caribe et ses Déraisons ».

D’un revers de main, l’économiste Kesner Pharel rejette les arguments avancés dans ce livre faisant croire que le dossier est utilisé à des fins politiques par des politiciens et que les projets n’étaient pas bien préparés. Le numéro un du Group Croissance a fait savoir qu’il n’a pas encore lu le livre de l’ancien titulaire du ministère de l’Économie et des Finances, mais révèle qu’à la lumière de l’article publié dans Le Nouvelliste, le facteur corruption et  mauvaises dépenses n’est pas pris en compte.   

« La bonne gouvernance a été négligée. Si l’auteur a choisi de titrer son livre Haïti PetroCaribe et ses Déraisons, pour nous, les déraisons s’expliquent à travers les finances publiques », a soutenu Kesner Pharel. Pour se faire comprendre, l’économiste a fait remarquer que dans le budget 2010-2011, le service de la dette représentait 1,2 milliard de gourdes et l’intérêt était de 1,1 million de gourdes. Il a rappelé que le pays avait bénéficié de deux annulations de la dette dans le cadre de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés) et après le tremblement de terre du 12 janvier 2010.   

Dans le budget en cours pour cette année, le service de la dette se chiffre à 49,2 milliards de gourdes. C’est l’un des plus grands postes budgétaires. « L’intérêt de la dette, chiffré à 6 milliards de gourdes, représente plus de la moitié des dépenses en santé », a indiqué M. Pharel, soulignant que le service de la dette absorbe plus d’argent que l’éducation, la santé et les infrastructures. 

À cette émission, Kesner Pharel a mis l’accent sur l’évolution de la dette durant la dernière décennie. Le service de la dette restait quasiment stable dans le budget 2011 à 2012, autour de 1,3 milliard de gourdes. Il est passé à 1,4 milliard de gourdes en 2012-2013. Dans l'exercice qui a suivi, le service de la dette allait exploser subitement en accusant une augmentation de 178,6%, lorsqu’il se chiffrait à 3,4 milliards de gourdes. 2014-2015, il est passé à 5 milliards de gourdes ; 2015-2016 : 8.9 milliards de gourdes; 2016-2017 : 11,6 milliards de gourdes; 2017-2018 : 14,2 milliards de gourdes; 2018-2019 : 21,6 milliards de gourdes ; 2019-2020 : 20 milliards de gourdes ; 2020-2021 : 49,2 milliards de gourdes, soit une augmentation de 144,8% par rapport à l’exercice précédent.

« PetroCaribe est un prêt. Une mauvaise gestion de ce prêt n’est pas sans conséquence notamment sur les finances publiques », a soutenu Kesner Pharel, soulignant l’incapacité de l’Etat à collecter des taxes pendant ces dernières années marquées par des troubles sociopolitiques et la crise sanitaire.   



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