Laura Louis remporte le prix Chaffanjon 2021

Laura Louis, journaliste de AyiboPost, a remporté l’édition 2021 du prix Chaffanjon. Ancienne lauréate du prix du Jeune Journaliste en 2019, la jeune femme rafle cette distinction grâce à son reportage multimédia baptisé « Tate tifi, le test de virginité qui traumatise les femmes en Haïti », réalisé en collaboration avec la photographe Valérie Baeriswyl et le vidéographe Philicien Casimir.

Publié le 2021-06-11 | lenouvelliste.com

« Je suis vraiment, vraiment, vraiment contente », annonce Laura à l’autre bout du fil. Pas besoin d’insister que son enthousiasme est palpable et sa joie immense. Pour la travailleuse sociale qui fait route avec le métier de journaliste depuis 2018, ce prix prend l’allure d’une consécration. C’est un pas de plus dans la bonne direction. Une case de plus qu’elle coche sur la liste des objectifs à atteindre pour 2021. « Cela fait longtemps que je convoitais le prix Chaffanjon, confie-t-elle. Je me disais même que si je devais prendre une année pour me consacrer rien qu’à cela, je le ferais ».

On n’a pas à le deviner. Ce prix était important pour la toute dernière de la fratrie de sept enfants de la famille Louis qui grandit au Bicentenaire, zone qu’elle a quittée en 2018 en raison de l’insécurité exacerbée par la guerre des gangs armés rivaux. Élève appliquée, elle fréquente le collège Wonderful Miracle à Carrefour en primaire avant de se tourner vers le collège Immaculée Conception de Port-au-Prince, où elle effectue son cycle secondaire. En 2014, elle débute son cursus en travail social à la Faculté des sciences humaines de l’Université d’État d’Haïti (UEH).

Travailleuse sociale à la mairie de Port-au-Prince de 2016 à 2019, rien ne la prédestinait à une carrière de journaliste. Grande solitaire, elle aimait certes écrire dès son plus jeune âge, mais le journalisme n’était pas encore dans son viseur. Ce n’est qu’en 2018, quand elle postule pour intégrer le staff de AyiboPost suite à leur avis de recrutement, que le déclic se produit. « Quand j’ai pris connaissance de cet appel à candidatures, je me suis dit pourquoi pas. J’étais bien contente », raconte celle qui par la suite démissionne de la mairie pour se consacrer à son travail au sein de l’équipe de ce média mené par Jetry Dumond, ainsi qu’à ses études. Elle réalise son stage, suit des formations avec le journaliste Arnaud Robert, et en deux temps trois mouvements, fait ses premières armes dans ce métier. Un an plus tard, elle est sacrée lauréate du prix Jeune Journaliste en Haïti. Une distinction qui naturellement booste la motivation de cette grande cinéphile, qui prend beaucoup de plaisir à écouter de la musique, du compas, du dance hall, du RnB plus précisément.

Tous les sujets de société, spécialement ceux qui touchent à la justice, aux droits humains, aux droits des femmes, captent son attention. Laura, qui ne rechigne pas pour se rendre sur le terrain, parle de gens qui vivent au cimetière de Port-au-Prince, raconte le drame de ces femmes qui souffrent de fistule ano-rectale, expose la réalité de ces gens qui croupissent en prison en situation de détention préventive prolongée. Pour elle, le journalisme, c’est d’abord un métier humain. «J’aime aller à la rencontre des gens, les écouter, comprendre ce qu’ils vivent». Mais vivre cette passion n’est pas toujours facile. Le journalisme est très exigeant. Je me rends compte que l’on a jamais d’horaire fixe. Autrefois, quand j’étais à la mairie, je savais qu’après quatre heures quand je rentrais chez moi, je pouvais disposer de mon temps comme bon me semble. Depuis que je suis devenue journaliste, il n’y a pas d’horaire, il y a toujours quelque chose à faire, toujours un dossier à creuser, une dernière touche à ajouter à un reportage», raconte celle qui se réveille dès 5 heures du matin.

Outre cette question de temps, il y a aussi le stress. «Les histoires que je raconte ne sont pas les plus belles. Je parle de pauvreté, de misère, de drame. Souvent, on a l’impression que l’on prend sur soi tous les problèmes des gens que l’on a rencontrés», explique celle qui accueille à bras ouverts les moments de congé qui lui permettent de se ressourcer.  Il faudra aussi ajouter à ce cocktail l’intransigeance ou l’intolérance des internautes qui n’hésitent pas à proférer des menaces à son encontre en ligne. «J’ai souvent l’impression qu’il y a des sujets auxquels les gens ne veulent pas que l’on touche. Une fois j’ai fait un reportage sur le harcèlement sexuel dans l’administration publique. J’ai reçu tellement de critiques acerbes …. Même si ces menaces sont faites en ligne, ce sont quand même des menaces et elles ont un impact sur moi», raconte Laura Louis, qui célèbrera le 29 juillet prochain son vingt-neuvième anniversaire.

Active et dynamique, Laura se laisse guider par sa passion et touche un peu à tout. Outre ses articles, on la voit sur le compte TikTok de AyiboPost, dans certaines de leurs vidéos, mais aussi dans un des podcasts du groupe « AyiboLab ». Elle semble prête à abattre la somme de travail qu’il faut pour se hisser à la stature de « journaliste compétente et influente » qu’elle rêve de devenir. « Je voudrais inspirer d’autres jeunes femmes journalistes, ou d'autres femmes tout simplement, par mon travail, mais aussi changer ma communauté », confie la journaliste.

Si son père ne fait pas ombrage à sa carrière, il y a des jours où sa mère aurait préféré qu’elle fasse autre chose dans sa vie. De temps à autre, un reportage réussi, un prix comme le prix Chaffanjon vient la convaincre qu’elle a fait le bon choix. Le stress, le harcèlement en ligne qu’elle subit quand elle écrit un article n’auront pas raison de sa flamme. Du moins, pas encore.

Soulignons que le prix Philippe Chaffanjon est un prix de journalisme qui récompense un reportage publié sur un site de presse français et un reportage publié sur un site de presse haïtien. Outre Laura Louis lauréate du reportage haïtien, le Prix du reportage français a été décerné cette année à Charlotte Pudlwoski pour son podcast « Où peut-être une nuit », réalisé pour Louie Medina.



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