Haïti est engagé dans plusieurs courses contre la montre en même temps

Publié le 2021-06-10 | lenouvelliste.com

Une course contre la montre, compétition organisée régulièrement en cyclisme, consiste à parcourir une distance le plus vite possible. Chacun essaie de faire de son mieux. En toute urgence. C’est de la vitesse pure. Il n’y a pas de stratégie autre à avoir ni de calcul à faire. Il faut simplement faire le plus vite pour remporter l’épreuve.

Avec la déclaration du secrétaire d’État Antony Blinken et le communiqué de fin de mission de la délégation de l’Organisation des États américains (OEA) qui était dans nos murs, il est clair que le chronomètre est déclenché. La course vers les élections générales est lancée. Ni les USA ni l’OEA ne cachent qu’il y a beaucoup d’obstacles entre la nécessité et la réalisation de ces joutes. L’alternative aux élections serait une transition.

Autre course contre la montre que le pays a déjà entamé est celle contre le coronavirus. Port-au-Prince est débordée. Des villes de province sont affectées. Le ministère de la Santé publique et le ministère de l’Economie et des Finances changent de stratégie et cela est pour le mieux. Ils renforcent les hôpitaux qui existaient avant la pandémie, qui ont survécu entre les vagues et qui, sans aucun doute, seront encore des hôpitaux fonctionnels après la crise Covid. Il y a sur tout le territoire des établissements crédibles qui délivrent des soins de qualité -selon les standards haïtiens- qui peuvent offrir le meilleur pour aider à prendre en charge la population. Le MSPP, le MEF, le gouvernement et la présidence ont tout intérêt à les identifier, à y implanter des centres Covid, à renforcer ceux qui existent, pour que la crise sanitaire ne nous submerge pas. “Sans nom et sans nombre”, pour reprendre Bernard-Henri Lévy, les Haïtiennes et Haïtiens meurent. Le temps presse.

Autre course, elle est sécuritaire. Le directeur général de la PNH, alors que des rumeurs le disaient sur le départ, est sorti de son silence pour appeler la population à l’aide, ce jeudi. Il y a un vrai problème généralisé de sécurité que les autorités ne peuvent pas résoudre. Quatre réunions du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) en une semaine et aucune annonce majeure, cela est le signe patent de nos faiblesses. Pas seulement celles de la PNH mais celles de toutes les institutions de la chaîne sécuritaire. La course contre la montre, le pays la perd chaque jour un peu plus. Il est urgent que la tendance soit inversée. Que la PNH soit renforcée.  

Cette semaine, officiellement, selon les statistiques très officielles de la Banque de la République d’Haïti (BRH), le dollar s’échange à plus de 91 gourdes pour un billet vert. Dans les banques commerciales et dans les rues, le taux de change varie entre 95 et 105 gourdes. La crise du change a des incidences sur toute l’économie. Là encore, le pays perd la course contre la montre pour imposer le contrôle et la rationalité dans le marché qui est l’un des plus dynamiques du pays, celui de l’achat et de la vente de dollars. Chaque institution veut son propre taux, chaque vendeur son propre taux, chaque acheteur son propre taux. Le pays perd à tous les coups dans cette affaire. Il n’est pas nécessaire de revenir sur les raisons pour lesquelles la confiance fuit le cerveau des opérateurs économiques. Elles sont connues des autorités et les économistes indépendants ont même cessé d’en parler. Haïti file un mauvais coton et brûle une bonne partie de ses ressources dans des opérations (subvention de la gourde, des produits pétroliers, de l’électricité et du riz) qui, si elles servent à acheter de la paix sociale, tuent l’avenir.

Enfin, comme nous sommes un pays exposé aux aléas climatiques, tout nous menace. Cyclones, simples pluies, inondations, tremblements de terre, réchauffement climatique, sécheresse. Au milieu des catastrophes humaines qui n’arrangent pas les choses, la course contre la montre, contre les éléments naturels, le pays n’y pense même pas. Il se livre, chaque Haïtien avec le pays, en aveugle au destin qui peut entraîner chacun et le pays avec d’abîme en abîme.

Notre pays est engagé dans une succession de courses contre la montre, les unes comme les autres aux potentielles conséquences les plus dramatiques et personne m’est maître du temps ni même des horloges.

P.S Après l’éditorial publié dans l’édition d’hier, le ministre Mathias Pierre est intervenu auprès de la rédaction du journal pour indiquer que personne ne reçoit de salaire ni de prime pour participer dans les débats sur la constitution. Dont acte. 



Réagir à cet article